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Tentation 2

Je vais ce crépuscule tenté par un bain de mer qui vient s’abreuver aux calanques tyriennes, aux rosées des paysages ; je lape l’or aux hanches des falaises qui sombrent dans l’eau mate ; l’évocation de cette union ancestrale gorge mon courage de royaumes d’amour que la nuit entretient
je plonge

Prendre soir

et j’emporte sous ma cape ces senteurs sensuelles de bois que l’on râpe, ces muscs noirs que le zénith éclot à même le rocher ; j’ai pris soin de les cueillir à chacune de mes essoufflées ; puis je range les activités humaines qui peuplent ces vallées virginales que l’enfer souille de ses simonies avant de retrouver
l’onirique ouvrage

nouer la nuit

Je sombre

Parfois répands sur les troupeaux des pluies de psaumes, des fontaines de coeur fatal Je recueille la douceur des femmes flagellées sur des manteaux d’éther J’ouvre des livres vastes comme des déserts ou des océans Puis soudain le bleu me tarit comme un ciel sur la guerre, dont l’air se dérobe, dont la robe se fait gicler
de sang

Le feu des nuits naissantes prend aux bouches des fenêtres Les visages pensifs s’inclinent sur des âtres, des chandails aventureux, des chants de rossignols en cage Troublantes trouées que ces fenêtres, que ces toits aux silhouettes qui s’affairent en pans de vies qu’on aimerait connaître et que l’on aperçoit ; lorsque le jour tire sa révérence, je ne revois plus personne de possible Mais l’aveugle m’appelle Avec lui je vais le vent et j’apprends
tout ce qu’il voit

Je suis un puits de pénitence réfugié au coeur
des forêts
de connaissances
Je recueille les eaux de l’averse qui les lave

Stèle

Je vais l’enlacement du ciel et de la mer Sur le fil éternel, sur la couche de jaspe où s’étend longtemps le temps, j’étreins les hérétiques, les dieux, les messagers J’étreins tous les portiques, aveux, les champs de blés J’étreins les marécages, les risées, les barques qui prennent le désir Ceux qui ordonnent l’amour et ses fanés parterres J’étreins dans mes brumes de calcédoine l’envol des oiseaux vers l’enfer En escadrons d’aurore Voyages valeureux Plumes conquistadores J’étreins les voiliers coulés par des vagues sans âme ; puis je n’ai plus d’espace pour étreindre l’absence du monde
je
tombe d’azur
en consolation
dans le socle
de ton horizon

 

 

Texte et image : Martine Cros
Librement inspiré des pages 52-55, La Tentation de saint Antoine,
Flaubert – folio classique, édition de Claudine Gothot-Mersch –