LIVRE / PRIÈRE

50 mots choisis par chacun des deux auteurs, puis regroupés aléatoirement par paire. De là naissent suites de poèmes et de textes autour de leurs photos venant illustrer chaque nouvel échange poétique.

Prière de ne pas déranger la lecture absorbée par son lecteur.

L’attente

D’un cygne,

Prière,

La main

Dans le sac.

Misère

En quête

De saints,

Missel

En kit

Signé

Pierre Dac.

Textes/Illustration : David Jacob/Eric Tessier

Le dernier des Nadirs (série de quatre poèmes courts)

Il agitait ses longs bras
géant commandant aux ombres
avec cette insouciance des Dieux
tout en lui repoussait les limites du bon sens
son sourire planait trop haut
la misère à bonne distance
la voix du monde pour coryphée

lui seul détenait le secret du bonheur
je le suivais sans réfléchir
me reniant si souvent
jusqu’à perdre sa trace
au carrefour de villes imaginaires
son secret irrévélé
et ce silence pesant

****

Tous les soirs, il répond à l’appel
taciturne et embrouillé
l’œil niais, la bouche pâteuse
reportant au lendemain
toute velléité d’exister

la journée, il ourdit des complots contre lui-même
chaque rue devient son Calvaire
la terreur de croiser le regard de trop
sans pouvoir en contrôler la teneur
celui qui en dit long
même si à mots couverts

alors le voilà mime
le profil modelé
aux mouvements empruntés
demain, il cherchera sa présence
opacité inversée
il rangera sa sensibilité par couleur
pour ne choisir qu’un seul uniforme
celui qui lui redonnera toute transparence
luminosité sans reflet, ombre sans forme

****

Tu l’as écrit si souvent
dans des récits minuscules
et aujourd’hui qu’elle se présente enfin à toi
tu feins de ne pas la reconnaître
la coucher là, frivole malgré sa gravité
pour mieux la repousser
terre vaine
l’eau du puits stagne depuis l’enfance
seuls les rocs ruissellent encore
entre deux averses
quand le soleil n’est plus de cire
tu ne veux voir personne
seulement la cendre de tes cigarillos
qui enlumine ton visage de vieux bonze
la littérature te fuit et pourtant
il ne reste qu’elle pour te sourire

****

Vivre dans l’attente
en « homme qui penche »
refaire sans cesse le même chemin
jusqu’à inverser l’ordre des jours
et dans un éternel retour
remiser toute espérance
puiser dans l’absence
les élégies des temps futurs

Grégory Rateau est un écrivain et poète français né en 1984 dans le 93 et vivant aujourd’hui en Roumanie où il dirige un média. Il est l’auteur d’un premier roman, Noir de soleil, chez Maurice Nadeau (sélectionné au Prix France-Liban et au Prix Ulysse du premier roman 2020) et d’un recueil, Conspiration du réel, chez Unicité. Ses poèmes circulent dans plusieurs anthologies et dans une trentaine de revues en France/Corse, Belgique, Suisse, Roumanie, Portugal et bientôt Espagne et Italie (Arpa, Verso, Place de la Sorbonne, Points et Contrepoints, Le Persil, Traversées, Bleu d’encre, Recours au poème…). Son nouveau recueil sortira le 8 novembre 2022 chez Conspiration éditions.



Océan(s) – Recueil de Charles-Eric Charrier aux Editions QazaQ

Avec « Océan(s) » Charles-Éric Charrier conclut une trilogie démarré avec « Outre-Camps ». Trois courts recueils d’une densité poétique remarquable. Océans(s) façonne des paysages peut-être plus intimes. Et cisèle des vers souvent bouleversants. Écriture en apparence abstraite, elle dessine une intériorité singulière, empreinte de spiritualité, d’un apaisement puissant. La forme, ensuite, de ces mots est saisissante ; ils construisent une poésie sans équivalent, se jouant parfois d’une grammaire établie, pour y établir des ruptures, une musique différente. Une approche presque visuelle pour mieux dessiner l’indicible.

« Océan(s) » – Recueil de Charles-Eric Charrier – Editions QazaQ – ISBN : 978-2-492483-48-6

Teos du Jeudi

ADIEU VIEILLE EUROPE, QUE LE DIABLE T’EMPORTE !

Tout ce qui appartient au monde d’ici-bas passe.
Tristesses et joies, pas la peine de s’y attarder.

Imbécile heureux – mon âme de samouraï – à me considérer comme déjà mort.

Sous palmier de jugement dernier, mon chat se met à miauler

Quis ut Deus?

PAS BESOIN D’ALLER EN PENNSYLVANIE POUR VIVRE COMME UN AMISH

A faire mûrir la mort et l’amour. Rien d’autre que ça.

J’abandonne en confiance mon avenir.

Présent, fidèle – L’Eternel lui ne change pas.

Écrit par Cyril Pansal