Anh Mat et l’apatride – 67 Cartes postales de la chine ancienne (tome 2)

ISBN : 978-94-92285-41-6
45 pages A4
21,0×29,7 cm

au bout du village

le portail s’ouvre sur une ferme, vue sur le bleu du ciel et la folie des champs. Au bout du village, c’est l’adresse. Du blé doré, des tournesols secs, tous têtes baissés, vaincus dans le carré où la vie a été planté. D’ici la chaine de montagnes semblent illimitée. À force de le fixer, l’horizon devient une impasse. L’apatride s’assoit sous la glycine, face aux arbres gris et bruns. Certains ne tiennent plus que par l’écorce. Parfois les cerfs passent par ici : c’est signe d’une maison silencieuse… et seule. Les lapins ne sursautent jamais, l’apatride est d’une espèce dont ils n’ont rien à craindre.

l’automne le vieil homme ramasse les feuilles, l’hiver il élague et dégèle la piscine devenue étang, au printemps il jardine, en été débroussaille, retrouve un crapaud, une jeune vipère noyée dans le skimmer. Il vit de siestes et petites collations de riz cassé au porc et légumes vinaigrés. Il suffit de remplacer la mangue verte par une pomme pas mûre du jardin, presser un citron dans le nước mắm, ciseler des piments, déchirer feuilles de menthe et coriandre, quelques crevettes surgelées achetées sur la route, dans un supermarché de banlieue…  et la salade semble venir tout droit des rues de là-bas, ces rues de l’enfance dont on l’a arrachée. Seul devant son bol, il pense tout haut : le goût du piment n’a pas pris une ride