Tankas « Encre Et Lumière »

quelques clous rouillés
sur un coin de l’établi
fleurissent à mes yeux
où grognent les souvenirs
pendus aux silences

***

morsure d’hiver –
dans le silence des pierres
les ombres rongent
la rouille d’un ailleurs
transpercé de feu et de glace

 ***

dedans, dehors
les miettes d’obscurité
abîment nos cieux
dans le désert de lune
de l’entaille du temps

***

au creux des pierres
les silences bâillonnent
le bruit de l’aube
où les étoiles d’hier
déchirent la toile obscure

***

pierre tranchée
par des rayons de lune
imaginaires
où le cuivre du ciel
ligote les ombres pâles

***

et dans le silence
les feuilles mortes grondent
au fond du jardin
effacé de mon passé –
le temps fronce les hivers

 

 

Sur l’auteur

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Sandrine DAVIN est née le 15/12/1975 à Grenoble (FRANCE) où elle réside toujours.

Elle est auteure de poésie contemporaine inspirée des tankas, elle a édité 12 recueils de poésie dont le dernier s’intitule « Rouillure » chez TheBookEdition.

Ses ouvrages sont étudiés par des classes de l’enseignement primaire et au collège où Sandrine intervient auprès de ces élèves. Elle a ce goût de faire partager la poésie au jeune public et de donner l’envie d’écrire …

Elle est également diplômée par la Société des Poètes Français pour son poème « Lettre d’un soldat ».

Sites Internet :

http://sandrineauteure.over-blog.com/

https://www.facebook.com/Sandrine-Auteure-Paroli%C3%A8re-103221296391721/

 

 

Chemin de Souffle – Traduction


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Suspended still
in the void
the beating of the heart
and the town

This closed wound
like a flower
urban and wild

Still audible

From a distance
clear and vibrant
so that we can trap it
in order to exist

This word to hand
becomes contemporary
of the reflected street

Beating in time

With death closing
in upon itself
so that we
become
somewhere
else

Traduction de Peter O’Neill

Suspendu encore
Dans le vide
Battement de cœur
Et de ville

Cette blessure
Fermée
Comme une fleur
Sauvage et urbaine

De l’audible encore

Au loin et
Vibrant au clair
Que l’on attrape
Pour exister

Ce mot dans la main
Devenu contemporain
D’une rue reflétée

Battant de la tempe

Cette mort refermée
Sur elle-même
Que l’on devine
Quelque part

Texte/Illustration : Yan Kouton

Journal Sous Etreinte


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Médecine. Pots barbituriques. Dégagements du corps en touches. Baiser ou dormir serait-il un remède ? Décrisper sa soif avec une pince clampée de rêves sans retour. Entretenir son drame, à quoi bon autre chose, on en revient toujours aux mêmes. Opérer d’urgence. Traiter à la sulfateuse tous les charbons toxiques. Espérance d’une joie antispasmodique, ce retroussement de néant vers lui-même. Quand la parole va au butoir et que la tête contusionne, des bleus par les tempes passantes.

Sous ma langue encore des cerfs-volants, un brame de sous-bois qui se mettrait en vrille. Ces vieux animaux aux branches lourdes portent l’amour à bout de nerf. La forêt monte, aiguë, et le ciel fakir s’assoit dessus. Qu’entend-on de là-haut ? On m’a dit le silence et rien. La Terre est une bulle muette, comme une capsule dans un mobile d’enfant. Inutile de la confier à des astronautes, la navigation sous instruments n’est pas du ressort des vents. Je suis de la flottille, gonflée à bloc à la pompe de tes poumons. —Ton souffle ton souffle… Espace de distraction, qui happe momentanément l’esprit. Le sais-tu ? Je me sens du vol, lest de nacelle qu’il faudra bien lâcher. Mais en attendant, c’est encore un voyage et la connexion des zeppelins.

Sous chape, le monde. Mais ouvrir les oreilles, les ramifier, les envoyer comme des doigts, cueillir. Un papier, le craquement d’un plastique sous la chaleur, le souffle de l’ordi, la langue du chat sur sa fourrure, un pas, une goutte sur la tôle de l’évier. Bris clandestins, sautillants. Le pavillon s’emplit de grelots. Dehors le foehn hante les arbres, une rame de sons diffus, une histoire dont chaque syllabe est si détachée qu’on ne saisit plus rien mais qu’on écoute encore et encore… Le silence trait l’étoupe du jardin. J’écoute le revers de la vie.

Ça y est, j’ai replâtré le masque, tiré l’esprit à quatre épingles. C’est reparti pour quelques jours « d’âmidon ». Il y a des instants qui ressemblent à des saisons. Un froid intense vous parcourt, vous grelottez d’automne. Et puis vous faites un demi-tour sur l’axe du temps, vous changez la position du soleil sur l’horizon comme on déplace un tableau ou un objet. Pas toujours le même. Chacun son tour de Terre bien entendu…


Texte
: Anna Jouy
Illustration : https://fotoloco.fr/photo-detail/?id=143929

Je devais m’y attendre – PARTIE #3 et #4

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PARTIE #3

Soudain en passer par partir. En passer par là. Partir serait un endroit. Le tout est de savoir partir sans rester. Soudain faudrait-t-il – écrire – quelque chose qui reviendrait à partir je ne sais où de nouveau soudain. Ou – écrire – une chose qui reviendrait à rester je ne sais où de nouveau soudain.

J4, Bangkok, 04/02/2020

 

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PARTIE #4

– humeur ou biais de confirmation ¿ –

Thank you kob khun ka dit la femme. Si c’est un homme kob khun krap merci. Le monde est devenu homogène on s’y retrouve – the wall en somme – .The ones who consomment the ones who fournissent toutes sortes de choses et vice et versa. Par exemple for instance des rangées d’humains se font masser les pieds par d’autres humains sur fond de lounge chillout dance floor, thai cocktails et selfies – worldwide recommended – . On ne sait plus trop qui de qui. Sourit et/ou porte un masque – fait barrage aux humeurs – . « Get the truth then go » dit TripAdvisor.

J4, Bangkok, 04/02/2020

 

Textes/Illustrations : Corinne Le Lepvrier

Roi de la Mort


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I

L’anthracite de l’horizon scintille
Un couple de merles fabrique un nid de misère
Il ne reste que l’œil
Pour sentir le monde
L’image des Twins s’impose à ma perception
D’un coup d’œil je glisse
Intemporelles pensées
Oh une fumée noire, là à gauche des tours
L’air vicié,
Le sol maculé,
Le tact cramé
STOP roi de la mort

II

Silence
Une abeille chargée de paille
Une musique macabre
Danse Roi de la mort
Joue, oublie-moi
Passe ton chemin
Tu me retrouveras bien assez tôt.

Texte/Illustration : Jean-Claude Bourdet