J’ai adapté à l’écrit l’automatisme d’output. Son initiateur finement autrichien Arnulf Rainer traversait la ville en voiture afin d’obtenir une intensification psychologique nécessaire et ainsi contrer le relâchement musculaire provoqué par les drogues qui le sustentaient en hautes diableries. Hardi pour moi, alcool et tabac et drogue de femmes, des femmes couvertes de mouches sales mais élégantes et des femmes vermillonnées à l’art Ensor. Celle avec qui l’automatisme d’output atteignit son acmé présentait l’avantage d’être une béance radicale, un trou au carré rempli de mots plaintifs mais délicieusement pourris (comme dans les peints de Soutine), elle n’avait plus de jambes parce que la chirurgie les avait décrochées : cul-de-jatte avec une peau marquant une teinte de renoncule nippée. Une sorte de fond de satin qui lui donnait l’air minet seigneur mais femme criant jusqu’aux bouts des seins bataillants, totémiques, énormes.

Hissée à bout de bras jusqu’à mon deuxième étage et saisie d’étonnement quand elle me sut orphiste et chatouilleur de tempérament puisque je la fouillai des doigts, elle poussa sitôt un miaulement retentissant, dressé en beauté étoilée d’allégresse jusqu’à la Place de la Contrescarpe, où sa duègne-infirmière-accompagnatrice l’attendait assise dans un café comme crucifiée par la jalousie propre aux vierges et aux vapeurs qu’elles dégagent !  La duègne nous imaginait. Vision d’abandon, nous à nous-mêmes, noyés dans la cyprine et le sperme venus de notre rage amoureuse, vraie et pittoresque.

Ce fut superlificoquentieux, à la manière même de Verhaeren, tant nous vécûmes ! Oui-da,  avec des mots plus verts que la passion, plus soupirés parce que davantage claironnés à un point tel que nous nous sentîmes partir envolés volants dans des airs dansants, folles bêtes d’azur que nous étions… Pire voire mieux qu’extasiés si fornicateurs (adjectivés) que nous chutâmes dans mille frissons de l’ivresse pour la plus profonde délectation de l’être grossissant d’être !

Texte/Illustration : Jacques Cauda