
J’entends des chiens qui aboient et des loups qui leur répondent.
Sommes-nous des chiens ? Sommes-nous des loups ?
Qui, dans la cité, tracte indéfiniment sa laisse au collier serré, mordant l’air ? Qui, en bordure du bitume, laisse derrière lui de simples traces légères sur la neige des fossés ?
L’autre est devant toi. Tu es un autre devant lui. Que lui dis-tu ? Que lui cries-tu ?
Pour qu’il sorte les crocs ! Pour qu’il se manifeste !
Ou bien pour une caresse alors, un don qui n’en revient pas, un sourire.
Ainsi les chiens , les loups, dans leurs appels, dans leurs écoutes, s’embrassent ou s’embrasent. On dit je t’aime comme on tresse une corde. La haine affleure aussi avant que de pouvoir verser des larmes chaudes et amères, rédemptrices.
De l’autre, as-tu peur ? Es-tu bandé, vif et sur tes gardes ? Des phrases se percutent sur le mur de son front. A-t-il peur lui aussi ? Tu pilonnes son cerveau. Avec tes armes et ta délicatesse.
Avec l’envie de le déconstruire pour le comprendre.
A-t-il envie de te comprendre ?
L’angle du mot prononcé s’émousse. Tu dis ne rien entendre. A peine aura-t-il fallu une seconde d’inattention pour que cesse l’échange. Le partage est une charge incommode mais le commerce des cœurs resurgira là où nous l’avons déposé, dans le flou du mutisme.
Oui, il se pourrait que nous ayons un nuage commun, plus tard. Mais rien n’est sûr !
On me dira l’inutile des mots, l’ambivalence, – l’obscur de mes mots -. Notre folie narrative ne vaut rien face à la décence fauve et silencieuse des bêtes.
J’entends des chiens qui hurlent et des loups qui se taisent. Et, dans l’ineffable commentaire sur la présence de dieu, les chairs s’affectent de l’absence de liaisons cognitives.
Parfois pourtant, j’esquisse mon geste vers toi dans l’élan d’une poussière tendre, mon regard est douceur. Les barbares comme moi vénèrent aussi les occurrences des mythes.
Les chiens, les loups, ils s’endorment peu à peu.
Dans le calme du jardin, je me reprends. Elle marche enfin sous les arbres. Je la regarde éperdument, ma moitié motrice. Un lien indéfectible est soudain proche, loin des chiens, loin des loups.
Et pour finir je reviens. Je bois un verre de vin.
Texte : © Zakane – Illustration : © Bénito – Musique : © Cénélius