La Froissure du Rêve

Je ne passerai plus les portes
par les entrechats
A la mémoire de nos vertiges
je baillerai les fenêtres
pour que n’entrent pas
Qui nous étions (des zébrures d’or)
Tour à tour
Anges vagabonds,
Ou clochards célestes
La froissure du rêve
Comme une mémoire
Je me souviens de vous
Je me souviens de tout
Des vertiges au soleil surtout
Il en est des défaites qui sont des chants de gloire
Comme ces films muets condamnés par l’histoire
j’étais fille des nuages
En constante métamorphose
Je brandissais mon insolence
Sous des ciels mauves
Qui ne sont plus que fracas
Déchiquetés, désinstallés dans ma mémoire
Il me reste l’abandon
Les orages polaires
Les zébrures d’or
Et quelques fausses équerres
Une dernière ruade
Sous des braises…froides
Il me reste
la froissure du rêve
L’écume, l’écume qui roule
Qui tourne comme ma mémoire
Dans une autre cadence
je serai celle qui se souvient de vous
Qui se souvient de tout

I dare, I dare not
Beyond the mountains
I dare, I dare not
Beyond the mountains
I dare, I dare not beyond the mountains
Do you really
believe what I’ve just said
MIght I be strocked down
Do you
I dare not speak anymore
Might I be strocked down
If I tell a lie
You might be a little less abrupt
You might be a little more smart
What don’t you say a word
What’s going through your mind
Why, why to chase
Why to chase after glory
Why to chase after money
You are goin’ down hill, just down hill
I dare
I dare not
I dare not speak anymore
Beyond the mountains

Texte : Catherine Watine

Vidéo : Alain Ries

« La Froissure du Rêve » est une chanson issue de l’album « Disparition » de Phôs (Watine et Intratextures). A découvrir ici :

https://watine.bandcamp.com/album/phos-disparition-intratextures-watine

Recueil « Produits de la Mer » aux Editions QazaQ

EXIL


Les jambes aux reflets cuivrés

les pieds qui courent sur la plage

les doigts qui jouent avec le sable

les bouches qui vont expirer

dans les bateaux et bouées gonflables

ont perdu en mer leur visage

Dans les corps en locomotion

tout n’est plus que fragmentation

sans que l’on puisse restituer

du sens aux plaisirs destitués

Tes mille et un gestes de rien

ont déserté mon quotidien

Les regards tiennent rarement

la peur d’autrui probablement

L’enfant observe davantage

En souriant à son doux visage

dans nos meilleures intentions

on s’expose à la suspicion

Ah, honni soit qui mal y pense

rien ne remplace plus l’absence

Tes mille et un gestes de rien

ont déserté mon quotidien

Extrait du recueil de poèmes, texte et petit bestiaire d’Eric Tessier à télécharger ici :

ISBN : 978-2-49483-03-5

Derrière des « Produits de la mer » se cachent de merveilleux poèmes contemporains, à l’écriture tour à tour frontale ou imagée. Conjuguant le réalisme d’un Carver avec une sophistication et précision extrêmes. C’est tout un monde intérieur qui apparaît au fil des textes, sidérants de justesse et de beauté.

Tankas

le ciel se gangrène
par de lourds nuages noirs –
la larme de grand-père
roule sur sa joue ridée
où mon baiser vient mourir

dans l’ombre du soir
la lune à travers ses pas
gagne du terrain –
un bruit sourd crève le ciel
qui déchire sa toile

la lune ricoche
sur un tapis de brume où
son corps n’est plus qu’ombre
à l’abri des silences
emmitouflés de noir

Textes : Sandrine Davin

Illustrations : Yan Kouton

Poèmes Divers

Poupée

La première fois elle a vu que dans une flaque d’eau géante au milieu d’une forêt

un matin d’automne elle pouvait scruter son visage.

Un visage au milieu des feuilles déchirées des ombres des branches des arbres

venues du dessus.

Un visage se froisser légèrement au souffle du vent nez yeux bouche ondulés petits cheveux

au milieu de l’autre de l’autre nature la nature de l’autre.

Son épuisement ou son feu. Sa chaleur aux confins des baisers. Sensuelle répétition.

L’odeur dans le cou comme au creux de l’écorce, elle s’est souvenue.

L’arbre entouré de ses bras confiants. Pleurer de peur de perdre.

Perdre son chapeau pointu son ciré clair à petits pois blancs.

Son enfance.

L’homme vert, grave son passage sur les troncs d’arbres sème des énigmes sur les mystères de sa présence.

La journée passe la profondeur de la forêt attire autant qu’elle fait peur.

Femme coiffée de lierre chevelure verdoyante la frange cache un œil celui qui assemble des bouts de temps comme morceaux de tissus pour en faire d’autres vêtements, celui qui tape la vase du pied à la recherche de myes qu’il grattera un peu étourdi.

Femme verte compose feuille à feuille sa forêt de prose d’œil à œil avec les jours.

Aimer dans l’embrasement des écorces des racines des reflets de l’autre.

Le coin caché où traîne la poupée de chiffon.

Maquillée de tes pastels gras de tes feutres à la pointe écrasée.

Tu lui as aussi coupé les cheveux plus courts d’un côté que de l’autre.

Tu l’as tapée quand tu avais mal toi aussi la poupée maltraitée la rejetée de ton estime le coin caché où trône ta méchanceté l’écharde cachée aux yeux.

Quand tu aimes elle surgit la poupée maltraitée. Elle crie dans ton ventre et se venge.

En parfaite petite fille malaimée elle sort par ta bouche enferme les baisers dans une toile

d’araignée.

Immobile

honteuse

paralysée

dans une prison froide.

Quelle liberté pour les poupées maltraitées ?

Je veux parler ouvrir la bouche articuler sortir des mots.

Refrain

J’ai éteint la lumière encore ce soir. Comme tous les soirs avant que la nuit tombe je ferme les portes et entre.

Entre dans l’ombre du théâtre du vide. Je tâte les contours de mon corps afin de vérifier que je suis bien là.

J’aimerai que tu mesures chaque soir l’état de mes frontières. Que tu mesures l’énergie de mes hanches

de mes seins

de mon nombril

de mes fesses

de mes cuisses

de mon dos. Démon sensuel de l’envie.

L’énergie sous mes paupières dans le fond de ma gorge dans ma langue.

L’énergie de mon âme plongeant dans tes frontières sans gardes.

Je cherche mon garde-folle à la vitesse d’une enfant qui fait une bêtise chute disparaît dans le magasin attrape la fourchette fais tomber son assiette ou son verre joue de l’inquiétude de sa mère fais semblant d’être morte sans savoir qu’elle est vu en train de respirer.

Je cherche ton sexe la lanterne de mon sommeil le donneur de somnifère le sirop de l’apaisement. Je veux la sensation du liquide blanc coulant entre mes jambes prisonnier de ma vulve dansante entre les lèvres chantant le repos de l’amour.

Je m’endors dans ces flots dans la douceur du chaud étranger entre mes jambes.

Le miracle entre les jambes. Le mélange des liquides des opacités des sangs blancs de nos âmes. Transe-lucide de la fusion.

Je veux rester allongée pour ne pas en perdre une goutte. Une miette.

Seule ce n’est pas la même idylle. Je tourne et retourne l’emballage. L’intérieur remue dans toutes les directions pense à ce qu’il ne faudrait pas penser à cette heure.

Remue l’arnaque de la solitude des draps de la solitude de la feuille de salade flétrie au fond du réfrigérateur.

Impossible de voir l’apaisement dans ses yeux ni t’entendre ses souffles réguliers.

 Je pensais pouvoir m’endormir. Refrain des paupières à clore pour dormir.

Textes/Illustrations : Aline Recoura

Réédition aux Editions QazaQ des livres de Cyril Pansal

ISBN : 978-2-49483-01-1

ISBN : 978-2-492483-02-8

Avec ces ouvrages initialement présentés dans le cadre du site de création littéraire Les Cosaques des Frontières, Cyril Pansal explore – explose ? – les formes narratives traditionnelles en convoquant le minimalisme de la poésie japonaise, et la contre-écriture d’un Richard Brautigan. Comme ce dernier, Cyril Pansal plonge dans les images, le graphisme, les digressions, l’absurde, le divertissement pour élaborer une langue totalement nouvelle, à la fois mystérieuse et accessible, profonde et populaire. Dépassant toutes les formes poétiques traditionnelles pour imposer son écriture postmoderne.