La Porte (Fable gnostique)

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« Mais je sens bien qu’en moi quelque chose est fini ».

D’une illusion qui aurait « repliée son aile » j’en serais revenu plus triste.

Mais je n’en serais pas mort.

Non…Juste quelque chose de suffisamment atteint pour céder à l’affreux désespoir de cet instant.

De ces mots pillés, sans aucun regret. Comme pour oublier les larmes amères. La douleur aussi. Elle, elle est devenue permanente. « Du matin jusqu’au soir et du soir au matin ». On ne peut pas mieux dire. Mais je peux m’y faire. J’ai pris l’habitude de flotter comme ça entre deux mondes. De composer avec ces pensées funestes.

Ces heures odieuses à souffrir. Elles m’ont trop souvent détourné de la lumière. J’y ai laissé la souplesse et la joie. J’y ai gagné « la vitesse en route vers une cible ».

Nous sommes en des temps qui virent parfois à l’infâme.

J’arrive à ce moment où l’insouciance n’est plus qu’un instant. Jamais plus. C’est arrivé presque d’un coup. Sans crier gare. Un matin. J’ai su. J’ai su que c’était terminé. Jamais plus je ne connaîtrais de répit.

Tout est devenu soudain tragique. J’ai su que je n’en sortirai plus. Sauf provisoirement. Par intermittence. Des moments plus ou moins longs.

Il y avait bien eu des alertes. Des déflagrations violentes, des prises de conscience qui s’éteignaient presque aussitôt. Le ciel redevenait tout bleu. Pourquoi ce matin alors ? Pourquoi ce fait précis, ce matin-là, a tout changé ? Radicalement. Définitivement.

J’avais connu la chair expiatoire, vu la mort de près et plusieurs fois, fendu l’armure de ce corps, ce corps rompu aux toxines puis aux sevrages. Pourtant j’étais intact. Une question de nerfs et de tempérament. Ou d’inconscience.

Toutes ces années, je n’ai pas senti le sol se dérober sous mes pieds. Je n’ai pas pris la mesure de sa fragilité croissante. Ce matin-là, le plancher s’est effondré. Et je suis tombé. Disons que la conscience m’a rattrapé. Depuis le tragique ne m’a plus quitté. Pas une seconde. Je ne connais plus la stabilité, la tranquillité intérieure.

« Le paisible sommeil dans la nuit transparente » a disparu.

L’obscène trahison m’a sauté à la figure. La tristesse m’a envahi. Mon cœur pénitent a sombré pour de bon. Je le sais. Il m’emportera. Alors que j’avais survécu à un OAP. A une insuffisance cardiaque sévère. Il ne m’avait finalement pas lâché. Mais depuis ce matin, je sais qu’il se tenait seulement en embuscade. C’est mon corps en entier qu’il veut. Et qu’il aura.

Autant ne plus avoir de souvenirs. Le privilège de trop savoir. De savoir qu’ils ne veulent plus être libres. Et d’en mourir peut-être. Perdu pour perdu. Mais digne.

Je regarde alors la mort déguisée, son masque grossier, sa faiblesse coupable. Son air débile. Je la regarde et n’ai même plus la force de crier mon dégoût.

Pourtant, ce constat – ils ne veulent plus être libres ils veulent que leur vie soit dirigée, ils ne veulent plus de la démocratie ils veulent mourir attachés – a délivré mes sens. En voyant de près, ce matin-là, ce qui se profilait, j’ai su qu’elle allait sans doute disparaître. J’ai pourtant chanté, pour moi, sa victoire. C’est la démocratie en entier qu’ils veulent, et qu’ils auront. C’est la beauté du monde qu’ils refusent. Et qu’ils massacreront. Pour Dieu, c’est assez. Pas pour la connaissance.

Texte et photo : Yan Kouton

Retraite

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Aigle il a été, incarnation de la puissance, symbole de la violence armée, celle qui est dite légitime.

Plus n’est utile à l’argent, notre vrai seigneur. La paix des armes est venue en nos pays. L’aigle n’est plus qu’ornement. Force et beauté célébrées, la fierté lui est niée.

Cependant lui est resté, pendant des siècles, son renom. Et puisqu’il fondait sur pauvres chairs, pour s’en repaître, comme le gerfaut pour son maître, les petites gens, en leur exaspération – même s’ils goûtaient fort ces chairs, eux aussi – l’ont frappé, comme voulaient le faire des puissants.

Pauvre aigle que les ans ont usés, ayant perdu sa tête, sur la demeure déchue il est resté. Campé fermement sur ses pattes, ailes déployées, pour l’équilibre, il a penché la tête – puisque nul ne pouvait plus le voir – vers le noir passage étroit, permettant vue et circulation, mais pas trop, que dût réserver Messire Bassette, pour étendre son hôtel. Las des hommes de guerre, des puissants, même de l’agent secret, qui fut un temps de la famille, il peut sourire à un frais jupon, s’attendrir sur un gamin, ou grimacer devant un brutal, regarder la vie simple, faire amitié avec les oiseaux, fermer les yeux qu’il n’a pas, délicieusement, sous la main du soleil, laisser couler les siècles.

Avoir le bonheur aussi, pour se sentir bien de la ville, de se rendre utile, en veillant sur une lumière, pour que paix et sécurité soient.

PS à vrai dire je ne sais comment il a perdu la tête, peut-être est-ce en rêvant dans le vent.

 

Texte et photo : Brigitte Celerier

Le vent qui pousse

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Marcher, vent arrière. Résister, appuyée sur lui de tout mon poids, de tout mon corps. Force 10.

Marcher avec l’esprit qui tire à reculons, qui ripe et s’accroche derrière moi. Et le temps mauvais qui pousse, qui pousse droit devant.

Pas le choix. Le vent est le maitre ; il manipule.

Je vis avec l’échéance. Elle est arrivée devant moi, comme un panonceau. J’étais soudain dans la périphérie, à l’approche, dans le catimini de la fin.

Bientôt sans doute, – je me méfie-, je ralentirai de tous mes pas pour ne pas frapper de plein fouet le terminus. Je me planterai sur les patins des freins. Pour ne pas faire le dégât, comme on fait le fantôme, comme on fait la statue. Pour ne pas faire le dégât mort.

« On dirait que tu serais disparue et moi je ferais semblant de te sauver »

Marcher entièrement vautrée sur mon passé. Entièrement concentrée sur ce point de gravité de mon dos. Y mettre toutes mes intentions. Pitonner ma corde dans le granit des anciens jours, planter l’ancre sur la côte du début du monde. En arrière toutes.

Ah ! ce mouvement, cette synergie de fin de course, ces derniers tours de roue qui ne sont là que parce qu’il y a longtemps j’ai foncé tête baissée, qu’il y a toujours en moi ce résidu de mouvement qui poursuit l’élan, et que le torpedo de la vie ne fonctionne plus ! Cette avancée, passive, mécaniques éteintes. Comme un train, comme un navire, moteur coupé.

Alors il ne me reste plus qu’à chercher à prendre du retard, qu’à affirmer ma résistance, qu’à planter mes talons dans la route, bien malgré le vent, bien malgré cette foule de jours derrière moi qui me pousse, me chasse, m’envoie garrocher vers des butoirs célestes.

Je suis dans le train. Il s’est arrêté pour rien dans une gare inconnue. Sur le quai, un homme qui semble léger, souple et jeune, les mains dans ses poches, avance avec un fort vent dans le dos. Il semble un moment s’être assis sur l’air et ses pas le font presque courir malgré lui.

Je suis dans le train. Comme lui sur ce quai.

Il y a des jours où ce qu’on fait nous conduit exactement à l’opposé d’où on voudrait aller.

Pas le choix. Le chemin est le maitre, il manipule.

 

Texte et dessin : Anna Jouy

Trois caves

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Etait-ce une cave ? Un réduit sous les marches qui menaient à l’étage. On parlait de « petite cave ».  On y entrait en se baissant, la porte en bois aux lattes réunies par un Z plus foncé était taillée en triangle selon la pente de l’escalier. On y entreposait tout un bric-à-brac inutile de chaises pliables au tissu déformé, aux couleurs passées ; de vieux jouets, de caisses, de cageots, d’outils tellement rouillés qu’ils cloquaient par endroits, la rouille se détachant comme une peau déshydratée, par strates ; de journaux empilés noués avec une ficelle jaunie. Un vrai capharnaüm… Mais au milieu de tout cela, une malle métallique bleue, aux fermoirs cadenassés dont nous avions retrouvé la clé après en avoir essayé tant et tant, rassemblées dans un ancien banneton rond à la robe piquetée de moisissures. Notre joie quand le cadenas avait sauté ! Vite, débarrasser la malle de tout ce qui l’encombre – en posant soigneusement ce « tout » dans un coin du réduit – et impatientes de découvrir son contenu, soulever le couvercle dans un grincement accusateur. Nous avions choisi notre moment pour nous retrouver dans la petite cave, celui de la sieste, en début d’après-midi, quand la chaleur insupportable de l’été obligeait grands et petits à se tenir à l’ombre. Pourtant, nous craignions d’être entendues, et le cœur battant, nous laissâmes le temps filer, quelques minutes sans doute seulement, la main devant la bouche. La malle contenait un trésor, nous ne le mesurions pas. Le courrier de mon père à ma mère durant ses longs mois d’absence, quand il partait en manœuvres ou sur le terrain d’une guerre qui ne disait pas son nom. Le jour s’immisçait par une petite lucarne, et il fallait nos yeux d’enfant pour parvenir à déchiffrer l’écriture penchée du Pater. Notre jeu favori fut celui de compter le nombre de « chérie » « amour » « baisers », et nous ne nous préoccupions pas vraiment de ce qui se disait en dehors de ces mots que nous repérions très vite à leur longueur, en pouffant de rire. Puis cela nous lassa, et nous nous préoccupâmes plutôt de récupérer les timbres ornant chaque enveloppe. C’est ce qui signa la preuve de notre intrusion dans l’intimité de nos parents… Nous entassâmes les vignettes colorées dans une jolie boîte rectangulaire, en carton, bleue comme la malle, trouvée dans le local, enterrée quelques semaines plus tard dans la chênaie… Jamais je ne revis les courriers de la malle, des lettres aux feuillets nombreux, parfois une trentaine par missive. Oubliés dans les grands tiroirs bas d’une armoire, ils furent donnés avec elle à une association caritative, trente ans plus tard, à la mort de mon père.

L’autre cave, la vraie, la grande, de la même maison, se trouvait au rez-de-chaussée, sous le balcon, et s’enfonçait dans la profondeur de la bâtisse. Son entrée, un porche de pierre, fermait par un portail en bois à double battants, où l’on faisait jouer une énorme clé noire, longue, que l’on empruntait uniquement pour aller chercher quelques pommes de terre, une bouteille de vin, voire un morceau de fromage rapporté du Nord, un Vieux-Lille à l’odeur ammoniacale ou une boulette d’Avesnes à la jolie robe paprika que Maman refusait obstinément d’entreposer dans la cuisine. L’humidité ambiante exacerbait leur parfum auquel se mêlait celui du salpêtre qui recouvrait la pierre par endroits. Heureusement, cela ne durait que quelques jours, après les vacances estivales et la tournée familiale en Cateau-Cambrésis. Il y avait là l’établi de mon père qu’éclairait une baladeuse, et sa litanie de clés plates, à mollette, de pinces, les marteaux et les masses, la scie égoïne, les boites de clous, de vis, de boulons… Quelques cartons de vin qui une fois vides accueillaient les portées de chatons, où nous découvrîmes un matin la chienne Dolly, en mal de chiots, qui avait forcé les bords et semblait réjouie de ces petites vies éparpillées sur son poil tandis que la mère chatte était partie chasser. Des étagères couvertes de bocaux de toutes tailles pour les pâtés de porc, de lapin au genièvre, les ratatouilles, les légumes du jardin, les confitures, les coulis. Dans un coin de la cave, au plus noir d’un angle, un petit tas de charbon, de grosses boules polies qui noircissaient les mains et qui disparurent après bien des mois où nous vivions là. Etaient-ce les anciens propriétaires qui avaient parlé d’un trésor ? De la date oubliée de la construction de la maison et d’un baron des Adrets auquel la bâtisse aurait appartenu ? Toujours est-il que nous nous avisâmes un jour de creuser la terre battue ! A trois fois deux petites mains, nous nous répartissions le territoire et grattions le sol avec enthousiasme tout en nous racontant des histoires de chevaliers, de templiers, de soldats du roi… Nous incarnions des hommes, d’ailleurs, je me souviens, jamais des princesses ou des reines ! Toujours est-il que nous exhibions de longues heures plus tard – mais rien ne nous pressait, nous étions des monstres de patience – quatre ou cinq pièces de monnaie datant de Louis XVIII et de Napoléon III. Cela suffit à notre bonheur. La cave recélait tout un monde de petits animaux – cloportes, scorpions, iules – que nous n’avions pas eu le désagrément de croiser au cours de nos fouilles. Une fois prévenues de leur présence, aucun trésor n’aurait plus réussi à nous accroupir des heures durant sur le sol froid de la cave.

Une lumière crue découpait la porte de la cave. La lune ce soir envahissait la cuisine jaune citron et déambulait jusqu’à son entrée. Chaque grain de formica des placards, de la table, des chaises brillait d’un éclat astral. Les yeux apprivoisaient l’ombre. Elle était partout. Sur le réfrigérateur dans l’angle du mur, la boîte à musique avait fini par immobiliser la petite danseuse dans une drôle de posture. Hier, je l’avais saisie instinctivement pour cacher mon émotion à l’annonce de la nouvelle, et le dos tourné aux autres, la petite musique avait étouffé mes sanglots. Enfant, je remontais le mécanisme indéfiniment pour en entendre la comptine cristalline, assise à un coin de la table. Elle me disait qu’ils reviendraient me chercher un jour. Sur le mur, un trait de lune renvoyait le sourire un peu béat de la mariée dans son cadre de bois patiné, et il fallait forcer les yeux à distinguer le marié à ses côtés. Dans l’ombre aussi du buffet des années cinquante, ce biscuit coloré rouge et vert d’une jeune femme alanguie qu’un bélier encorne. J’apprendrai par la suite que la sculpture représentait le Vice. Et je chinerai dans une brocante son double couleur chair, sans bélier, représentant la Vertu. Il ne manquait que le tic-tac d’une horloge qui aurait décompté le temps. J’avançais dans le silence de la nuit claire jusqu’à la porte de la cave. L’escalier se tenait toujours derrière. Je me souviens, je ne le descendais jamais seule. J’accompagnais Mémé pour remplir le seau à charbon afin d’alimenter la cuisinière. Mais l’étroitesse de l’escalier obligeait à descendre l’une derrière l’autre et c’était une entreprise risquée pour les petites jambes d’une enfant de trois ans. La main qui s’accrochait au mur ne pouvait pas glisser tant la paroi était humide, écaillée, bosselée, et les marches inégales réclamaient une attention particulière. Mémé m’encourageait de sa voix chantante. J’avais peur, un peu. La lampe en haut de l’escalier n’éclairait plus guère une fois tout en bas… Seule une lucarne diffusait un halo gris pâle, à cette profondeur du sol, je ne sais d’où provenait ce semblant de luminosité. Mémé, elle, se débrouillait bien ! Penchée au-dessus du tas de charbon, elle m’encourageait à attraper les boules noires et à les déposer dans le seau. Je les prenais avec précaution comme si chacune menaçait de se briser durant leur transit du sol au récipient. Comme elle était gentille, Mémé ! Je ne lui apportais aucune aide, elle attendait patiemment que je relève vers elle mon visage réjoui pour juger que j’en avais assez. Alors nous remontions de cette cave étroite où l’on n’y voyait goutte, et j’ignore encore aujourd’hui ce qui pouvait bien s’y entasser en dehors de ce tas de charbon creusé en son sommet comme un cratère de volcan.

 

 

Texte et photo : Marlen Sauvage

 

Nouvel-an

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La balançoire descend lentement et le garçon regarde la fillette monter. Parfois sous l’élan, décoller légèrement du bois, les deux tresses battant des ailes. Le rire ensuite lui vient comme des bulles d’eau gazeuse, l’élevant à son tour. Rapide ou lente, la surprise arrive par les mollets d’en face ; parfois grand bonheur, la bascule tourne, ajoutant une ivresse de plus, celle de charrier le paysage, de flouter les images et défaire les repères. Entre le vol et la gravité, toupies de chevelure, le jeu est spatial, astronome. Le jour soupèse la nuit. Au jardin d’enfants, on devient cosmonautes.

Quelque part, Sirius sur l’horizon monte à l’aube du solstice ; il monte avant de redescendre jouant avec Fomalhaut des équinoxes à la balancelle céleste. Et la nuit qui a conquis tout le ciel pendant les beaux mois de l’année, va lentement s’effacer et la pesanteur de son obscurité la pousser désormais à lever la lumière. *

En fin d’année, pendant quelques jours, le sombre velours de décembre et le tulle des brumes de janvier s’attardent sur ma robe des fêtes, comme si c’était à moi de choisir entre eux deux. Ils se confondent. Entre eux, quelques jours, quelques heures, quelques secondes, s’emmêlent les sexes du temps. Galas androgynes des apogées astrales, la nuit et le jour s’embrassent.
Mais le 31 décembre, soudain une nuit entière éclate pour inverser le cours de la lumière. Une nuit de bascule, une nuit pour aligner mes planètes et pousser de mes talons avec ardeur mon boulet vers les heures neuves, les heures lumineuses. Pour forcer le braquet des guiboles, choisir l’amplitude puissante, qui lance la roue de fortune dans le sens du soleil. Il est temps de nourrir le sol de nouvelles battues, de chasser les idées noires, de prendre un vol léger d’oiseau du matin. J’échange ma chouette contre des poignées de moineaux, des piailleurs pour remplacer le hululement obscur. Dernière nuit du temps compté. Je festoie, je brave la mort de la mort et j’envie la vie. Je touche le sol, je plie mes genoux, je ramasse mes muscles, j’impulse, je propulse. J’amorce d’un essor le retour au sommet du ciel.

Quelle que soit l ‘obscurité de décembre, elle est à la déchirure du temps, une fissure noire sous les jambes. Dans la cloche du pas, l’autre année tape à mon cœur. J’ai dans mes yeux fermés l’agrafe et le cil qui reprisent mes pensées et mes paroles, bon côté contre mauvais côté. Je fais le bilan., je solde. Le premier de l’an, je dis adieu à la nuit. À l’aube, quelle que soit la lumière, aveugle ou brillante, je passe. Je franchis la barrière et je ferme derrière moi le parc d’enfants.

Nouvel-an: nom masculin singulier, s’articule lentement au rouge baiser, lèvres appliquées à des addictions parfaites. Je lève mon verre. Je tiens le rang, je le dis, je conjugue ou décline les vœux du jour, bouche à bouche à gober bien frais, tête au cornet.

Pour l’an, c’est bon j’ai déjà purgé la peine. C’était long, cette mesure de margelle, si profond le puits, à dessouder du rêve à la mitraillette. Toutes ces emplettes de glycérine explosive, mes cris de mouette à jeter sur le passage, ma colère jaune, ma frayeur de fin du monde… j’ai déjà donné.

Mais nouvel est-il écrit… ? Qu’il en soit ainsi.

 

Texte et dessin : Anna Jouy

*Sirius apparait à l’horizon aux solstices
Fomalhaut apparait à l’horizon aux équinoxes