Novembre à Prague – Recueil aux Editions QazaQ de Philémon Le Guyader

« Novembre à Prague » relate un voyage dans la capitale tchèque au mois de novembre 2005, après des notes prises sur des carnets durant le voyage, l’ensemble fut ensuite repris et publié sous le titre de Novembre à Prague, il est le dernier livre de la trilogie parue aux éditions DLC en 2006 après Cafés de la pleine lune et NOIR et BLEU.

Il faut lire Philémon Le Guyader, pour saisir toute la finesse et la brutalité qui tisse la poésie, l’errance ou l’exil qui l’habite invariablement, ce qu’elle raconte aussi de son auteur, bien dissimulé entre chaque mot. La précision de l’écriture de Philémon Le Guyader explose à chaque vers. La sécheresse apparente des textes transmet tout un monde intérieur et géographique. Terriblement humain et donc forcément loin d’une morale trop formelle pour être honnête. C’est que la poésie ne porte pas seulement la beauté, elle parle surtout de vérité. Parfois dérangeante toujours puissante. Le rythme que Philémon Le Guyader impulse à sa poésie a quelque chose de profondément musicale, et de noir. Dans le sens d’un roman réduit à son essence, à l’essentiel, donc à sa poésie. C’est-à-dire un phrasé exceptionnel, une langue chavirée…Un authentique univers.

Extraits :

Maintenant
c’était simple
ou presque
je connaissais deux femmes à Prague

deux femmes belles

l’une était ma banque ma sorte de banque
l’autre
ma corde rouge
ma maîtresse

j’avais les bons tuyaux du coin
grâce à Zell
et les Wavemen

je n’avais plus qu’à laisser vivre
et attendre les papiers français
simplement

simplement je devrais toujours me méfier
du marché de noël
du centre ville

éviter ça
au possible

et j’irai bien
j’irai bien

******

Ce qu’il fallait
d’abord
c’était récupérer
d’autres 5000

Eva
Eva
c’est encore moi

car à l’hôtel de la rue Husitská
ils m’avaient pas oublié

fallait pas
que je me casse
comme ça
à l’improviste
en pleine nuit

Non
fallait pas

d’ailleurs j’aime pas ça moi
les départs à l’improviste
pas pour de l’argent

à cause d’une femme
oui
mais pas pour de l’argent

Novembre à Prague – Recueil de Philémon Le Guyader – ISBN : 978-2-492483- 12-7

Hypnoses d’horloge (extrait)

1

Nouvelles du front. Une ceinture de cercueils et des enfants serrés, leurs pas laissent des traces sur les pierres, lunules stériles. Comme les femmes tombent, des femmes par milliers, par troupeaux tristes, par avalanche, dans un monde de lames, de férules aiguisées au fusil où tarissent leurs sangs. Le sang neuf de vie sous les voiles, ma main entre leurs poings, leur silence sacrement et la lutte captive. La peur est un faucon cagoulé qui tape dans le sein. L’urgence les pousse au plongeoir de l’envol. Ne sens-tu combien l’air leur est compté et qu’il importe de finir cette chasse, qu’il n’y a rien d’autre à bouffer sur le désert que ce cœur de feu qui fuit par tous les sables ? Ne sens-tu pas que le soleil les enfonce avec lui sous la terre, qu’il leur faudra tenir le ventre vide agripper la liberté à des arbres morts et que ce sera dans longtemps. Le temps de tout reprendre.

2

Aube et l’orage. L’horizon, cette tragédie en stuc collée à mon chapeau ! L’orage étire les sangles du baudrier funambule, compression des grimpées de température. Face à moi les buildings armés de la pluie, des stalagmites tristes en pleine effusion ; ils crêpent la lueur de quelques chevaux. Une angoisse cyanose la hauteur en osmose de ciel. Ma voix comme un caillot avalé tout cru du ventre. Tout voir tomber en gouttes, petit déj’. Matin, je squatte ton auréole jaune. Je vois, avec des éraillures, du grain à moudre en sciure tout le long des yeux. Bien au-delà des yeux, mes bagues rétrécies, le trou cicatriciel de me savoir encore. Matin, j’écale ton œuf avec des ellipses de dents. Te voici décalotté, implant de cuillère dans le vol des oiseaux. Tu coules de la lumière, petit Icare martyr et toute ta cire et toutes plumes, pour déglutir ma convulsion de liberté. Matin, perpétuel mouvement de la langue qui cherche à s’affranchir des lèvres, jusqu’à l’éclaircissement total, la blancheur du temps qui gît dans une coquille. La nuit est dans les joues. Avalée. Occlusion intérieure, les espaces sous sachets vides d’air. J’écrirai, peut-être, bientôt…juste un titre, à titre nocturne. C’est dans la moelle que les mots coincent. Entre les omoplates ce barrage noué. Je goûte en rongeant un os un bout mort. Ce doit être cette étreinte d’âmes qui s’estompent, ce moment où le corps frissonne dans les tonalités basses. Je suis dans le sang qui glisse vers ta chose. Jusque tard dans l’après-midi

3

Heure du thé. Je file à l’anglaise, feuille à feuille, et légère amertume où cuisent mes impatiences et mes vanilles. Le travail se délaie dans l’attente ronde, cousue d’aiguilles. Que de passes, que d’heures pécuniaires, que de trottoirs limés sans bavure jusqu’à cette sirène de fabrique qui fauchera d’un coup le contremaître des pointages. J’usine la sortie avec ma boule de voyante et une encaustique de repos au mérite. Déjà mes portes bâillent, mes courants s’aèrent, déjà j’esquisse une détente en chien de fusil sur la balançoire, je goutte, j’égoutte, je goutte, j’égoutte… Il faut sortir la boule à thé.

4

Visite de cimetière. Tu m’attendras, m’attendras-tu ? – Peut-être- bien entendu. Dans un jardin d’orages et de paille. Je viendrai en voilette parce que ma mère l’a dit et qu’il fait désormais un temps à sortir sa mère. Je marcherai sur l’eau, oh oui ! Elle aimait trop Jésus. Ce sera léger de la bulle d’acier ronde sans jamais éclater. Tu nous aurais pointée avec ta visasse, tout près de moi ou alors tout près de toi. De ce banc sur lequel tu dors tes mains dedans les yeux à y penser bien fort. Tu murmureras, murmureras-tu ? – Peut-être- bien entendu. Une litanie d’identités à ruminer. Qui voudras-tu créer, nous sommes tant à vouloir venir. Cela presse de mettre au monde le jet de ton désir. Ce sera fort, de la sève de racines, de dessous ta vie, de l’arrière-histoire. Tu nous aurais levée à force, à peine, de l’élan, dans lequel je dors paupières closes à te chercher.

Texte : Anna Jouy

Illustration : George Oze – Straircase Perspective

SLOGANs, recueil graphique de Charles-Eric Charrier aux Editions QazaQ

Extrait :

« Silence du matin Silence du soir et de l’après-midi. Une feuille qui tombe. Deux, toumés l’un contre l’autre. je JE, et si c’était réel ? Est-ce que tu es cette petite misère ? Et ce gros machin inconnu En haut de la dune !
Mystère parfait.
Injonctions des racines sur la dune. »

SLOGANs s’ouvre sur un poème rappelant l’univers de Ghérasim Luca. La suite, à l’image du poète d’origine roumaine conjugue graphisme et texte, ou plutôt graphisme et mots. Ces derniers font ici corps avec le dessin comme s’ils étaient avalés par la représentation graphique. Personnages portant le poids du langage, qu’on image hurlant, ou simplement suggéré. En état de transformation, de mutation permanente. Ce qui conduit inévitablement à (re)penser le sens, la portée de la langue. Cette usure du sens, qui se perd dans le bruit et les impasses, trouve là une issue. Une métamorphose dessinée. Comme la réinvention radicale de cet ordre des choses écrites. Une autre façon d’écrire libérant les corps et les esprits.

SLOGANs – Recueil graphique de Charles-Eric Charrier – ISBN : 978-2-492483-18-9

TEOS & HAIKUS du Jeudi

Avec un jour d’avance …

新年快乐 xīn nián kuài lè !

Apprenons aujourd’hui, ça servira demain
Comment dire bonne année en Chinois mandarin
Xin nian kuai le !

Il faut dire que moi, l’occident décadent ne m’intéresse pas vraiment …

… ET LE MONDE EST EN CE MOMENT !

Courses pour le nouvel an Chinois, fait !

Manger joyeusement avec toi ce soir,
Les jours suivants vivront et vivront bien

Il y a tant de choses agréables dans la vie !

L’ANTHOLOGIE DE LA POESIE CHINOISE

J’abandonne mon savoir, de mes formes je me défais
En me confiant à la spontanéité naturelle, je reviens à l’unité

Adoncques ainsi, partout où je vais
J’emporte ‘’L’Anthologie de la poésie Chinoise’’

Trop peu de temps à vivre – j’essaie d’en profiter
Je suis milliseconde face à l’éternité.

PALMIERS SOUS CIEL BLEU-GRIS

Trachycarpus fortunei ou Trachycarpus excelsa,
C’est le palmier le plus connu dans nos contrées.

Et moi, je dois dire que cela me réjouit au plus haut niveau
De savoir que palmiers en Finistère sont des palmiers de Chine !

‘’ Le Chinois pour tous – avec exercices ‘’
C’est ce que j’ai dans mon sac à dos
(+ deux trois bières Tsingtao & un paquet d’Yun Yan)

DOUCEMENT, MAIS SUREMENT … MES RÊVES D’ANACHORETE

L’ascète en méditation
Là où la lumière ne décline pas.

‘’L’homme authentique est impassible
(Il n’existe qu’avec la voie)’

Erémitisme et écriture

LA VIE AU DESERT

Palmiers sous ciel bleu ou palmiers sous ciel gris
C’est là que j’écris.

Descendre dans le silence, y découvrir la Présence
La Présence en qui toute existence trouve son origine.

Un silence de communion

FICUS BENJAMINA SOUS CIEL BLEU

La journée fond tout doucement

Gélato vanille-fraise

Le classique rafraîchissant remplit fidèlement sa mission

Importance de l’humour dans les voies du renoncement

Mon ficus benjamina et moi, les lunettes de soleil nous vont bien !*

(*Ballade de la plante en pot  – Cyril Pansal  – Démarre la jeep p 67)

SOURIRE DU DERISOIRE, SANS CEDER A LA DERISION

Pas d’hésitation possible,
la chemise hawaïenne rendra toujours mieux accompagnée d’un ficus benjamina

La solitude est un chemin de vérité
Tout le monde sait ça !

JE NE SUIS QU’UN PERSONNAGE DANS UNE HISTOIRE QUI ME DEPASSE

A discrètement me téléporter du côté de ‘’ L’Anthologie de la poésie Chinoise ‘’
Haut dans le ciel nuage faisant le bruit d’un moteur …
Air China, China Eastern Airlines, China Southern Airlines …

FRAICHEUR D’ÂME

Février – tôt le matin, 6h30 – A vélo. Il fait froid.

Dans la rue, une bonne odeur de cuisine Chinoise
D’une fenêtre s’échappe de la musique classique

Mozart sauce aigre douce ou bien du Haydn sauce soja …

L’ENERGIE POSITIVE A BESOIN D’UNE INTRIGUE DE HAUT NIVEAU

‘’ Place son espoir dans l’Invariable milieu.
(Le parfait se défait des choses.)’’

Aucun arbre mangeur de cerf-volant à l’horizon.
Si tu ne vois vraiment pas de quoi je parle, demande à Charlie Brown.

TROPHEES DE BOWLING

‘’ T’as pas vu l’Anthologie ? Elle devrait être dans la pièce de devant et je n’arrive pas à la trouver.’’*

C’est pas grave … on va retrouver, attends … c’est pas Shaolin Soccer ?
Non ? Le Roi des singes … Kung fu Panda ? Bruce Lee ou bien Mulan ??
Histoire de fantômes chinois … Tigre et dragon, Tintin et le lotus bleu ?
Les aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin … Dbz ?
Les Hui Brothers ? Les têtards à la recherche de leur maman ???

Non non non! Arrête de déconner, attends …
Tiens, c’est les Logan Brothers !!!

??????????????

(*Willard & ses trophées de bowling – Richard Brautigan – p 142)

MAIS OUI JE SAIS, C’EST PAS POSSIBLE !!!

Du métal, en veux-tu en voilà, mais impossible de trouver un disque
d’un groupe chinois avec un buffle dessus …

… direction la Thaïlande !

PARLER CHINOIS AVEC L’ACCENT BRESTOIS

En cette année naissante du Buffle de Métal, je n’ai trouvé que cela …
Du dub Chinois et du Buffle Thaïlandais …
Parler chinois avec l’accent Brestois
C’est l’effet qu’à ce TEOS sur moi …

Xīn nián kuài lè à tous !

Ecrit à Brest par Cyril Pansal
Un Grand merci à Stéphanie Siou.

Poèmes divers

La poussière et les plumes

Je vais en Afrique Maman, comme toi et je t’aime Maman. Tu me manques.
Regarde-moi Maman ! Je fais un beau spectacle. Mais toi tu es toute petite
sur ton fauteuil roulant au fond de la salle et tu ne me vois pas.
Tu veux des enfants toi ?

Comédienne

Il y a mon spectacle.
Schizophrène ?
Provocatrice ?
Manipulatrice ?
Etre une femme.

Textes : Charlotte Van Kemmel

Toiles : Charlotte Van Kemmel – Série HASHIMOTO