Couteau Suisse

Marque déposée, arme aux tranchants affinés,
Au poinçon, aux ciseaux savamment dessinés,
Que la croix blanche sur fond rouge, à droite, puisse
Toujours garantir la valeur du couteau suisse.

Une règle graduée auprès de l’écailleur
S’exhibe avec aisance autant qu’avec lenteur,
Aussi vite qu’on dit « idiotrophosperme »,
D’un geste supérieur, souple et à la fois ferme.

De Genève à Saint-Gall, de Schwyz jusqu’au Valais,
Le décapsuleur s’offre en tirant sur l’onglet,
Aussi élégamment que la lame et la lime.

Dans les Alpes jodlons, à travers les cantons,
Au rythme des ciseaux et des tire-bouchons,
Pour ce couteau, des lacs à la plus haute cime.

Texte/Illustration : Eric Tessier

Teos du Jeudi

かわいい

N’arrivera jamais à trouver un poème sur ce chat
C’est le genre sans arête

AUCUNE ILLUSION NE NOUS AGITE

Le temps passé ne nous manque pas.
Nous ne connaissons pas le futur . Nous n’y pensons pas.
Le temps présent nous va, le chat & moi.

LE MUTISME L’EMPORTE

Voodoodoule & Boubouleversé
A la table de la dépression nous avons tous raison
Le chat mange ses arêtes, il a pas besoin d’fourchette

(Cp&Cp)

SANS COMMENTAIRE (3*)

Nom d’un chien!

(*Fin de la trilogie canine – cf TEOS des jeudi 03 décembre 2020 et 15 juillet 2021)

Ecrit par Cyril Pansal
Sauf «Le mutisme l’emporte » écrit par Cyril Pansal & Charlie Perillat (aka Cp&Cp)

A Deux Pas

À deux pas
comme la campagne
une pancarte
agriculture biologique
j’ai suivi
un chemin cyclable goudronné
traversant les champs
tout vert à perte de vue
j’ai croisé une fille en vélo
comme moi
elle avait une salade dans son panier
tout à coup
la lumière de fin d’après-midi
les champs verts
et l’air vigoureux sur mon visage
me donnent envie de salade
une salade avec les pommes de terre
rissolées que j’ai l’intention de préparer
une salade du producteur bio
à 35 minutes de vélo
c’est un peu les vacances
je roule
traverse
personne dans le village
j’ai dû rêver la salade

Texte : Aline Recoura

X Self – Recueil graphique de Charles-Eric Charrier aux Editions QazaQ

Recueil Graphique X Self – Charles-Eric Charrier – Editions QazaQ – ISBN : 978-2-492483-41-7

Pour conclure le formidable cycle graphique de Charles-Éric Charrier, nous publions « X-Self ». Comme la quintessence d’un style qui n’a cessé de s’imposer au fil des recueils. Les dessins ici sont d’une rare élégance, retraçant le parcours tout en équilibre et finesse de ces figures qui, de traits jusqu’à l’encre, ont écrit comme un destin, entre humour, drame, chute, beauté et quête spirituelle.


Elles atteignent dans « X-Self » une perfection graphique évidente, sublimes danseurs et danseuses qui communiquent avec une poésie réduite à son expression la plus essentielle.


L’ensemble de ces recueils démontrent à quel point la poésie graphique est possible, qu’elle est un authentique art plastique, dont la matière serait les mots et les images. Des images qui peuvent se lire et se regarder.


Des formes aussi gracieuses sont éminemment poétiques. Elles sont poésie. Elles disent l’espace et l’existence, le mystère et le silence. Elles touchent à l’indicible dans leur présence même. Une présence souvent bouleversante qui nous place face au vide, à notre beauté profonde, comme au malheur le plus inévitable. Tout est dit dans ces recueils, tout ce que la poésie doit contenir et transmettre.


Les compositions de Charles-Éric Charrier brillent par leur simplicité apparente, cette puissance de vie qui déchire le blanc de la page, et qui explose aux yeux. Un dialogue s’instaure entre la trace et le trait, la continuité et la rupture. La tâche et ces lignes extraordinairement précises et pures. Le noir et blanc et la couleur. La manière dont ce jeu entre ombres et lumières, sombreur et éclats lumineux s’opère participe de la tension à l’oeuvre sur la page. Cette tension que l’on voit, qu’on lit dans les gestes et les positions. De l’individu au couple, jusqu’au groupe.


Une tension qui traverse « X-Self », comme tous les autres recueils, et qui structure ces personnages, noués à des textes sibyllins, étranges et beaux.


Au fil des recueils Charles-Éric Charrier a ainsi construit une œuvre visuelle et textuelle d’une grande intensité, viscéralement vivante. Une œuvre qui constitue un ensemble de poésie graphique qui se joue, et qui joue, avec le langage écrit, la dimension visuelle du mot et du geste. Un ensemble qui nous indique le dépassement de la définition, et qui nous projette dans une errance. Celle de l’espace pictural crée, dans lequel au fil des pages, nous pouvons – devons ? – redéfinir le sens devant des images à déchiffrer. La plasticité de l’écrit renvoie au mystère du signe. Au vertige de l’apparition. Comme celui de l’existence.

Béton Armé

Ô mon béton armé sous mon toit bien-aimé
Aux tiges de ferraille élevant la muraille,
Plus fort que le mortier ou la pierre de taille,
Que coule ta puissance aux pieds du mal famé.

Gloire à la casemate et vive le fortin,
Que ta belle industrie fasse crever la dalle
À tous ces affamés à la cagna tribale,
Sous les bombardements, nous leur crierons « Tintin ! »

Je rêve d’un building mais sans aucun jardin,
Sans pelouse où y germe un parfum citadin :
Que l’étron et son chien migrent à la campagne.
Aide-moi à bâtir mon pays de cocagne.

Ô mon béton armé, hardiment façonné,
Aux tiges de ferraille exhibant ta droiture,
Dans un ultime plan contre Dame Nature,
Que coule le ciment sur le trèfle fané.

Illustration/Texte : Eric Tessier