Extrait et recension de « Souple » de Charles-Eric Charrier aux Editions Unicité

« Souple » recueil de Charles-Éric Charrier vient de paraitre aux Editions Unicité. On y retrouve cette langue pétrie d’éclats du quotidien, mêlés à des pensées, de simples observations, qui font poésie sans la chercher. Elle apparait comme une évidence. Entre des silences et des regards posés. Entre une écriture plongée dans le réel et ses échappées abstraites ou étranges. Là, précisément, où la langue perd pied pour s’inventer littéralement. Et se fondre dans le flux d’une vie intérieure, contemplative et sur le-qui-vive. Se laissant envahir par le temps qu’il fait, comme par une foule de détails environnants, qui transcendent, mine de rien, l’instant. Le chargeant d’une singulière et fascinante présence au monde.
La puissance d’évocation des textes de Charles-Éric Charrier provient de cette association constante de sons et de formes, de chair et de spiritualité. Une association qui se révèle, au fil des lectures, inhabituelle, déroutante mais toujours juste. Signant une écriture poétique forte. Mais surtout neuve. Unique. Comme si Charles-Éric Charrier, en musicien et peintre qu’il est, retrouvait à chaque texte, ce qui préexiste dans le langage. Ce qui s’y est déposé. Décelant les signes intemporels partagés avec la musique et les images.

Extrait :

ORATORIO DU PAUVRE

Ce corps est un peu fatigué
Et cet esprit calme
Au moment du pont

Que dire ! Oui la chaleur par le souffle
Translucide
Les mains âgées de maman et parfois sa voix
Clarté limpide
Extatique, le dos droit… La mer

Fin août et la lumière rase

Oratorio en deux mouvements
Et le pont entre eux
Des pigeons
D’une ruine à un bâtiment neuf

En épuisement

en épuisement des mots de bouches
j’imagine les peaux tendues
au bar sans un sens
je reprends un verre pour me perdre
c’est le capitaine qui séduit les orages
et qui tue les errances
tu me dis que tu es libre
l’horizon prépare les tempêtes
et sur le vieux matelas
nos vins de la soirée s’entrejambent
je repeins les murs en blancs
pour oublier mes peines
j’imagine en toi le bourdon des nuits
celui qui trahit l’illusion des jours

je perds
pendu au goût des écumes
assis sur le sable
j’imagine tes yeux

je perds le temps
c’est le capitaine

Texte : Pierre Vandel Joubert

Il se trouve

que je voudrais, ce soir,
depuis ma rame de métro
écrire un haiku ambulance,
pour plaider ma défense
d’avoir suivi ma pente,
en remontant le courant dolent
de ce jour de mai nuageux,
achevé par le haussement d’épaules,
des repris de justesse.

La précipitation chagrine avertit
qu’il ne pleut pas qu’aux temps bibliques,
sauf erreur,
mais de quelle part ?

On annonce orageusement des sentiments dans l’air !

Texte : Fabien Sanchez

COMME çA/çA COMME – Recueil de Charles-Eric Charrier aux Editions QazaQ

Le nouveau recueil de Charles-Eric Charrier publié aux Editions QazaQ, « COMME çA/çA COMME », est traversé par une contemplation étrange, empreinte de réflexions et d’observations d’une grande poésie. Mais d’une poésie lavée d’un lyrisme malaisant. On ne peut pas parler non plus d’un texte frontal, qui serait nourri d’effets trop contemporains pour être honnête.

Cette langue-là est irriguée d’une syntaxe à part, reflétant un subtil mélange de réalisme et d’abstraction. Le regard objectif sur un environnement minutieusement scanné, croisé à l’intériorité profonde d’un homme à la fois aux aguets et tout entier plongé dans les méandres de son esprit. Et qui semble se jouer du temps et de l’agitation alentours pour ouvrir des failles quasi méditatives mais d’une extraordinaire précision et acuité.

A noter que ce texte fait l’objet d’une interprétation théâtrale avec les comédiens Béatrice Templé et Bertrand Chollet.

Extrait :

Des frères en Vérité
Cet homme qui fouille
La poubelle, à côté de moi
Est l’absolu
Tout comme cet enculé de
Banquier/assureur
Et moi, mon Cœur, ton Cœur… N’a pas besoin de briller, juste être là.
Quel monde
Quelle chanson
Quelle voix
Tout est déjà poussière
Obsolète. Alors :
Vivons… D’un rien !

Je prends mes vacances au bout de la rue, sur un banc, région où tout l’univers est concentré
en une seule goutte de n’importe quoi

COMME çA/çA COMME – Recueil de Charles-Eric Charrier aux Editions QazaQ – ISBN : 978-492483-51-6

FAUX DÉPART

 « On ne peut vivre qu’à Paris, l’endroit idéal pour rater sa vie ». CIORAN

De fenêtre en fenêtre

coulisse le vice

libre à qui

sera celle qui résiste

fureur carnassière

jeunesses à bout de flaque

Paris trop cher

abusé comme ses rues tutélaires

fondu au gris sur Haussman

dont les lourdes fumées

louvoient de-ci de-là

avec ce départ imprévu

à la pointe Nord d’un calendrier inversé

face aux mers en désertion

là où des pas trop timides

sont stoppés net

à la faveur d’un recueillement photogénique

flashbacks suspendus

Paris est déjà loin

sacrifiée aux forces telluriques

doux rêves de passagers en utopie.

Texte : Grégory Rateau

Illustration : Homme à la fenêtre, 1875 – Gustave Caillebotte