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Tissus de mens -2

Anthelme tournait la tête de tous côtés, découvrant ébahi, l’activité, les couleurs les bruits et les senteurs de la ville. De temps à autre il se heurtait à des corps pressés animés d’un projet impérieux qu’il interceptait malgré lui. Une fois même, Anthelme se retrouva à terre, projeté par un homme à la poursuite d’un autre, et qui lui lança avant de disparaître :

  • Regarde où tu vas, la momie !

Tamel aida Anthelme à se relever.

  • Je crois qu’il vaudrait mieux qu’on se donne le bras. Tu guides et je regarde pour nous deux.

Ainsi firent-ils et quelques heures plus tard, la besace de l’ancêtre était pleine, tandis qu’un parfum composé de mille odeurs et senteurs faisait se retourner les passants sur leurs traces, occasionnant de temps à autre des heurts et des chutes dont Anthelme n’était cette fois qu’indirectement responsable.

L’une de ses victimes involontaires fut précisément celui qui l’avait apostrophé à leur arrivée.

  • Puis-je vous apporter quelque réconfort ? dit Anthelme en se courbant vers l’homme à terre .

L’autre, la vêture ravagée par le violent contact avec la chaussée se releva promptement. Il s’avança vers l’ancien, la bouche tordue d’une mauvaise grimace qui ne présageait rien de bon. Celle-ci s’effaça pourtant à la vue de la figure lisse et visiblement pleine de compassion d’Anthelme. Décontenancé, l’homme tourna les talons et disparut en boitillant dans la foule des passants.

  • Pourquoi est-il parti si vite ? J’aurais pu lui donner de quoi atténuer ses douleurs, j’ai tout ce qu’il faut pour cela à présent !
  • Les hommes d’ici sont assez étranges, je ne comprends pas toujours leurs actes et encore moins leurs paroles, lui répondit Tamel.
  • Toi aussi tu dois leur paraître un peu étrange dans cette tunique trop serrée aux mailles usées, recousue un peu partout. Tu as grandi Tamel, nous devrions peut-être profiter de ce passage à la ville pour te rhabiller un peu. J’ai encore quelques-unes de ces pierres jaunes que les boutiquiers semblent beaucoup apprécier.

  • Je n’ai besoin de rien. J’aime ce tissu. Nous avons beaucoup de souvenirs en commun. Chacune de ses reprises a une histoire, Te rappelles- tu de celle-là ? dit-il en désignant le dessus de son épaule gauche. Elle date du jour où nous avons dû reconnaître que le petit vautour était assez grand pour vivre sa vie sans nous. Ce soir- là nous l’avons tous les deux regardé partir en son premier grand vol vers les falaises de Mirmande. Garde tes pierres, tu pourrais bien en avoir besoin. Nous sommes en ville, ici tout appartient à quelqu’un, rien n’est gratuit !

  • Pour ce qui est de ce métal, il y a dans nos montagnes tout ce qu’il faut de minerai noir et de poudre blanche pour en fabriquer à volonté. Mais toi, tu n’as pas vu les regards que les gens portent à ton habit ? Ici l’enveloppe a beaucoup d’importance, on te la détaille bien avant de regarder tes yeux, ta bouche ou même tes mains.
  • Mais nous n’habitons pas ici !
  • C’est vrai !
    (Anthelme fit silence un temps, comme s’il cherchait ses mots)
    Mais tout de même, allons voir ce qu’ils proposent ! Qui sait ? Cela te donnera peut-être des idées … des envies même !

 

Texte : Luc Comeau Montasse