Alors que sort «SOUPLE », son nouveau recueil de poésie chez Unicité, Charles-Eric Charrier lui donne une extension visuelle, à travers une exposition. Réunissant des encres de grands formats, elle illustre la fascinante ambivalence qui traverse les mots du musicien. Toujours sur le fil de la représentation et de l’intériorité. Comme les textes, ces encres-là oscillent entre figurations et abstractions. Et finissent par mêler les deux, dans un magnifique équilibre. Comme le symbole de la fragilité des corps, de l’instant. Comme aussi, la vitalité infinie de ce que l’artiste parvient à montrer.

Ce qu’on lit, ce que l’on voit ce sont les oscillations intérieures d’une âme en phase avec la présence du monde, dans tous ses aspects. La simple, mais essentielle, présence à soi, aux autres, aux mystères environnants.

Les personnages qui parcourent ainsi l’exposition s’élancent seuls, dans la nudité de leur condition, se déploient dans un paysage presque toujours illuminé d’un soleil puissant, ou entrent dans une danse frénétique. Ils illustrent un imaginaire paradoxal, aussi minimal que profond, dans lequel se confondent humanité et vide. Un vide dont on peine à savoir s’il est minéral ou urbain. Relatif à l’abandon ou à une introspection viscérale. Paradoxe qui est, au fond, la quintessence de la condition humaine.

C’est cette réflexion intime, antithèse d’une approche cérébrale, que Charles-Eric Charrier expose. À l’instar de sa poésie, qui est le fruit d’une écoute spirituelle des bruits et détresses. Il en restitue des encres sublimes que l’on imagine créées dans une impulsion, le résultat pourtant d’un lent processus intérieur d’observation et de pensée.

Yan Kouton