Où commencent les histoires? ⎮ 2 Visage

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silhouette

Et je vois un visage. Qui remplit tout le cadre. Des yeux, de la peau, des poils rasés trop vite. C’est jaune comme une cire ancienne. Ça ne bouge pas. Ce visage me regarde lui aussi. Nous nous lisons mais nous ne nous comprenons pas. Je ne sais pas s’il est beau ou s’il me plait. Je ne distingue plus d’entre ces traits, lesquels sont séduisants, lesquels frappent en moi un air connu. Ressemble-t-il à quelqu’un que j’aurais trouvé étonnant? Est-ce sa façon de cligner des yeux, sa façon de sourire ou de tenir ses mâchoires serrées? Ça remplit le cadre.

Je vois un visage. C’est dans la tête. Il serait impossible à dessiner. Je ne sais plus mais pourtant c’est bien celui de cet homme. Je le sais comme dans les rêves. Les gens prennent des allures impossibles, pourtant il s’agit bien d’eux, jeunes enfants ou sombres fantômes. C’est un visage flou. Je ne peux pas faire de mise au point. Trop près peut-être, trop envahissant. Il colle à ma rétine.

Cet homme avait un nom. Je le connaissais. Mais comme ses traits sont indécis, je ne sais plus qui il est.

Certaines histoires n’ont pas de paysage. Elles se déroulent sans fond, sans couleur, sans volume. Elles hésitent entre exister et se laisser deviner. Elles sont balbutiantes, presque sans mot. Elles se racontent seulement en juxtaposant des impressions. Cette image blanche, ce vide de la chambre, ce lit brusque et froid. On extrapole, on fait ses collages.

Ce visage me fait penser à l’amour. À l’amour et au silence. Je le sais seulement de ce mal de poitrine que j’ai en essayant de le rendre vivant. Il vient dans ma collection d’impressions, comme un prototype. Un modèle, une représentation.

Il me regarde mais ne me dit rien. Ce silence est une histoire. Frapper à cette porte, entrer par effraction, écouter comme il continue sans fin à dire et redire les identiques choses de sa vie. Ou alors de la mienne. Je le regarde, est-ce lui ou est-ce mon image? Quelle histoire je me raconterais en essayant de faire son portrait?

De mes mains, je le repousse. Je l’éloigne. On m’a dit que je n’y comprendrais rien si je ne prenais pas mes distances. Ce sont des choses que l’esprit ne peut pas faire. Tout ce à quoi il songe, est au premier plan, sans recul et sans espace. Je pense comme un télescope. Il faut imaginer alors que ce visage s’éloigne et se détourne. Que je peux maintenant le suivre et l’observer.

Ce n’est plus un visage. C’est un corps, qui marche lourdement. C’est un corps inélégant, trapu ou gros, ou large. Sans grâce. Son corps ne va pas avec sa tête. Il devrait être long et fin. Mais non. Ce corps s’est ramassé, empilé, entassé. Je le regarde s’éloigner de moi, plus lourd chaque pas. Comme s’il était une neige bonhomme. Il fond. Il disparait.

 

Texte : Anna Jouy

 

Discrète

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pour les cosaques - discrète

elle était jolie
oh banalement jolie
elle le savait
et devant les splendides
les luxuriantes
leur aisance tranquille
leur autorité
même leur gentillesse
elle s’effaçait
Les admirait, souriait
et puis reculait
Ne voulait importuner
par un compliment
Restait un peu à côté
amicalement
humble et inattaquable
laissant les conseils
si bienveillants, souriants
et dominateurs
glisser sur elle, tomber,
gentiment niés
Seulement demi-cachée
depuis son retrait
elle restait présente
et si charmante
Elle le savait sans doute

 

 

Texte et photo : Brigitte Celerier

les absents

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Les absents.jpg

 

La nuit bat lentement au rythme de mon pouls. Je ne cesse d’écouter cette pulsation comme si elle venait d’un autre coeur, celui d’une ombre indéterminée sur le mur qui ne cesse de me regarder comme l’impasse de toutes choses. Mais je ne peux distinguer s’il s’agit là de mon ombre ou de la vôtre. Ce doute n’est pas pour me déplaire. Je préfère rester dans cette ignorance, n’avoir aucune preuve ni de votre présence, ni de votre absence. Votre existence n’est peut être que pur délire. Je suis probablement en train de parler tout seul. Ou c’est cette parole qui parle toute seule, qui se sert de moi et de vous pour nous donner l’illusion que nous sommes les sujets de la conversation. Mais nous ne sommes que deux pronoms au service d’une parole sans sujet derrière. Voilà. C’est la nuit. Et il n’y a personne. Pas un homme à l’horizon. Juste un soupçon. Le soupçon d’avoir basculer dans la folie.

Comme chaque nuit, je crains de fermer les yeux. Je ne peux m’empêcher de rester constamment sur mes gardes comme un chien au pas d’une porte à défendre à l’affût du moindre bruit. Ainsi, ne pouvant me résoudre à déposer les armes, je reste éveillé jusqu’à épuisement. Minute après minute, je sens mes cernes se remplir du rêve que je suis en train de manquer. Mes paupières sont de plus en plus lourdes. Pour ne pas tomber de sommeil, je fume une cigarette avant de m’étouffer d’une quinte de toux. Je m’imagine cracher du sang. Je l’ai tant imaginé que j’ai fini par vraiment en cracher. J’en ai plein la voix. Pardonnez-moi. Voilà que je vous éclabousse en m’adressant à vous.

Je subis la traversée des heures de plus en plus vides au coeur desquelles ma pensée peu à peu s’évapore laissant place au vertige d’une attente qui n’attend rien de l’air qu’elle respire, air d’un silence passant aux aveux qui au moment même où je vous écris pénètre par la fenêtre de la chambre ouverte sur le ciel d’une nuit en béton d’immeubles d’une vingtaine d’étages et centaines d’autres fenêtres sans lumière où je crois apercevoir, au beau milieu du sommeil noir de ses locataires, votre absence encore debout qui sans me faire de signe me regarde droit dans les yeux comme pour m’arracher à la seconde d’inattention où je suis devenu bien malgré moi témoin de la mort d’une idée jetée dans la pénombre.

Je me souviens maintenant, du fragile équilibre entre mon désir de vertige et ma peur de tomber.

J’entends encore l’hilarité de mon souffle — et mon coeur tapant fort contre ma poitrine comme à une porte condamnée. Ne pouvant soutenir votre regard, j’avoue avoir fait semblant de ne pas vous avoir vu… et pour vous provoquer, je me souviens m’être penché à la fenêtre fixant le contour à la craie blanche de mon corps sur la chaussée… Puis le jour s’est levé sur l’idée même de me jeter qui n’était qu’un jeu de dupe dans le seul et triste but de vous atteindre, vous, l’inconnu d’une autre fenêtre qui jamais ne fait signe.

J’ai passé des journées et des nuits entières à regarder cette heure passer. Soixante immenses minutes de soleil et de lune à la lumière desquels vous n’avez cessé de me regarder de votre fenêtre. Et j’ai pour la première fois accepté le combat, tenu le regard comme pour vous défier, avec le secret espoir que ma provocation vous réveille d’un coup de sang, vous donne soudain envie de m’insulter, peut-être même de descendre de votre immeuble pour m’attendre impatient sur un banc du square d’en bas à l’ombre d’un acacia, les poings serrés sur le désir de rencontrer de plus près mon visage encore vierge de toute voix.

Oui, je vous l’avoue, j’attends de vous que vous me défiguriez, que la virginité de notre rencontre soit souillée de mon sang, bleuie d’une pluie de coups, les vôtres, parce-que ce silence entre nous ne peut que mal tourner.

Je longe à petits pas les berges du fleuve. Mon reflet marche à l’envers à travers l’allée d’acacias plongée dans ce ciel d’eau. Ma journée ouverte sur rien, sans emploi du temps aucun, j’ai continué  d’avancer sans savoir où, errance aveugle à la recherche de sa vue, de son point de chute.

Puis je me suis assis sur le banc. J’ai à nouveau regardé le fleuve, ou peut-être est-ce lui qui me regardait chercher une raison de vous écrire encore. Et je ne saurai vous dire pourquoi j’ai ressenti le besoin, à cet instant précis, de vérifier l’heure qu’il était. À croire que l’existence lassant à mon poignet voulait me faire un signe. Il était exactement onze heures onze minutes et onze secondes.

En relevant la tête, j’avais la certitude que vous pensiez à moi.

J’avais la certitude que cette pensée n’était pas fugitive et qu’à vos tempes résonnaient mes battements. C’était mon sang, c’était mon flux filant, toutes les turbulences et les bouillonnements. Ainsi, vous pensiez peut-être que je vous parlais, malgré ces jours de silence. Je ne pouvais que me taire, ces jours c’était un corps tassé dans un angle, c’était une plaie indolore – je sentais la peau enflée, le suintement, je sentais la crevasse s’étendre avec mes mouvements. Je savais que j’aurais dû avoir mal. Mais rien, rien que ma main comptant les secondes sur cette plaie. Alors je me taisais, j’attendais une sensation, n’importe quoi, de la peine ou une brûlure – j’attendais d’avoir autre chose qu’un jour décoloré à vous offrir.

Je savais que vous ne viendriez plus. Et j’ai pourtant attendu au point d’oublier que je vous attendais. C’est inouï la force avec laquelle un homme s’accroche aveuglément à son dernier espoir, aussi vain soit-il. J’ai patienté ainsi des heures durant à écouter les arbres hurler dans le vent, à regarder gravement quelques pigeons se disputer les miettes de l’attention qui me restait avant de sombrer tout entier dans un gouffre, le gouffre d’un ennui profond contre lequel je ne cherchais même plus à lutter. La nuit venue, alors que j’étais sur le point de rentrer, j’ai aperçu le mirage de votre corps perché dans les branches.

Chaque heure qui passe renouvelle le visage de votre absence: à chaque page une nouvelle couleur d’yeux, de cheveux, à chaque ligne un air différent, des traits mouvant selon l’âge que vous avez à l’heure où je vous regarde attendre le front posé contre votre fenêtre.

Seule une chose reste inchangée: votre voix. Je la reconnais derrière le silence des mots que je lis sur vos lèvres gercées d’où s’échappent vos postillons, votre souffle malade s’écrasant contre la vitre vous séparant du monde visible et audible. Alors du bout du doigt, quelque peu résigné, vous tracez dans la buée une phrase à mon adresse… mais celle-ci ce disparait avant même que je puisse en déchiffrer le premier mot.

En marchant sur le trottoir, je tombe sur vos tags. Noirs sur mur. Fraîchement jetés. Tout encore imprégnés d’une odeur de bombe. Pas de doute. Ils me sont adressés. À qui d’autre ? Nous ne sommes que deux sur cette route sombre. Sombre à ne jamais vous avoir vu. À peine aperçu. Ombre fuyante et incertaine. Fictive. Qui m’accompagne comme un esprit. Un ami imaginaire parfois aimé, souvent haï. Mais ce graffiti est bien la preuve tangible que vous avez un corps. De sang et d’os. Et l’âme qui va avec pour le rendre malade. Oui. Vous existez. À quelques heures des miennes. Ces heures qui nous séparent et préservent l’intime réalité de chacun de nous. Ne nous le cachons plus. Nous sommes du même monde, certes, mais en retard l’un sur l’autre. Les heures de vos jours sont celles de mes nuits. Ma lune est votre soleil. À quoi bon nous chercher ? Nous sommes depuis le début de ce journal condamnés à nous manquer. Comment pourrions-nous faire se croiser deux vies parallèles ? En laissant derrière nous les traces de quelques mots sur notre passage ? Les murs peuvent-ils devenir les pages d’une correspondance de quelques tags se répondant les uns aux autres comme deux paroles crachées par des bombes de peinture bon marché bonnes à vandaliser l’espace même de notre mutisme ?

Sous le pont des ombres essayaient de ne pas se noircir les doigts avec leurs bombes – les postillons de peinture giclaient dans toutes les directions, tâchaient les peaux ou les vêtements. Je me tenais loin, je ne voulais pas être sali par cette bave noire. Les ombres continuaient à s’agiter, sur le mur elles ne laissaient que leur nom et jamais, ici, je n’aurais pu lire le votre. Un peu plus loin d’autres ombres traçaient leurs phrases au pochoir – tout ce qu’elles prenaient pour des entailles dans le discours des tyrans, mais exploitait le même goût du choc et du vernis. J’aurais aimé être sûr que les mots lus il y a quelques heures, ces mots que j’avais pris pour les vôtres, n’étaient pas ceux de ces ombres et de tous. Rien ne l’attestait – et dans cette ville et partout la langue était la même, les mots se régurgitaient d’une bouche à l’autre. J’avais peut-être lu les sentences d’une époque, des mots qu’il n’était plus possible d’attribuer à des corps. Je n’avais qu’à me taire : vous parler, me parler, tout aurait fait gicler d’autres phrases communes que j’aurais prises pour ma parole propre.

Ici gît le monde nous imposant de communiquer. Nous errons dans les ruines de murs vandalisés par nos vaines paroles. Plus jamais le désir de nous adresser l’un à l’autre ne trahira le langage d’une existence passant indéfiniment à notre poignet. Les verbes sont aujourd’hui seuls, infirmes de tout pronom, sans sujet. Sous les capuches et les masques, je ne vois que de l’ombre. Nous sommes absents des vêtements que nous revêtons. Nos nudités sont invisibles. Nous sommes tous deux le vide d’une personne  subissant le temps d’un sursis à perpétuité…

 

Texte et photo : Anh Mat 

Où commencent les histoires? ⎮ 1 l’autre

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Certaines histoires commencent avec un paysage. On voit la mer ou des champs. Long panorama. Le décor, cette île, ce village paumé, la ville. On s’installe dans une image. On y prend ses aises. On sait déjà. Pas tout mais on a une idée, des références. On résonne de tout ça. Ce sera mélancolique ou joyeux. Ce sera mort, nerveux, étouffant. On résonne simplement.

C’est un corps assis. Une boule nerveuse sur un canapé. Les genoux sont relevés, les bras les ficellent. La tête penchée en arrière sur le dossier. Les yeux fermés plongent dans le plafond. Que se passe-t-il? La musique sans doute, qui va et vient au gré des mouches autour d’une ampoule. La musique, le crin d’un violon. Lent comme la fumée qui monte aussi. Il y a cette nappe bleue tendue sur les poutres. Le corps assis respire. Il enfle et se défait avec une amplitude courte et rapide. L’homme sur le divan ne parle pas. Il occupe l’espace avec de la cigarette, des banderoles de gitanes qui flottent là-haut. Des rubans de prière.

La maison est sombre. Les ombres des grands arbres logent à demeure. On ne voit pas le ciel.

L’homme assis tend la main. Il prend son whisky. Les lèvres se collent au bord du verre. Il boit épais, large, la bouche dure. Il boit comme les gens qui ont soif. Il n’a envie de rien. Ou alors ce dont il rêve n’est pas ici.

Une petite fenêtre donne sur la forêt. Ou une haie. C’est un carré vert dans la chambre au sol de bois rouge. Une image percée dans un bunker. Le divan est gris, usé. Le corps de l’homme fait partie de lui. Une fatigue grise échevelée qui plonge à l’intérieur de lui et en moi qui le regarde

  • Prends un verre.

Je ne vois pas si j’en prends un. Qu’est-ce que je fais alors? J’imprime une image de chambre sombre avec un homme assis en tailleur qui fume en pensant à quelque chose que je ne saurai pas. Peut-être que je lui demande

—A quoi penses-tu?

Je ne crois pas qu’il répond. Ne pas être là où on l’attend, même si ce besoin fait que finalement on sait toujours où il est.

Dans l’image, il y a des incrustations. Des volumes de poutres, des angles morts, des nids.

Une absence de vie, partout. Comme si l’effacement avait une couleur, terne et lisse, une élégance aristocratique. Une harmonique, ton sur ton. C’est un lieu désanimé.

Je ne sais pourquoi mais je porte encore les traces de cendres de ce foyer sans autre bruit que des cliquetis de couverts et le son éthéré des églises de Pärt.

Le malaise m’habille. Suis-je nue?

 

Texte : Anna Jouy

2042 (ou le Combat Intérieur)

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2042

Il parle d’obligations métaphores. Je n’y comprends rien. Sauf que c’est un produit de sa conception. Une chose de « l’ancien monde ». Des phrases passées par toutes ces filières. Par tous les temps. Et sûrement par toutes les bibliothèques. Il n’en reste rien. Ou si peu. Un art tellement dévalué et désargenté que ça en est comique. Le moindre chroniqueur débile de la TNT ou même d’Internet gagne en une prestation plus que ce que touche un de ces rescapés en un an. Voire en une vie. C’est au-delà du ridicule ou du rire en fait. Ça relève de la psychiatrie. Et lourde qui plus est.

Il plonge son regard dans le mien. Pauvre fou. « A l’aide d’une métaphore, sans abandonner sa charge ». Il insiste. Je crois qu’il s’achemine vers un vaste territoire peuplé de débiles mentaux.

Il me parle d’un « corps entier dans l’enveloppe de toile ». De « hurlements qui sont pénibles à supporter ».

Je pourrais rire à gorge déployée. Mais en fait non. Je pourrais en faire un roman. Ça me stabiliserait. Je pourrais oublier ses remarques. Tous ses mots comme d’amères accusations. Sans autre ambition  que de survivre. Je le vois se débattre, dans ses parois de cristal. Il a la grâce. Mais il ne se laisse plus atteindre. Il n’est même plus haï. Il indiffère. C’est pire.

Regarde me dit-il, « la circulation se ranime ». Je lui réponds que je la  vois aussi. Si cela peut lui faire plaisir. Aucun nuage ne doit venir abîmer son horizon. Et je n’ai pas le courage de lui dire la vérité. Sinon je suis certain qu’il s’enfilerait un flacon rempli de poison. Lui, il parlerait « d’essence de térébenthine.

Que s’est-il passé ? Pour qu’une « pensée rêveuse  dans les tourbières de l’assouplissement » s’évanouisse à ce point ? Et que doit-on en conclure ? Que la technologie nous renvoie à l’âge de pierre ? Je regarde moi par la fenêtre qui donne sur la cour intérieure. Dans mon dos, Il s’émeut maintenant de « l’éloignement des combats maritimes ». Ça, pour s’éloigner, il s’éloigne.  De sa conscience sûrement. Tout-à-fait comme sa raison. Si seulement je connaissais le coupable. Le responsable de son état.

Je le vois comme un contaminé. Un type que la chance a abandonné. Il arpente ses pages écrites encore à la main – le fou – avec la détermination des condamnés. C’est assez aristocratique au fond. Plus de ce monde. Il ne fait que le hanter.

Il répand toujours ses accusations. Je ne sais plus pourquoi je le vois toujours, et autant. Par habitude sans doute. Un truc bien trop ancré. Mais dont j’ai oublié l’objectif. Je le fais c’est tout. Et je l’écoute me dire « tu es délivré de notre persécution ».

Pas vraiment…Mais ce n’est pas très grave.  Il ressemble à une vague promesse. A un vague souvenir. Mais plus à l’être flamboyant et malsain qu’il fut. Ce n’est pas le temps qui a été plus fort que lui. C’est plus compliqué. Il aurait pu se maintenir. Ne pas s’effondrer dans cette tristesse inconsolable. Dans cette chose qui a viré à la folie.

Son nom a même été redoutable. On peut même dire qu’il fut célèbre. Il a tenu le coup longtemps. Résistant aux « chacals nocturnes », pour reprendre son expression, aux ravages, à la tombée de la nuit. Dans ses bons moments, comprendre dans ses moments lucides, il m’avoue qu’il est parti bien « trop loin du rivage pour y revenir. »

Je confirme. En mon for intérieur. Ma visite négative se poursuit. Il perd ses forces à vue d’œil. Trop loin du rivage pour y revenir. C’est exactement ça. On a pourtant tous continué à faire semblant. On savait pertinemment que tout ça devenait peu à peu un « sanctuaire du sommeil »…Voilà que je me mets à faire comme lui. A confondre le texte et la vie. Puis à tous mélanger.  Il a peut-être raison finalement.

 

Texte et photo : Yan Kouton