Shahrzad BEHESHTI MIRMIRAN

Nous sommes particulièrement fiers de publier quelques textes de la poète iranienne Shahrzad BEHESHTI MIRMIRAN, aujourd’hui disparue. Son frère Shahriar Beheshti assure la transmission de son œuvre, largement publiée en Iran, en traduisant ses poèmes en français.

En France, la revue Ornata a déjà publié «Esseulée » et « Catacombes ». « Mendiant » est en revanche publié pour la première fois par Les Cosaques des Frontières.

 

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Esseulée

Le bruit d’un tir retentit!
Cinquante moineaux s’envolent d’un arbre
Dans les airs, dans les airs…
Il y avait cinquante et un moineaux; Un est tombé au sol,
Les autres ont disparu dans l’air…

Quarante-neuf oiseaux se posent de nouveau dans l’arbre.
L’autre erre désormais…
Frappant parfois le sol avec son bec,
S’abandonnant parfois en plein vol…
Espérant peut-être aussi mourir en tombant au sol.

En pensant à l’autre,
Dont le corps refroidi
Gît sur le sol,

Et qui ne comprends pas
Que sa compagne a perdu la raison,
Qu’elle ne reconnaît ni la direction, ni le printemps.

 

Catacombes

Tu as incendié ma tente,
Je te brûle des pieds à la tête.
La tente s’écroule,
Mes os apparaissent.
Fragments par fragments, je te décris…
Les fragments de mes os
Sont tombés dans la plaine.
Tu me ramasses,
Tu ne me reconnais pas!
Une pierre se trouve dans la plaine…
Tu as gravé mon nom, dessus,
Avec un pic.
Tu la plantes entre mes os,
Elle commence son battement,
C’est mon cœur fossilisé!
Mon nom tu l’as gravé
Dessus avec un pic :
Il appelle ton nom.
Lorsque tu frappes mon os
Contre la pierre,
L’outil ainsi formé
Se confond avec mon état trouble.

Rencontre devient possible…
Il faut que tu viennes,
Que ce soit vendredi ou non.
Il faut que tu viennes,
Que je sois endormie ou non.
Il faut que tu viennes :
Nous dormirons
L’un à côté de l’autre
L’un sur l’autre
Pour toujours
Dans les catacombes
Remplies d’ossements,
Sous les voûtes chrétiennes,
Sous le métro de Paris.

 

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Mendiant

Le mendiant de notre rue
Est endormi sur la chaussée
La tête sur un ballot sale
Un carton en dessous de lui
Comme une statue
N’espérant ni bien, ni moyens…

Autour de son corps endormi
Quelques pièces jetées

Du côté pile ou du côté face
Au hasard

Nous passions
Comme deux silhouettes de carton,
découpées,
Raides et rigides
Frais et propres
Main dans la main
Soi-disant amoureux
Tout juste adultes
Soi-disant
Espérant un avenir radieux

Il a froid et dans son sommeil
Sa main
Cherche une couverture
Qu’il aurait peut-être eue un jour
Dans son sommeil, sa main la cherche

Tout comme nous
Qui par désœuvrement
Cherchons nos mains…

 

Textes : Shahrzad BEHESHTI MIRMIRAN

Illustrations : « Délivrance » de Shahriar Beheshti/ »Mendiant » de Linrong LU

 

De la rose et les roses


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L’image a disparu, ne reste que le texte
Un mal viscéral dans le ventre l’oppresse
L’absence de photos, un blues qui le presse
Quand le retour aux mots créé de néo contextes

Virer du noir au rouge, comment dans cette langue
L’exprimer autrement dans quelques métaphores
Ou autre apparences qui le rendent plus fort
Quand les sens abusés de ses yeux sont exsangues

Victimes à tout jamais de l’ombre sans lumière
Il déploie le toucher, et l’ouïe et le goût
Contre la cécité pour être parmi nous
Avec des lettres à lui qu’il grave sur la pierre

Seulement les couleurs il ne saura jamais
Les transposer vraiment à moins que visionnaire
Il devine un langage si extraordinaire
Qui parlera aux siens dans un rêve parfait

Si fait d’abstraction que l’image elle-même
Bien qu’ayant disparue se lira sibylline
Dans un poème nu dépourvu des épines
De la rose et les roses existeront quand même

Texte : Jeanne Morisseau
Aquarelle : Jeanne Morisseau

La Nuit Semblait Venue (10)

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(Une heure sur Terre)

Lina était sérieuse évidemment. Cela faisait trop longtemps qu’elle manifestait ce désir de quitter son emploi. « De changer de vie ». De là à changer de planète…Le ciel était régulièrement zébré par ces traces caractéristiques des nouveaux avions supersoniques qui mettaient Paris à 30 minutes de Shanghai. Nous n’avions pas les moyens de les emprunter mais l’idée que les distances n’existaient pour ainsi dire plus était fascinante et effroyable. Plus rien ne semblait inatteignable, et dans des proportions totalement surréalistes. L’immobilité devenait une situation étrange.

Le monde fut pris d’une convulsion prodigieuse. Des lustres évaporés en un clin d’œil. La planète semblait éclairée en permanence par des rayons extatiques, où palpitait la fin de plusieurs civilisations. Des mondes que l’on n’avait même pas encore eu le temps d’assimiler. Aussitôt passés. La raison n’existait plus. Plus le temps pour ça. Lina me parlait souvent de ces enfants qui n’avaient plus que quelques minutes pour rejoindre l’école, alors qu’ils habitaient à des kilomètres. Paris était devenu un véritable monstre urbain. Et bien, ces enfants-là ne venaient pratiquement plus en classe. Bien trop sollicités qu’ils étaient par une mégalopole aussi vertigineuse qu’accessible. Au fond, nous étions tous les mêmes. Le cœur bouleversé, l’esprit accaparé, happé par la fin du temps.

Les vidéos des premiers voyageurs empruntant ces fabuleux métros ultra-rapides, propulsés comme un hyperloop, représentaient encore aujourd’hui un must multi-diffusé. Il fallait voir le visage pétrifié de ces gens qui vivaient pour la première fois cette expérience inouïe. Le voyage ressemblait à une véritable téléportation. Un tunnel de lumière démentiel traversé en un instant. A peine le temps de comprendre l’annonce robotique qui invitait les passagers à s’asseoir. L’engin arrivait à destination, sans que l’on sache ce qui s’était passé exactement. Et ce bruit… Un glissement technologique qui vous prenait aux tripes.

Aujourd’hui ce type de déplacement était quotidien. Une nouvelle routine en quelque sorte, mais dont on ne mesurait toujours pas l’importance. Nos corps étaient devenus de véritables informations se déplaçant d’un centre de données à un autre. J’avais souvent l’impression d’être devenu un simple électron propulsé à la vitesse de la lumière. Forcément, dans ces conditions, penser était devenu un exploit. Le temps nous échappait littéralement. Il était devenu une gerbe de lumière éblouissante.

J’avais senti le danger. Nous avions toujours préservé, je ne sais comment, un semblant de paix. La dislocation du temps et des distances ne nous avait pas encore trop affectés. Ici, je veux dire dans cet appartement, tout parvenait à s’immobiliser. Là, ce matin, c’est un peu comme si la Lune venait de percuter notre univers.

Lina était déjà en train de rentrer frénétiquement ses coordonnées sur le site de recrutement de la Compagnie. Voilà…J’entrevoyais « l’avenir au fond du candélabre » allumé par cette entreprise.

Il fallait bien que nous soyons rattrapés par la vague. Ce déferlement en dehors des lois de la gravité.

Je souhaitais que sa candidature ne soit pas retenue. Qu’elle se perde dans les millions, probablement, de dossiers remplis. Et même si l’Intelligence Artificielle de la Compagnie tournait déjà à plein régime, j’espérais que la sienne ne soit pas remarquée. J’avais pourtant des doutes. Elle me montrait, soudain extatique, le nombre de sociétés associées à la Compagnie qui procédaient à des recrutements parallèles. Notamment Moon Express qui projetait depuis des années de faire de la Lune, notre 8ème continent. La Lune bombardée depuis la nuit des temps par des astéroïdes chargés en métaux précieux était un véritable trésor. Lina semblait particulièrement fascinée par un poste offert par cette société.

Un poste d’enseignant auprès d’enfants dont au moins l’un des parents serait travailleur lunaire. Moon Express ouvrait une école dédiée à Paris. Quand elle me montra l’annonce, elle éclata de rire.

L’homme s’éloignait du centre par la force centrifuge…Mais il restait toujours désespérément sentimental. Lina me dit qu’elle souhaitait bien partir…Mais seulement de son école, si cela était possible.

Mon souffle retenu dans la peur contenait tacitement mon amour. Lina le savait et en jouait souvent. Tout avait tellement changé et si vite. J’avais développé au fil des années une sorte d’autisme. Cette peur confuse enveloppait à peu près tout. Il suffisait de penser à ce que nous allions collectivement devenir pour perdre pied. L’homme, devenu la mémoire d’un seul site planétaire, s’apprêtait à exploiter les richesses de l’espace. Le saut quantique était immense. Tout ce que cela avait d’ores et déjà modifié en profondeur dans la société était vertigineux. Le manque de financements publics avait désintégré des pans entiers de la cohésion. Mais on s’apprêtait à lancer vers la Lune de nouvelles Caravelles.

Nous repartions vers un cycle de grandes découvertes, pour des siècles de conquêtes économiques. Ces fameux impératifs de conquête qui avaient gouverné les grandes expéditions maritimes des temps jadis. Sauf que l’encomienda était remplacé par un recrutement en bonne et due forme. La Compagnie se positionnait pourtant comme un nouveau colon qui allait, à coup sûr, donner du fil à retordre aux Etats. Que ferait-elle de ce pouvoir immense ?

Il suffisait de se souvenir que les premiers réseaux sociaux avaient fait trembler des empires entiers. Que les premiers géants numériques avaient fait chuter des sociétés vieilles de plusieurs siècles en quelques années…Pour imaginer aisément les conséquences que l’émergence d’un tel monstre économique entraînerait.

Combien de temps tiendrait la paix curieuse qui accompagnait l’essor de la Compagnie ?

Lina remplissait son dossier de candidature. Certains éléments devaient transiter par une connexion mentale. Elle s’isola un instant pour que mes ondes douteuses n’interfèrent pas dans ses réponses.

Nous en étions à l’ère de la 25G. Et c’est à peine si le corps avait une existence effective. Avec Lina nous avions toujours refusé le recours à des extensions virtuelles dont l’usage s’était généralisé pour aider les couples à faire l’amour. C’était inutile, et c’était un piège terrible. La notion même de contact avait considérablement évolué.

Trahison des lettres sûrement. Toute cette technologie s’était développée sur un effondrement du langage. « Un départ sur les rails avant de se recueillir dans l’abstruse fierté » d’une victoire absolue.

Le monde entier se préparait à ce basculement. Les quelques pauvres décennies qui suivirent les guerres du XXème siècle ne furent qu’un feu de paille, à la fois démocratique et sociétal. L’intérêt général était lié par nature au langage, aux lettres…On avait suivi depuis une sale route. Une putain de route vers le néant. Le data nous avait flingué la mémoire. Le savoir s’était perdu dans ces foutus bâtiments qui ressemblaient vraiment à des tombes. Le pire étant que ces temples longtemps réputés inviolables ne l’étaient pas du tout. La délinquance technologique avait explosé. Lina avait d’ailleurs soupçonné un temps notre voisin programmeur et obèse d’être un Anonymous. Littéralement c’est ce qu’il était. Perdu entre des lignes de programmes, n’existant plus que sous la forme de chiffres et de codes.

Les tombes avaient ainsi accouché d’un nouveau monde. Leur capacité d’analyse phénoménale avait permis ce miracle.

Texte/Photo : Yan Kouton

 

Tumulus

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Il a fallu ouvrir le sépulcre, deux corps y dormaient. Dormir est un bien grand mot, un beau mot dans lequel je ne suis pas certaine qu’ils s’étaient allongés. Des corps qui ne cessaient peut-être de se chercher amour ou querelle. Des corps poursuivant leur histoire. Si je veux. Parce qu’au fond moi, je n’ai pas vraiment réussi à atteindre leurs esprits ou leurs âmes, enfin je veux dire cette chose qui rend heureux ou qui fait souffrir. Les corps débarrassés de souffle ne souffrent pas. Alors bon, en descellant la tombe, c’est bien cette partie froide ou absente que j’avais toujours touchée et pas grand-chose du reste qui se laissait voir. Que je sache bien sûr.

Il a fallu donc ouvrir la maison, comme une immense malle remplie d’odeurs et de mots emprisonnés dans des tentures, dans des tapis, des lambris. Les boiseries, ça pue le malheur, très vite ou alors ça parfume. Le tombeau ne retenait pas d’encens, pas de santal. Mais cette odeur fermentée de la souffrance.

Il a fallu trier parmi ces choses, rendre leurs libertés aux témoins, aux cages à disputes, aux cartons de reproches, aux livres mêmes qui avaient des airs de dentiers prêts à mordre, des molaires plus précisément. Disputes, reproches, morsures, toujours silencieux, étouffés, incrustés. Des vacarmes prisonniers, adhésifs.

J’ai ouvert, j’ai trié et puis jeté. Ça m’a pris, après longtemps de deuil, et encore d’une manière soudaine. Ces objets, ces papiers, ces glus sentimentales, j’ai tout passé par-dessus bord. Et en ce moment sacrilège de tout foutre en l’air, je n’avais plus ni le temps, ni l’envie de conserver même les choses les plus sacrées. J’aurais jeté les cheveux de ma mère, les notes de mon père, si tout cela avait encore été là mais tant mieux d’autres les avaient sauvées du carnage.

Et puis qu’auriez-vous fait ? Quand tout fut libre, quand la maison des morts fut creuse, je compris que je n’avais encore rien fait, si ce n’était l’immense place qu’on cède aux fantômes. Les murs se mirent à craquer, les portes à ruminer, les fenêtres de se munir de big bangs… Ils s’en donnèrent à corps joie. Je ne dis pas cœur, vous savez pourquoi…

Je choisis mon coin, j’y mis le lit pour un peu de ciel autre. Puis une armoire. Je pris des pinceaux : je commençai lentement à envahir leur territoire, impérialiste nécessité. C’était eux ou moi, n’est-ce pas… Ce fut long. Ce fut lent. Apprendre à la maison à me reconnaitre, apprendre aux murs à me laisser un peu d’air, apprendre aux fenêtres à me laisser le soleil.

Quand chez eux devient ici, quand ici devint chez moi, alors je pus m’occuper d’eux, leurs corps n’avaient plus de place mais leurs cœurs cette fois semblaient parfois palpables. Je leur ai dit c’est fini, vous n’êtes plus mes parents, non. Vous êtes des humains comme d’autres, comme moi. Nous en avons fini, moi de vous obéir, de vous être redevable, de vous être insupportable, mauvaise ou gentille, votre fille. J’ai remis les vieilles clefs à l’oubli. Ici j’ai fait poser une autre serrure, ce fut vous, c’est moi. Entre nous, à ce jour il n’y a plus que la plèvre décrépite de la maison, la plèvre entre le ciel et la terre, la plèvre entre toutes âmes.

Dans le caveau ouvert, c’était une fillette qui dormait. Maintenant que je suis sans parents, je n’ai plus d’enfance.

Texte : Anna Jouy
Crédit Photo : https://www.smithsonianmag.com/smart-news/Ancient-Pompeii-is-Alive-Again-as-Italian-Officials-Unveil-Six-Restored-Ruins-180957660/

 

L’Histoire de Pierre (5)

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Je connais des secrets sur A, j’en connais aussi concernant B. J’imagine quels secrets peut connaître C sur moi ? Comment se fait-il que je connaisse ces secrets, je ne les recherche pas, je côtoie plusieurs mondes qui ne se connaissent pas nécessairement, c’est comme ça. Les gens ont confiance en moi, en général ils ont raison, mais parfois je suis tenté de jouer du pouvoir que cela me donne. Alors je raconte un secret sans délivrer le nom de celui ou de celle qui est concerné, c’est angoissant, enivrant, un peu méchant aussi.

Un matin de mars, mes pas m’ont mené jusqu’au bord de la Dordogne elle coule en aplomb de La falaise de Pinsac poème que Gilles Jallet écrit lors d’une marche endeuillée. Je ne sais si c’est l’effort de la course ou le repos prés de ce fleuve ; je dis fleuve, car pour moi c’en est un, majestueux de surcroit ; mais c’est à La ligne de Pierre Bergougnioux que j’ai pensé. La brume de ce matin ensoleillé, les reflets argentés de l’eau, le silence, et soudain, un couple de col vert qui s’envole à ma gauche, à dix mètres, pour se poser en face sur l’autre rive. Ce sont des plis de l’eau que Bergougnioux fait naître la reine de la rivière. A y penser c’est étrange, l’eau est longtemps restée pour moi l’obstacle, ce qui m’empêchait de voir ou d’attraper le poisson aux reflets argentés. L’eau était l’élément hostile, dangereux, indomptable dont il fallait se méfier au risque de s’y perdre à jamais.

-Ce matin je cuisine, seul, rempli d’elle qui ne viendra pas, un sauté d’agneau aux noix et aux pennes rigates que je servirai mardi avec une salade de roquette. Dominique Blanc pense à La douleur, de Marguerite Duras, elle sera sur la scène du TNBA tout à l’heure.

Des Visages des figures, Noir Désir. Un matin de printemps 2009. La douleur était dans le cœur dur de Duras. Dominique Blanc a eu un cœur dur, une heure et demi de cœur dur. Elle a exhalé la mort et la folie avant de la vomir pour libérer l’emprise. Applaudissements nourris, standing ovation. Lumière.

Ils avaient fait l’amour, tendrement, sauvagement, en grande dépense de corps, d’humeurs, de suaves senteurs.

Leurs corps exaltés s’étaient retrouvés aspirés dans une spirale de jouissance. Rassasiés, ils s’étaient séparés.

Humilié, l’enfant de neuf ans découvre la permanence et la complexité des corps et des âmes, il voit la matérialisation des deux poissons au fil du temps immémorial de sa rage.

Diana Krall, I get along without you very well. Ce matin j’essaie de travailler, c’est facile, les mots coulent comme de l’or fin. Ce sera un beau texte. Les filles dorment, je ne les ai pas entendues rentrer, hier soir.

Nina est morte, elle avait onze ans, petite Cairn Terrier malicieuse et rebelle, elle partait en courant lorsque, jeune chienne, je l’appelais sur la plage de Carcans. Un cancer du foie l’a emportée en quinze jours ! Elle me manque, je l’appelle parfois. C. y a vu un symbole de la mort de notre union. Je ne sais quoi en penser. Où plus sincèrement, je me refuse d’y voir ce là. Plus tard peut être. Quand le temps aura fait son œuvre.

J’ai éprouvé, en regardant, mes sentinelles, les quatre pins qui se trouvent face à la terrasse de la maison de Maubuisson, j’ai éprouvé, donc, ce dont parle Freud dans Passagèreté, il raconte qu’un poète de ses amis qu’il ne nomme pas, n’arrive pas à jouir de la beauté du paysage dans lequel ils se déplacent en raison de son caractère éphémère. J’étais bien, face à une forme de beauté, de calme et de volupté ! Mais je pensais qu’il me faudrait rentrer bientôt et ça gâchait un peu mon bonheur, quoique ! L’absente, en creux, en vide, me manque. Le matin, les pins dessinent des parcelles de ciel scintillantes. Il y a un rosier sur la terrasse des voisins. L’encre dessine des arabesques dans le sable déserté de mon humeur.

 
Texte/Photo : Jean-Claude Bourdet