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Un texte à quatre mains de Cyril Pansal et de Eric Tessier, aux éclats « hallucinogènes « , secouant la narration et langue. Tour à tour drôle, fascinant, déstabilisant. Toujours brillant.

Extrait :

« Vivre son existence sans jamais rien en perdre, voilà de quoi ça parlera. Oui, il faut que ce soit un
peu ambitieux, mais juste un peu… pas trop, car il faut quand même pouvoir apprécier les
transformations des nuages dans le ciel. Ça parlera du bonheur d’être riche à regarder le soleil
monter et descendre, et quand bien même s’il s’agit d’histoires d’été sans lendemain, il faut en
mettre plein la vue à la terre, aux montagnes et à la mer. Bon, le ciel, le soleil et la mer… puis
deux trois bouts de ficelles ramassés dans l’herbe… ah non, celui-là est une vipère. De retour du
jardin nous voilà au salon. Ça va vite. Comme un de ses absurdes morceaux de jazz au piano. Ça
parle aussi du temps. Là, par exemple, le son du métronome commence à prendre toute la place….
C’est effrayant, le temps qui passe. Ainsi, essayer toujours de vivre son existence sans jamais rien
en perdre. »

RETOUR À LA BOUGIE

Plus de courant

Plus de divertissement

Des natures mortes ici et là

Ça grouille dans tous les coins

L’angoisse sur une corde à linge

L’ennui

Le rien

Je saisis mon briquet 

La flamme s’étire lentement

Se prosterne devant mon ombre orgueilleuse

La pièce est prise de délires

On ne peut plus l’arrêter 

Camera obscura se déployant par-delà ma rétine

Je dois absolument calligraphier dans l’urgence

En simple exécutant

Je suis le passeur 

Des non-civilisations à venir

Une vieille plume traîne dans un tiroir

Un peu de salive

De l’encre injectée 

Et la voici qui exulte

Qui pénètre la page

S’incurve dans sa blancheur

Image du monde inversée

Frustrations

Souvenir d’une existence 

Entièrement déréglée

Par la lumière bleutée des algorithmes

Dépendance volatile

Altération de tout

Du Je

Un vaste réseau fantôme aux ramifications profondes

Relié aux quatre coins du monde

À rejouer sans cesse les mêmes notes privées de musique

Jusqu’à cette libération honteuse

Retour à cet anonymat définitif

Quand soudain

D’autres sons grignotent la piste

Des gémissements de l’aube 

Un beat orchestré 

Dont mes oreilles serviles

Ne pouvaient plus s’émouvoir

Avant ce Black-out passager 

Terreurs nocturnes providentielles

Je prête l’oreille à l’inconnu

J’entends l’appel

Les mains jointes vers le portrait du jeune poète

Et dans un dernier mantra de jazz

Je tourne sur moi-même comme un derviche

Pour que l’on scelle enfin la connexion mystique

J’aimerais tellement en être 

Que les mots coulent comme une étreinte

Que la vie s’y consume

Un nouveau croyant 

À genoux devant la fulgurance du verbe

Que je souhaite égale à la grâce des feux-follets

Ces âmes persécutées

Hurlant dans les caves

Pour qu’on les libère

À mon tour de prier 

Retour à la bougie

Que sa lueur ne faiblisse 

Avant que mon pouvoir

Ne s’obscurcisse

Que ma médiocrité

Ne soit révélée

Qu’à la lumière du jour enfin ressuscitée

Extrait du recueil Conspiration du réel aux Editions Unicité, 2022

https://www.editions-unicite.fr/auteurs/RATEAU-Gregory/conspiration-du-reel/index.php

Grégory Rateau est un écrivain et poète français né en 1984 dans le 93 et vivant aujourd’hui en Roumanie où il dirige un média. Il est l’auteur d’un premier roman, Noir de soleil, chez Maurice Nadeau (sélectionné au Prix France-Liban et au Prix Ulysse du premier roman 2020) et d’un recueil, Conspiration du réel, chez Unicité. Ses poèmes circulent dans plusieurs anthologies et dans une trentaine de revues en France/Corse, Belgique, Suisse, Roumanie, Portugal et bientôt Espagne et Italie (Arpa, Verso, Place de la Sorbonne, Points et Contrepoints, Le Persil, Traversées, Bleu d’encre, Recours au poème…). Son nouveau recueil sortira le 8 novembre 2022 chez Conspiration éditions.

Poèmes pour Ernest Hemingway – Fabien Sanchez

Poème pour Ernest Hemingway

Adossé au mur,

au chant des cigales,

à l’angélus qui sonne

et à la brise qui s’ accompagne

de la rumeur lointaine

du train que j’entends depuis toujours,

aux limites

de ce village qui,

bien qu’il existe,

n’est plus,

comme moi,

qui bien que je ne sois plus,

existe.

Second poème pour Ernest Hemingway

C’était une belle journée

pour être en avion

au-dessus d’un coin d’Afrique,

entre Nairobi et la Tanzanie,

mais j’allais à pied

vers la place de Clichy.

Une belle journée

pour être à bonne distance

de ce qu’on refuse de voir s’éloigner.

Une belle journée pour l’habitude

et pour garder le silence là-dessus.

*

Un but que la fatigue

rend inatteignable,

révèle ce que l’on a

dans le ventre,

moins toutefois qu’une cible rapprochée

si l’on est un soldat.

*

C’est un matin

où l’on doute

Si l’on va résoudre

tous ses problèmes,

ou se résoudre à

avoir des problèmes.

*

Bien des choses révèlent

ce que l’on a

contre la vérité,

mais nous passons

tous là-dessus,

ou faisons semblant

de passer,

très exactement

comme à la lumière de l’aube,

toute vérité.

Sur l’auteur

Fabien Sanchez est un écrivain (poète, romancier, nouvelliste,) né en 1972, originaire de Montpellier et qui vit à Paris depuis 1996.

Auteur de recueils de nouvelles et de romans tels que « Le sourire des évadés » qui fut en lice pour le Goncourt du premier roman en 2015, il collabore à de nombreuses revues littéraires internationales. Il est aussi poète. On lui doit à ce titre cinq recueils, aux éditions La Dragonne, Al Manar, Tarmac, Les carnets du dessert de lune.

Il mène de front une vie littéraire et une littérature qui évoque sa vie, mais l’intéresse avant tout ce qu’il théorisa sous la formule de « provinces des sentiments quand elles deviennent des capitales ».

Pour lui, écrire consiste à recoller les morceaux devant l’énigme de ce qui s’est cassé.

De même tente-t-il d’arracher sa part d’ombre à ce que l’ombre a autrefois caché dans son indicible clarté.

Il fait le constat que c’est parce-que l’écriture le libère, qu’il est enchaîné à elle.

Sa profession de foi, s’il devait en avoir une, rejoint le propos de François Mauriac qui disait qu’il était un métaphysicien qui travaille dans le concret.

Teos du Jeudi

LA VIE

C’est pas du cinéma!

L’AMOUR AUX TROUSSES

Au début je prenais mon temps mais après, j’ai bien failli être en retard …

Bras ouverts – courir en imitant l’avion!

PING PONG

On s’était donné rendez-vous devant le cinéma.
J’ai oublié le nom du film – qu’importe … elle était là !!

A tous les deux, se faire un p’tit coucou de la main

ANNIE HALL

Marchant comme Groucho Marx, puis volant comme Fred Astaire
En route pour l’interview j’ai dit ‘’ Salut Salut’’ timide
Fut un temps ou j’avais pour petite amie le sosie de Diane Keaton

(Quelque chose qui à l’oreille sonnait New-York !)

ON PEUT SE CROIRE A NEW-YORK*

Mon cœur battait la chamade – le genre psytrance israélienne
Adoncques ainsi, comme en rave, l’atmosphère enivrante,
La dame Ashkénaze, moi , quelques nuages et le ciel bleu …

… Bleu comme ses yeux!

(*Michel Legrand & Nana Mouskouri – Quand on s’aime 1965)

Written by Cyril Pansal (A.S)

Annette & Martin ( Music, lyrics, singing etc… by Cyril Pansal, except ‘’Les poneys sauvages’’ lyrics by A.S. & A.H.)

From A.S. to A.H. , Viel küss!

I’m your husband, i command you to sleep, sleep! I command it! I command it!**

(**Manhattan Murder Mystery – Woody Allen 1993)

« Retour sur Soi » d’Anh Mat aux Editions QazaQ

Avec « Retour sur Soi », Anh Mat semble clôturer une aventure littéraire époustouflante, dans laquelle la perte d’identité finit par se traduire par une dérive géographique puis textuelle.

Dans un fascinant mouvement à la fois physique et mental, Anh Mat établit un fulgurant parallèle entre territoires réels et virtuels, engageant une puissante réflexion sur l’écriture, sur le malaise profond qui s’est emparé d’elle depuis l’apparition du support numérique conférant soudain une autre forme, et sans doute un autre sens.

Anh Mat déploie un texte d’une rare densité et profondeur, dans lequel il trace des lignes de fuite entre lieux, sentiment de dépersonnalisation, migration de l’écrit de la page à l’écran. Comme s’il interrogeait ce qui fragmente notre rapport à l’intimité, aux autres. Notre rapport à la technologie également, qui modifie radicalement notre rapport au temps, à l’espace, et pour finir à nous-même.

Cet homme errant, à la manière d’un Pessoa qui aurait pu quitter Lisbonne pour partir à l’autre bout du monde, se perd d’un pays l’autre, avant de se perdre aussi dans l’écriture.

Une écriture qui, basculant à son tour du papier à la mémoire d’un disque dur, offre un vertigineux refuge virtuel, avant d’être rattrapée par l’obsolescence des supports électroniques. Symbole alors de toutes les opportunités ouvertes par ce nouveau support, et l’incroyable fragilité aussi qu’il porte en lui.

« Retour sur Soi » voyage ainsi au cœur de notre propre fragilité. Interrogeant ce qu’est la littérature, ce qu’elle transporte et qu’elle laissera, ou pas. On est là au cœur de la problématique littéraire la plus essentielle. Son rapport à la disparition, à l’éphémère, sa tentative désespérée de retenir le temps, les souvenirs. Au fond, tout ce qui reste de nous. Si seulement on peut un jour savoir qui l’on est.

Outre cette réflexion puissante, le texte est d’une qualité littéraire sidérante. D’une beauté inoubliable.

« Retour sur Soi » – Anh Mat – Editions QazaQ – ISBN : 978-2-49283-50-9