Poèmes d’amour et de Pygmésie intérieure 3

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et la mer était
tout le temps là
dans tes cheveux

en ruisseau le long
des filets verts
au creux

des mains qui halaient
le poisson et le cœur
en nous

d’un matin
goût citron
couleur de chair sanguine

puis une auto
nous emmenait
faire le marché

puiser le vent
sur la terrasse
chez Thérèse

jusqu’à pas d’heure
où rentrer dormir
se laver

et cueillir le sel de la nuit

 

Texte : Serge Marcel Roche

Une heure

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une-heure

Ce corps choisi
je le recueille avec
une infinie patience
des enlacements
dérobés au coeur
de nos sangs
dans l’épaisseur
du jour naissant
mon naufrage là
toujours un murmure
resté dans ton cou
où les caresses
semblent des sanglots
attentif au moindre
soubresaut
avec des airs
mourant à dessein
qu’un regret sans
relâche inspire
je m’étends près
de toi à sentir la
douceur de ce
paysage comme
si les bruits d’
assassins s’
évaporaient
en chagrin
tenace – tu es
là – en sourdine
ma compagne

Texte et photo : Yan Kouton

Quatre tankas pour une image

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les plaques d’enduit
désagrégées révèlent
l’âme du vieux mur
par la plaie effrangée
surgit l’appareil blessé

fatigue et chaleur
le maquillage glisse
sur la vieille peau
et tes ans, leur souffrance
s’exhibent, ridicules

tes illusions fuient
ton insouciance glisse
ta peur est à nu
tu ne peux plus refouler
la montée de tes craintes
ta faiblesse et tes haines

ou plutôt

ta grâce fanée
ta tendresse attaquée
sourire sali
mais dessous l’ossature
ferme, claire, renforcée

 

Texte et photo : Brigitte Celerier

Quelques grains de pluie à moudre sur le silence

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pluie

Grains de pluie. L’arbre à nuages fait exploit de pollens. Je suis enrhumée. Dehors et puis dedans. Dedans, de cette eau qui circule, trafic sans douane. Contrebande, dirait l’homme, de l’eau de contrebande !

J’imagine les passeurs, passants s’enrichissant de ces échanges libres : de source, de rizières, de roche, de pluie… Le gain acquis sans taxe, le placement interdit dans des coffres forts illicites. « Madame, vous êtes accusée de délit de fuites…  » me dirait-on un jour, en fouillant à la sauvage mes appartements secrets. Perquisition de l’aube. Insolite descente des gens de larmes, brigade des stupeurs. Injonction servie en me montrant de beaux papiers scellés de rouges et de fronts.

Eau respirée, fenêtres «  déclosées » avec un doigt dessinant dans le mur un cadre neuf et derrière, la découpe en silhouette d’un phare, d’un ressac, d’une marée permise. Ce doigt qui aurait tout de la baguette du coudrier et saurait d’un simple « pointer » désigner et faire naître. (Cette plume est une serre d’oiseau rapace, qui griffe le papier, ongle savant.)

Je me tiens à l’aventure d’une vitrine obsolète, me reste les inventions de la pluie, son collier glacé, cette douche où je m’imagine à un repas de vieilles soifs, l’appétit d’un humide retour. Je mets mon corps à défroisser comme on trempe du thé, feuilles racornies et que soudain jaillissent en nénuphars.

Il y a des matins qui me tombent sur la tête. Des robes et des mirages, de quoi avancer nue… me souvenir dépouille. J’écosse des frissons, je chemine à découvert, le long des poutres aigres-douces d’un regard. Portes gauches, portes droites au taquet de la main, je fais le rabattage de canaux où s’esquivent des travées silencieuses. Cette marche filait déjà du mauvais coton. Je trame les doigts, un carrefour de phalanges et des roses des vents. Et puis le vieux temps par le judas, comme un œuf de pupille où s’arrondissent étonnées les plumes de la lumière. Tout me revient.je débusque sous des arcades cochères, celles qui pliaient mes secrets la nuit venue, ces grosses bosses que je portais au dos.

Je me souviens de mes semelles crêpes, blanches, twistant sous le monocle d’un réverbère, ce désir d’empocher des baisers. Rien qu’un seul, une fois, supplique de l’enfant roi.  J’y pense encore, drôles de souvenirs dans la soucoupe de tant de soirs, quand je me dévêts et du jour et de ma robe.

Ne pas aller au-delà du besoin ; l’au-delà marge sécuritaire. Après on est mort, ou perdu du moins. Ne pas céder à la tentation plus, à la volonté disproportionnée de l’ajout, de l’inutile qui donne fausse allure et empêche les mains de bien sentir. Tant de choses en trop, autant dans la possession que dans l’esprit, modifiant et usant mes structures internes, ma force souple ployant bien sûr, juste avant le bris. Il y a en moi le même usage du nerf qu’il y a en la matière. Au-delà du nerf, c’est l’épreuve de trop, l’empêchement qui dévore la tronche. J’entends bien que la corde est à son maximum d’étirement, que revoilà dans chacune de mes mains cette brûlure interne du tiraillement qui appelle l’eau et le froid.

Au-delà, pas plus loin… A quel moment dans l’atmosphère, l’écartement distanciel des molécules de l’air fait-il qu’on doit y aller à la ramasse, avec une raclette recherchant ce qu’il nous en faut pour être ?

Au-delà probablement noir, même si parfois on rêve en couleurs et que l’apparente nuit se revêt de floraisons lumineuses. J’écris trop. Overdose qui gonfle mon ventre et pèse si lourd sur le texte. Trop et c’est pire que pas assez. Me retrouve dans la même fringale insatisfaite comme si avant, le vide et après le vide à nouveau. J’ai beau tenter d’imaginer un monde derrière le néant, je pense que l’irrespirable va avoir ma peau.

Texte et dessin « pluie » :  Anna Jouy

l’image peut être agrandie par cliquer

Underground 4 : L’histoire de Marie

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Sous la surface des choses se cachent parfois d’autres choses. Dans cette série, je vous propose de fermer les yeux et de laisser votre imagination vous montrer ces choses qui brillent derrière les choses.

**

underground-4
Une journée de plus s’achève. Marie rentre, épuisée. Les nuages menacent alors que toute la journée a été radieuse. Elle voulait aller faire un tour avec son chien resté seul toute la journée et voilà que le temps se couvre quand elle retrouve sa liberté.
Pas de chance.
Elle conduit automatiquement et s’étonne d’être déjà arrivée sur le chemin de son village. Elle n’a pas vu passer le trajet. Elle a l’impression de sortir d’un coma et secoue ses épaules pour se réveiller. Chaque soir, c’est un peu plus dur. Elle vieillit et n’a plus l’endurance qu’elle avait il y a dix ans. Le manque de personnel dans le service est de plus en plus criant. Un jour, la vie des patients sera en danger quand une des filles fera un malaise d’épuisement pendant son service. On n’a beau le dire à chaque réunion, tout le monde se désintéresse de la question. Du moment que le travail est fait, le reste n’a pas d’importance.
Marie prise dans ses pensées négatives, appuie de plus en plus fort sur l’accélérateur. Les pneus crissent sur le bitume mouillé. Des grosses gouttes viennent s’écraser sur le pare-brise. Le soleil sort brusquement de derrière les nuages et l’éblouit. Elle freine instinctivement, sentant ses roues glisser vers le fossé. La voiture tangue puis rétablit sa trajectoire. Des sueurs froides la traversent tandis qu’un léger vertige la saisit. Un coup d’œil au tableau de bord lui indique une vitesse effrayante : 120 sur une route de campagne exigüe et sinueuse. Comment a-t-elle pu se laisser entraîner ainsi ? Elle a dû s’endormir un instant.
Elle se crispe sur le volant et appuie sur le frein par petites touches, il ne s’agirait pas de faire un tête-à-queue. Les freins semblent peu efficaces. Elle sent ses roues qui se bloquent. La voiture se déporte sur la gauche de la route, elle ne parvient pas à rétablir la trajectoire. Elle voit défiler le paysage à une vitesse vertigineuse avec la sensation paradoxale d’être dans un film au ralenti. Elle approche du prochain tournant qu’elle sait être très serré. Il faut absolument qu’elle ralentisse avant, si jamais quelqu’un arrive en face, elle ne pourra l’éviter. Accrochée au volant, elle enfonce la pédale de frein désespérément, sans résultat.
Elle arrive près du tournant, au moment où un énorme tracteur se présente sur la voie de gauche. Cette fois, c’est la fin, elle ne pourra l’éviter.
Un sanglot lui échappe. Elle va mourir sur cette route. Pourtant le ciel est si beau, mariant nuages, pluie et soleil dans un bal resplendissant de lumière.
Elle se dit que c’est trop bête de mourir alors que le ciel est si beau.
Elle se dit qu’elle est trop bête de penser cela.
Elle se dit qu’elle a encore tant de choses à accomplir.
Elle entend quelqu’un crier, hurler même, avant de réaliser que c’est elle.
Un rayon de soleil darde, transformant les gouttelettes sur le pare-brise en diamants bruts. Eblouie, Marie cligne des paupières. Sur la droite, un reflet bleuté flotte au-dessus des haies. Intriguée, Marie le suit des yeux. Il ondule dans le soleil, monte un peu puis redescend brusquement. Elle ne comprend pas ce qu’elle voit et en oublie de regarder le tracteur qui se rapproche dangereusement.
Au moment où « l’objet » se pose sur le bas-côté de la route et que la voiture folle le dépasse, Marie sent une force incroyable écraser son pied sur le frein. La voiture pile en douceur, comme si elle s’était arrêtée dans un tampon d’ouate invisible, alors qu’elle glissait inexorablement la seconde précédente. Un peu sonnée, Marie se retourne vers la lumière bleue. Elle a disparu mais au pied du poteau téléphonique à l’endroit où elle croit l’avoir vue se poser, un jeune piéton la fixe de son regard gris. Elle n’avait pas remarqué qu’il y avait quelqu’un près du poteau en passant. Il est vrai que dans ces circonstances, on n’est pas attentif à l’environnement !
Le tracteur s’est arrêté, un homme en descend et s’approche de sa portière.
– Eh bien, ma petite dame, on fait les 24 heures du Mans ?
– Oh, je vous en prie, répond Marie, n’en rajoutez pas ! J’ai eu assez peur comme ça. Ma voiture a glissé…
– Vous rouliez à tombeau ouvert, ma petite !
– Je ne suis pas « votre petite » premièrement. Et je me suis arrêtée finalement.
– Oui, j’ai vu. Un vrai miracle, d’ailleurs. Je me demande comment vous avez fait pour piler comme ça !
– Je ne sais pas moi-même, répond Marie. Le jeune homme là-bas pourra peut-être me raconter ce qu’il a vu quand je suis passée devant lui.
– Quel jeune homme, répond l’homme. Il n’y a personne. Vous avez des visions en plus ? Vous avez bu ou alors fumé des trucs bizarres ? Insiste-t-il.
– Je vous en prie, je suis infirmière. Je ne bois pas ni ne me drogue. J’ai vu un jeune homme très pâle aux yeux gris qui me regardait en passant. Venez- voir !
– Dans tes rêves… répond l’homme dans un éclat de rire.
Marie lui jette un regard noir et sort de sa voiture en claquant la portière. Elle se dirige vers le poteau téléphonique où elle croyait avoir vu quelqu’un. Mais il n’y a personne. L’homme la suit, se moquant de « ses visions ». Elle ne l’entend pas, elle sait ce qu’elle a vu. Il y avait un homme là, elle en est sûre. Quelqu’un de bon, au regard doux. Quelqu’un qui l’a aidée. Quelqu’un dont la présence l’a rassurée…
Elle se dit qu’elle devient folle la fatigue aidant, la pluie redoublant, la nuit tombant, qu’elle va prendre froid si elle reste là. Voilà qu’elle a des visions maintenant. Il faudra qu’elle consulte le neurologue du service. Si ça se trouve, elle a une tumeur cérébrale.
L’homme se penche vers le fossé, ramasse un objet brillant qu’il lui tend en disant :
– Votre fantôme vous a laissé un cadeau on dirait !
Marie le saisit et le retourne. C’est une petite médaille de baptême, en or rose. Elle a dû appartenir à une petite fille. Sur un des côtés, un angelot la regarde, le menton dans les mains, le visage éclairé d’un sourire espiègle. Sur la face opposée, un seul prénom gravé en lettres manuscrites : Marie
Marie pâlit, regarde la médaille en silence. Elle ne peut s’empêcher de trembler. C’est probablement le contre coup de l’accident. Le souffle lui manque. L’homme s’inquiète de son mutisme et l’attrape par le bras, craignant qu’elle ne tombe :
– Eh ma petite, ça ne va pas ?
Elle avale sa salive et parvient à répondre :
– On m’appelle Marie, et ceci est la copie exacte de ma médaille de baptême.
En prononçant ces paroles, elle sort de son cou une chaînette en or rose où une médaille identique à la précédente est pendue.
L’homme la regarde en hochant la tête. Il bougonne dans sa barbe quelques mots qui échappent à Marie, puis lui tapote l’épaule et conclue :
– Aller, ma petite. Il faut rentrer maintenant. Ce n’est pas la peine de rester là sous la pluie pour attraper la mort. Surtout que ce soir, elle rodait et elle n’a pas eu ce qu’elle voulait. Il vaut mieux ne pas rester là. Vous avez eu bien de la chance. Dans la vie, il faut prendre les bonnes choses quand elles viennent et ne pas essayer de comprendre ce qui nous dépasse. Ma vieille mère disait toujours que « Quand c’est pas l’heure, c’est pas l’heure ».
– Vous avez raison, répond Marie en essayant de réprimer ses tremblements. Je vais rentrer me mettre au chaud. Merci pour votre aide précieuse.
– Je n’ai pas fait grand-chose, ma petite. Mais je suis assez content d’avoir vu ce que j’ai vu… Oui, bien content ma Foi !
L’homme s’éloigne et remonte dans son tracteur en hochant la tête. Marie reprend sa voiture et démarre doucement. Elle rentrera à 30, elle a le temps. Elle a eu de la chance et il ne vaut mieux pas la tenter une seconde fois ce soir.
La voiture démarre dans un murmure. La pluie a cessé. Marie regarde dans le rétroviseur. Un halo bleuté frémit sur le bas-côté près du poteau téléphonique. Elle s’arrête et se retourne brusquement au moment où il s’élève légèrement. Il volète un instant au-dessus de sa voiture, puis s’éloigne et se dissout dans la nuit.

 

Texte et photo M.Christine Grimard

Poèmes d’amour et de Pygmésie intérieure 2

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revisser la formule
des pièces emportées
par les cargos de nuit
qu’aux dos d’elles l’on note
des provenances imaginaires
villes penchées sur l’eau
ou
pays des caresses
et de la fantaisie

en quittant les rochers
ceints de cordages bleus
de grises effiloches
passant le bois flotté
remonter le chemin
devant notre maison
celle qu’avons rêvée
quand il fallait partir

ne sommes pas allé
jusqu’à Rio Campo
mais ce n’était pas loin

 

Texte : Serge Marcel Roche

Mini-conte animalier

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Sam, dans sa prime enfance, faisait l’admiration de la forêt, de sa famille, de ses cousins mais aussi des oiseaux, des lièvres et même des grands animaux. Il avait un pelage d’un brun doux et profond et la plus belle, la plus ébouriffée des queues, avec des petits éclats de blondeur pour lui faire un halo. Il était plus souple et plus agile qu’aucun des écureuils de son âge et délicieusement gracieux dans l’expression de son petit corps et de son visage aigu.

Sam était très conscient de sa supériorité, peut-être même se l’exagérait-il, ce qui lui permettait d’être gentiment courtois avec les autres, et puis, comme il sentait qu’il était en lui-même la quintessence de la forêt, son expression la plus aboutie, il était plein de curiosité envers ce qui s’étendait autour.

Les êtres humains qu’il voyait passer étaient le plus souvent assortis à la forêt, venus des hameaux proches, ils considéraient la forêt comme un prolongement, une annexe un peu plus ludique de leur village. Mais parfois des couleurs tranchaient, des voix se faisaient plus aigües et fortes, plus envahissantes aussi, piquées d’exclamation, des citadins venaient en visite.

Et puis un jour il y eut un couple, grand comme des chamois et dont les membres étaient aussi fins – d’ordinaire les humains rencontrés par Sam lui évoquaient plutôt des roches – couverts d’étoffes brunes ou verts sombres, en harmonie avec la forêt mais autrement que les villageois, mais souples et lisses, loin des velours côtelés effondrés… ils avançaient en se tenant par la main, leurs paroles étaient rares et leurs voix était une musique douce aux oreilles de Sam. Ils s’allongèrent, et Sam, depuis sa branche, les dominait, veillait sur eux, sentait qu’un miracle se produisait, qu’ils étaient pour lui.

Pour lui, différents – Sam découvrait le snobisme – et quand ils se furent assis, que le garçon attira à lui un grand panier qu’ils avaient posés à côté d’eux, souleva le couvercle de cuir souple, il distingua vaguement, sous des linges, des sachets, des objets qui brillaient discrètement. Il descendit de trois ou quatre branches pour mieux voir, ils se partageaient des nourritures qui lui semblèrent d’une autre essence que ce qu’il avait vu jusque là, un vin d’un rouge sombre coula dans des timbales d’argent – Sam ne savait pas ce qu’était l’argent mais il aima l’éclat mat de la chose – ils souriaient et parlaient lentement et Sam croyait les comprendre.

Il n’y tint plus. Il se fit maladroit, laissa tomber sur la jupe de la femme un mélange de brindilles, d’écorce, une feuille, comme arrachés dans un rétablissement, elle leva les yeux, s’émerveilla, il dégringola, ils se regardèrent, elle demanda ce qu’il mangeait – des noisettes je pense dit l’homme – dommage nous.. ah mais si, et elle tendit à Sam une noisette grillée enrobée de chocolat. Il la prit pour lui faire plaisir, il regarda, il goûta, il trouva ça surprenant, plutôt désagréable mais c’était gentil. Ils se regardèrent derechef, Sam pencha un peu la tête de côté. Elle dit qu’il était trop drôle, lui demanda s’il voulait venir avec elle et Sam s’installa de lui-même dans le panier.

La suite, Sam, quand il est arrivé à nous, bien plus tard, qu’il a retrouvé, épuisé, le poil terne et ras, la queue humiliée, la forêt, les arbres et leur peuple, il n’a jamais voulu la dire en détail. Il se remit peu à peu, retrouva sa souplesse, sa force, une évocation de sa beauté d’antan, il devint un de nos sages, loua notre bonheur, la simplicité et la beauté de la nature, et laissa filtrer un peu de son histoire.

Il y avait eu un trajet rapide de Sam immobile dans le panier posé sur des cousins dans une grande boite de métal au brillant plus franc, moins profond que l’argent, et le défilé rapide des arbres, il y avait eu le haut d’un arbre derrière une vitre et une très grande pièce blanche ponctuée de quelques meubles géométriques, il y avait eu, installé pour Sam, dans un coin de la pièce un entrelacs métallique dressant de fausses branches ornées de quelques chiffons verts et un hamac (lui il l’aimait bien) garni de doux linges blancs, il y avait eu le choix d’une porcelaine délicate, blanche et bleue, pour son bol à noisettes garni à des heures régulières, il y avait eu l’attendrissement admiratif, rapide comme une formalité, des amis d’Aurélie (c’était le nom de la femme) devant la splendeur chaude de la fourrure de Sam et sa queue, il y avait eu la remarque surprise mais légèrement désapprobatrice d’un ami devant cette intrusion brutale de la nature, et en conséquence l’appel fait à un créateur, il y avait eu la coupe presque rase des poils vaporeux de sa queue et l’engaînement de celle-ci dans un tube rigide comme un point d’exclamation, il y avait eu ce vêtement créé pour lui dans un matériau qui imitait le cuir, en plus raide, et Sam après s’être regardé dans la glace avec complaisance, avait découvert combien il devenait maladroit, gêné.

Et Sam, au bout de trois jours surpris et émerveillé, puisqu’il avait décidé de l’être, s’était senti profondément malheureux, jusqu’au jour où il avait pu profiter du moment où Aurélie, après l’avoir dévêtu, le lavait, le cajolait, pour s’évader par la fenêtre ouverte, dégringoler avec raideur le long de l’arbre, et la longue errance avant de nous retrouver nous et la forêt.

 

Texte et photo : Brigitte Celerier

Pièces Détachées

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I-
Une pièce enfumée
Par le soir – à cette
Heure échappée de
Quelque part – sûrement
D’un quartier en hauteur –
Un de ceux qui déboulent
Dans la mer…Mes yeux
Ne voient plus son ombre –
Je me dis c’est bon signe
Mais c’est faux – va chier
Avec tes démons – sur ce
Monde tout en nuances –
Bientôt le créateur va
Lâcher les fauves – hurler ?
Plutôt tout en silence…
C’est ainsi : je la ferme –
Avec ces gus la parole est
Une insulte qui s’écrase
Contre les façades…Une
Putain d’alerte…Ils se
Mettent à l’aimer…Les cons –
Ils se mettent vraiment à
Chérir cette misère humaine –
C’est un constat rien d’autre
Qui poursuit sur sa lancée…
Traversant des squares et
Des corps – transpercés comme
Ca…Pour un regard –
In a public place

II-

De commune mesure
Au sentiment de crise
Debout effrayé
Tout entier affligé
Je sais trop
Qu’à la pointe d’un
Soleil peut apparaître
Un noir si profond
Qu’une prière écarlate
Ne réduit pas
Ici nulle tristesse
Plutôt l’entremise
D’une épée au-dessus
De ma tête

 

Texte et photo : Yan Kouton