Ester Wierzchucka / Deux Poèmes traduits par Charles Garatynski

Ester Wierzchucka est née en Pologne. Ses poèmes reviennent souvent au judaïsme, à la mémoire et à ce que le passé laisse derrière lui. Elle a écrit le scénario de March Exile (2025), court métrage consacré aux événements de mars 1968 en Pologne, et figure dans l’anthologie The Psithur Project (Pynewood Press, janvier 2027). En France, ses poèmes ont paru en traduction dans la revue L’Altérité (2026). Elle collectionne les objets qui ont une histoire. Christian Ferras est, dit-elle, le violoniste qui fait parler au violon sa langue.

******

Forme mineure d’éternité


Ma mère et moi
portons le même deuxième prénom

Entre le premier et le nom de famille
une grappe de lettres identique
une couture sous-cutanée

Tout droit de sa bouche
à l’acte de naissance
de l’acte à la pièce d’identité

Ma mère et moi –
deux feuillets officiels
pliés ensemble en deux

Quand j’écris mon prénom
sa main est déjà invisible
mais tient toujours le stylo

Pomniejsza forma wieczności (Texte Original)


Moja matka i ja
nosimy to samo drugie imię

Między pierwszym a nazwiskiem
identyczna zbitka liter
podskórny szew

Wprost z jej ust
do aktu urodzenia
z aktu do dowodu

Moja matka i ja –
dwie urzędowe kartki
razem złożone wpół

Kiedy zapisuję swoje imię
jej ręka jest już niewidoczna
ale nadal trzyma długopis

******

Textes : © Charles Garatynski / Ester Wierzchucka