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J’ai mis le livre dans un endroit qui lui ressemblait, le bord d’une fenêtre
Il s’y est déployé
Coloré du pays et de l’ocre temps
Il a respiré
Ce qu’il voyait ce qu’il entendait
Tenu chaque matin, la nuit
Sur le filet de la page

L’aube préface ainsi toujours le poème

Il a éventé le silence au tomber des feuilles
Le bruit indocile du papier qui se cabre

Dans un endroit parfait
La fenêtre
Où se mire sans cesse la parole

Toujours des mots, les mêmes, -comme de la fleur de sel-, qui remontent de chaque flot. Des agrippements de territoire, mon intérieur gratté.
Toujours les mêmes trafics d’idées mauves, les mêmes bornes sismiques qui marquent mes frontières. Ces écueils au carré.

Revenants ou apparitions épidermiques.
Les mots font des éruptions sur la peau. Chacun son îlot de nerfs.
Dire semble agiter un ensemble tissé, des trames d’orage, des lisières fiévreuses. Je pustule à vif.

Dans le creuset, c’est encore des espaces ravagés des ratures force. Une terre lépreuse avec là et là maintenant des trouées blanches comme des lessives. Viendra un jour où on me définira des trois ou quatre mots, -ceux qui resteront stalagmites dures à l’érosion- parmi eux ce toi qui n’était qu’une concrétion de désir.

Les mots s’enduisent de ce gluant secret dont je ferai un bout de parole, un poème même veule même mauvais ou le contraire. Ce taudis essentiel dans lequel je vais pêcher – pécher pareil-. C’est comme ça que ça fait lignes. Aller à la raquette extraire de l’air au puits. Espérer je ne sais quoi de caillouteux, une sorte de précipité qui aurait fait grumeaux. Mais si j’y vais encore, si j’obsessione à fond, c’est qu’il me devient de moins en moins possible d’accepter avoir été pêcheuse de vide.

Alors accentuer encore et encore, pratiquer toujours plus.

Comme on pomperait sur le cœur d’un mort pour y faire resurgir la vie…

Texte : Anna Jouy