Hypnoses d’horloge (Extraits)

5

Table de travail. Ecrire à l’ombre, dans les tons de l’impromptu, au rebours de lumière. Écrire au poinçon dans les côtes. Parce que tout ce qu’il y a à dire est en-dessous de la Terre, enseveli et qu’il faut inscrire sa voix avec un soc et une fièvre de cheval. Serrer les épaules sur l’effort, ne pas dévier de ses graphies, du désarticulé langage et du recel d’âme ou du peu. Car j’en ai une qui flotte avec des racines et je tire mon boulet vers un sable poète, vers le bord de l’eau qui est la seule chose qui nous touche pareils dans la soif et dans le sel. Suis-je poète ? Mon balcon est un perchoir et me pencher sur le vide n’augmente pas mon vertige d’un second étage. Tant de galeries de fourmis tandis qu’il me faudrait chanter. Je lime dans le texte -mot choisi pour ce duel usure et vulgarité-, je ne saurais mieux faire que de fronder contre toutes mes convenances, atteindre un peu d’authentique, espérer qu’on désaccorde le train et que je saute sur une meilleure mine. Mais parler de soi ne construit pas de monde et me polischer à la mousse, à l’incessant rond sur la glace n’est pas encore utile à donner à l’autre sa force, sa puissance d’être et sa parole propre.

6

Heure du bain. Peut-être faut-il entre chien et loup mettre sa chair à fondre dans ce bleu où tombent finalement toutes choses. La fente crépuscule saignerait de l’encre et moi pareille, effervescence filandreuse emmêlée d’un taquet de guimauve. Peut-être faut-il mettre au trempage le blanc d’une coupe d’été, parmi des jonques de cobalt. Espérer voir se détacher fibre et fibre encore, les ficelles du regard, saucer l’azur et l’avaler tout cru. Esprit cannibale. Sieste. Le monde, je le croise au-dessus de ma tête. Les avions fusillent mon espace au bazooka. Grand filet de voyages explosés, mes cheveux en pétards. Je lis l’ardoise des passeports éphémères. Quand ils écrivent un A je crois qu’ils pensent à moi et je ferme les yeux en murmurant bonjour en toutes les langues que je sais. Moi couchée dans l’herbe, la ronde des trafics en l’air tourne tourne et m’enivre. Je marche encore sur les oiseaux mais il fait chaud, si chaud.je crains que leurs aiguilles ne percent bientôt mes baudruches et qu’il me faille redescendre en piqué, moteur coupé, cylindres serrés.

7

Avant la nuit mammifère. Il manque à ton idée d’évacuer des œufs et de perdre des plumes. Tu niches à poil, ta tête enroulée dans ton sexe, à naître et mourir sans cesse, mouillée, saignante. Sans la moindre coquille ni l’infime chrysalide. Tu vagis, tu épècles, tu désarticules ta nostalgie de ventre, anse faite à des promesses. Vivre semblait tenir debout, deux pattes aux cals durs. Maintenant il te faut changer de territoire, passé en mode volatil, poser ta masse chaude pour un troc de couleuvre. Sang-froid, maîtrise et l’iris fendu. Rêve éveillé. Je te forme sous la langue, te rumine à joues juteuses. Je te cause les crocs aigus. Tu as le cœur assis et mon âme sur les genoux. Je mastique tes gravures, la table en est couverte. Au couteau, au poinçon, à la dent de fourchette. Dans le rouge acryl de vieux augures. Je mâchouille le mystère que mes yeux ne descellent. Tu as dû laisser ton numéro pour me revoir. Mais comment le recomposer dans ces chiffres défaits. Mettre du sublime dans ces ossatures, mots, tous dépiautés là, pour allumer mes paniques de fille. Ne rien savoir me rend rage et chaîne. Je ferai de tout cela le parc d’acajous où s’apprivoisent les lacunes, l’écumoire épuisée de torpilles secrètes. Oui, la mer entre nous est un vaste boudoir, dressant sa tente entre épieux et pilotis. Une chambre anodine en plein corps où rêve le substrat des femmes. En suis-je encore ? Je ferai de tout cela un soubresaut, une volière de rames avec des ongles courts, l’interminable rendez-vous sur le carnet de cavales. Chaque fuite entre mes doigts est un sablier qui se meurt.

Texte : Anna Jouy

Gravure : Jean-Pierre Humbert

Le Pantalon Ivre – Roman graphique de Jacques Cauda aux Editions QazaQ

« Il faut la face de l’abandon pour que se laisse voir la plus absolue liberté. Mon premier film (j’avais votre âge, 20 ans) ne disait pas autre chose.
La femme, dont j’étais amoureux et avec qui je vivais, y jouait le rôle d’une femme qui se laisse voir.
Au-delà de la tendre naïveté qui enveloppait chacune de mes images et les troublait précisément de par leur innocence, la beauté de mon amoureuse nue se masturbant sur la scène fut le pourquoi de mon film. J’avais souhaité qu’elle se caressât sur l’air qu’il y a dans la Passion selon saint Matthieu de Bach : Blute nur, du liebes Herz. Mélodie que j’avais choisie parce qu’elle préfigure la forme préférée de la musique post-classique, c’est-à-dire la phrase de huit mesures, dans laquelle une figure est répétée, puis suivent deux variations de cette figure et, de nouveau, elle est répétée. Répétitions qui annoncent la musique dodécaphonique qu’on peut résumer par cette phrase de Kierkegaard qui m’est chère : « La répétition, voilà la réalité et le sérieux de la vie. »
Le cinéma, c’est une chose très simple : c’est quand la caméra tourne, a dit Jean Eustache. Aujourd’hui c’est mon cœur qui tourne. Oui, vous voyez comme tout pourrait être simple.
« 

Le Pantalon Ivre – Roman graphique de Jacques Cauda – Editions QazaQ – ISBN : 978-2-492483-20-2

Ce « Pantalon Ivre » peut se lire comme le récit, aux heures qui sont les nôtres, comme l’entrée dans l’enfer d’une bibliothèque. Il n’est pourtant question que de poésie, de beauté, d’exaltation de la vie, et de ses plaisirs forcément proches de la souffrance. C’est que Cauda parle à Bataille et Sade. Entre autres. A tous ceux qui savent bien que le tabou est la vraie matrice du mal, et que la chair s’ouvre sur le ciel.
Jacques Cauda est homme d’images aussi. Derrière la caméra longtemps, et peintre – et quel peintre, l’inventeur de la surfiguration ! -. Sur la page, il fait surgir des scènes brûlantes, prodigieuses de liberté et d’outrances libératrices. Un récit fulgurant, consumant le désir et les corps. Dans une époustouflante leçon d’écriture bien plus qu’érotique, totalement et viscéralement artistique surtout. Une manière sans la moindre retenue – sinon celle d’un style ciselé, quasiment classique – d’explorer non pas l’interdit – cette liberté-là est à notre portée, il suffit de le vouloir – mais de faire exploser les épaisses murailles derrières lesquelles nous nous sommes, nous avons été, dangereusement enfermés.
Cauda est un peintre prodigieux, à l’écriture surfigurative – à l’image de ses toiles – imprimant sur la rétine des sensations que l’on est pas prêt d’oublier.

A lire un premier article concernant « Le Pantalon Ivre » :

http://www.lelitteraire.com/?p=68381&fbclid=IwAR3TCoUlrlwmcnkCX_mYoOK_ZG-fSw9wQnVcwVBYU75aFlNkpkssK34_zFE

Les Variations Héroïques de Peter O’Neill

Hammer – Klavier

The first noun reads more like a verb- imperative!
Such is the Anglo-Saxon emphasis.
“Hammer the Klavier”, not the effeminised
Clavier. Remember, they are warlike


Nations. Look to their histories,
Filled to the brim with both war and peace.
Hence Beethoven! Picture him sitting
In a tavern, the year is 1803.


Hegel and Napoleon are all around,
And he is playing the Eroica Variations
On the beer -stained instrument.


Allegro molto…he is straining at the
Keyboards, the notes at times barely perceptible to him.
Yet to the collective assembled… what a din.

******

Piano-Forte

En anglais ça claque comme un ordre !
Tel est l’accent anglophone.
On parle du piano-forte et non du clavecin.
Souviens-toi, ce sont des guerriers

Regarde l’histoire de ces nations,
Remplie à ras bord de guerre et de paix.
D’où Beethoven ! Imaginez-le assis
Dans une taverne, en l’année 1803.

Hegel et Napoléon sont partout,
Il joue les « Variations Héroïques »
Sur un instrument taché de bière.

Allegro molto…Il fait des efforts au
Claviers, les notes parfois à peine perceptibles pour lui.
Pourtant au final achevé…Quel vacarme.

Lento

I

Not the sun before you shining down,
This great orb on fire, kilometres long.
Not your face from out of the body of the heavens ,
A rain of fire invisible through the great blue.

Yet, somehow still erupting from your youth,
You then but a sign or symbol of the contagion
That spreads out inside me, cancerous
Like the ultra-violate rays taken in too much

Abundance. So, like the careful bather that I am,
I step off the terrace out of the behemoth’s
Fiery gaze to step into the cooler interior

Where the sound of a classical guitar is playing.
There, the notes strike a chord in the deep wood.
Membranophones offer counter stroke, and its good.

******

Lento

I

Pas avant que le soleil ne t’éclaire,
Cette immense sphère en feu, si éloignée.
Pas ton visage à l’extérieur du corps des cieux,
Une pluie de feu invisible à travers le grand bleu.

Pourtant, toujours dans l’éruption de votre jeunesse,
Tu es le signe ou le symbole de la contagion
Qui se répand en moi, cancéreuse
Comme des rayons ultra-violets reçus en trop grande

Quantité. Alors, comme le baigneur prudent que je suis,
Je sors de la terrasse du monstre
Regard ardent pour pénétrer dans l’intérieur plus frais

Là où le son d’une guitare classique se fait entendre.
Là, les notes frappent un accord dans le bois profond.
Les membranes offrent des contrecoups, et c’est bon.

Textes issus du recueil de poésies de Peter O’Neill, « The Eroica Variations »

Traduction (en cours) : Yan Kouton

TEOS & HAIKUS du Jeudi

Adoncques ainsi rouler skate. Palmiers sous ciel multicolore. S’arrêter pour contempler la mer – Manger des frites à la Sichuanaise.

A définitivement se faire bête poète – La Californie en moins, le Finistère en plus.

Entre Brautigan & Kerouac, en moins dépressif & sans crise mystique !

BONJOUR !


Palmiers sous ciel jaune & palmiers sous ciel bleu
Je suis vivant, c’est assez. C’est tout ce dont j’ai besoin *


(*Bernastrasse, Adoncques ainsi rouler skate … page 06 – Cyril Pansal)

J’AIME CE QUI APPORTE DE LA JOIE


Budget migros Senf Mild Moutard douce Senape Dolce 300g
Sinon, n’importe quelle bratwurst Bernoise avec n’importe quel pain Bernois fera l’affaire.
Je ne suis pas du genre exigeant !

JE N’AIME PAS LES POÈTES MAUDITS


Les nihilistes m’ennuient profondément …
Je préfère les gens qui célèbrent la vie !

TRISTE ART


Skate enquête sur le terrain, du Robert Motherwell ou bien l’ado’ Banksy?
Au milieu de cette vague intrigue dessinant sale et vile cette seule ville,
je quitte les lieux du grime juste avant que dans le vide tout bascule …
Fort heureusement, je ne fais que passer.
Personne n’aime qu’on lui salisse les yeux

SKATE AUTODIDACTE שָׁלוֹם


Shalom, haut dans le ciel le soleil brille
Skate actif, du zig au zag je slalom’

MYSTÈRE DE L’ALLIANCE & OUBLI DE SOI RECOMPENSÉ

‘’La vie est un départ et la mort un retour’’ (*)

Claquent clic clic clic devant le Centre Nautique, les sons métalliques de câbles divers sur les mats.

Les cris des oiseaux, le son de mon skate et le son des vagues,

tout cela sonne comme musique religieuse à mes oreilles.

‘’Voici nous avons tout quitté, et nous t’avons suivi ; qu’en sera-t-il pour nous?’’(**)

Le détachement n’est-il pas vie éternelle ?

Oubli de soi récompensé devant dériveurs, catamarans, pirogues-dragons,

sprintos et …Oh … tous ces Optimists !

(*) Lao Zi

(**) Pierre s’adressant à Jésus ( Matthieu 19:27-30, Bible de Louis Segond)

EXPOSITION POM

Sac en papier kraft & gobelet de jus d’orange – avec paille verte en plastique – posés

sur le capot de ma vieille Renault 8 Gordini.

En salopette à la David Lee Roth, je sors de l’arrière mon bodyboard rose délavé.

Derrière moi, triangles blancs sur tache bleue.

Tout en cherchant ma combi en néoprène (& lycra) dans le fouillis du coffre,

je me dis que Peintre Officiel de la Marine, voilà ce que je deviens ce matin !

SOURIRES A LA TOM CRUISE

Dame japonaise commence le surf à 50 ans, à quelques kilomètres de Tokyo.

Monsieur espagnol, 65 ans, donne des cours de pilotage dans son avion.

Monsieur suisse commence le judo à 74 ans, puis se met à la compétition.

Dame israélienne, 80 ans, s’en va en roller au musée donner des cours.

Dame japonaise, 87 ans, rieuse, plonge sans combinaison ni bouteille.

Monsieur français 104 ans, très joyeux, fait du vélo tous les jours.

Dame française, 106 ans, espiègle devant son piano , prépare son nouvel album.

Etc etc etc …

Pas vraiment le genre récifs dépressifs ….

MANIFESTATION ECLATANTE DE LA JOIE D’ÊTRE EN VIE*

Des frites et c’est déjà le bonheur !

Qu’est-ce que tu veux de plus ?!

On fait des choses de la vie quotidienne. Rien ne peut battre cela.

Le quotidien, c’est tout ! *

(*Bernastrasse, Adoncques ainsi rouler skate … page 13 – Cyril Pansal)

DANS LE CIEL SEREIN, LE SILENCE RÈGNE

Je ne suis qu’un être humain de plus ou de moins.

Je passe une bonne journée !

(On dramatise toujours trop)

LA CLOCHE SONNE, LE SON SE MÊLE AU LOINTAIN

Le temple en bas de l’escalier,

voie lactée bleue dans les feuilles de la nuit étoilée

Béni soit l’Eternel

MUETTE IMMOBILITÉ

Nuit & jour

Muette immobilité

Continuelle perfection des éléments

Le royaume de l’Eternel s’établit de lui même dans le calme et le secret *

(*Bernastrasse, Adoncques ainsi rouler skate … page 10 – Cyril Pansal)

DÉCADENCE DE L’ACCIDENT

Toutes les bonnes choses ont une fin

Pétale de Géranium sur mes baskets mortes

TOUT LE MONDE AIME LES SENSATIONS FORTES !

 ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !

(Cyril Pansal – Merci Stéphanie!)