Du deuil et de l’absence

du deuil et de l’absence
j’imagine une histoire
me promenant sur vos morts
je crache sur vos gueules
sans désirs et sans sueurs
du deuil et de l’histoire
où j’annihile chaque seconde
d’un enfer
je crache sur vos mères
prépucément indignes
du deuil et de votre hypocrisie
j’arrache la vertu et les vêtements
 » oh quel chien ce type ! « 
 » madame voyons c’est un homme mais il ne le sait pas « 

Texte : Pierre Vandel Joubert

Toile : Pierre Vandel Joubet – « homme forêt rouge »- acrylique toile – 50*60 cm – mai 2022

Ô Drive – Recueil de poésie de Charles-Eric Charrier – Editions QazaQ

« Tendre
Au moins
*
Une vague
Dans tout
*
L’existence
Est une prière
Exaucée
*
Scotché à
L’effet de la
Pluie »

On retrouve dans ce recueil de Charles-Eric Charrier le minimalisme de son travail graphique. Texte court, elliptique, mystérieux, parfois drôle avant de se révéler d’une finesse remarquable. Les mots sont ordonnés d’une étrange manière, à la façon d’Isidore Isou. Il y a du lettrisme dans l’écriture de Charles-Eric Charrier. Une organisation perturbante des vers qui ouvre sur un univers poétique sans équivalent.

Ô Drive – Recueil de Charles-Eric Charrier – Editions QazaQ – ISBN : 978-2-492483-46-2

Senteur-Brûlure*

Voici la suite de la publication de poèmes sur la guerre de Shahrzad BEHESHTI MIRMIRAN, traduits par son frère Shahriar BEHESHTI. Photo de  Shamim BAHARZADEH. On retrouve dans ce texte toute la terrible émotion et beauté aride d’une plume contemporaine forgée dans la souffrance et la simplicité absolue.

Dans des boîtes, sur une voiture


À travers des chemins
À travers des terres arides
Ils ont fait traverser
Quelque chose de nous


Avant l’arrivée à une ville
Je vis une femme
Glaïeuls et gypsophile à la main
C’était ma mère


Comme tu as vieilli !
Elle suivait la voiture et touchait les boîtes


J’ai poussé la boîte
Je suis tombé d’en haut
Il n’y avait pas de cadavre dans la boîte
Mon portefeuille, la photo de ma femme, ma plaque
Et quelques lambeaux de ma chemise
Se dispersèrent sur la route, sur une terre aride


La voiture traversait mon village
Ils m’ont ramassé


Un homme ne regarda pas la photo de ma femme
Il la glissa sous ma chemise


L’a reconnue
Elle avait dix ans de moins
Elle n’avait pas d’enfant dans les bras


Ma femme, sa femme


Il pleurait doucement


Les “Senteurs-Brûlures” avaient fleuri
Et la plaine sentait ma brûlure

*Arbuste à fleurs, ce nom est la traduction littérale de persan

Poème : Shahrzad BEHESHTI MIRMIRAN
Traduction : Shahriar BEHESHTI
Photo : Shamim BAHARZADEH

Espace de vie

Vie dans la cuisine
lumière de bois
rôti de porc
poulet au curry
ratatouille
les odeurs précoces des repas
vie de la cuisine
écrire lire faire ses devoirs
essuyer la vaisselle
vie de la cuisine
livres dans les placards
écrire devant la cuisinière
écrire pendant que ça boue
pendant que ça cuit
touiller surveiller
reprendre la cuisine des mots
je me demande si Michel Butor écrivait
en surveillant les casseroles
spatule fouet grosse cuillère
j’écris légumes hachés
l’eau boue tourbillonne
deux secondes je finis mon mot
veiller réveiller personne
carrelage café lumière jaune
s’enfermer
les mères font le tour du monde
confidences secrets heures quotidiennes
ma mère parle à sa mère assise
portes fermées fenêtres closes
ma tante parle à sa nièce
l’heure s’échappe sous la table
les femmes pleurent coudes sur la table
radio plus fort
les informations les émissions apprendre
se servir un petit verre posé à côté de la cuisinière
où pourrais-je le mieux écrire que dans une cuisine
fesse sur le coin d’une chaise
prête à bondir ça brûle
écrire debout au-dessus des marmites
nouveau appartement petite cuisine
pas de place pour une table
espace de passage rapide
porte ouverte
un pas entre le frigo l’évier la cuisinière le meuble
écrire à cheval en cuisine

Texte : Aline Recoura

CONTRE VOUS !

John Martin (1789-1854), Le Pandemonium, 1841, huile sur toile, musée du Louvre, Paris

Vous qui jugez les uns de vos triples hauteurs,
ces jeunes illusionnés fraichement débarqués ; avec les mêmes rires glauques vous condamnez de vos trônes empaillés.
La flamme n’attend plus que l’étincelle pour exulter.
Dans les couloirs vermoulus de vos sociétés secrètes
Où l’on distribue bons points, diplômes en vacuité, d’une main lâche
vous frappez ; préparant bien en avance vos éloges funèbres et forçant le destin parfois quand le goût du sang monte à la bouche devient trop prégnant.

Que connaissez-vous des routes de la faim ?
Pas celles qui creusent le ventre mais le tonneau insatiable, quand les têtes soudain mises à nu
tournent sur elles-mêmes en fixant le ciel pour y entrevoir un visage ami, prêt à tendre vers lui, à tout sacrifier.

Mais la constellation change de planète, sourde à leurs vers en faisant semblant d’y croire.
Des mots vides, rassurants mais vains.
Vous êtes trop loin masqués derrière vos bronzes académiques ; sans peine vous cheminez tristes Nadirs vers les actualités du jour.

Des âmes mortes voilà ce que vous êtes et vos mots ne traverseront jamais la terre.
Ils ne sont plus rien.

Quand le siècle soudain se tait, votre nom lui-même s’oxyde.

Texte : Grégory Rateau