pour les cosaques - dernier soir

Le ciel était de pourpre ce soir. Je me suis retournée machinalement pour en connaître le sens, savoir ce que serait ma route demain et ce mouvement rapide s’est accompagné du rappel fulgurant de ton absence.
Je suis restée en contemplation, épaules frissonnantes dans le frais de la nuit montante pour bercer ma peine, et me racontais
que les kakis avaient déteint et j’en souriais
que les maisons, les anciennes fermes, s’illuminaient pour un adieu amical
que la plaine palpitait de signaux flamboyants
que le bonheur ardait pour que son souvenir m’imprègne
qu’un grand feu s’élevait, tournoyait, s’élançait, courait dans les herbes, incendiait, anéantissait nos traces et j’en avais peine pour la contrée
que des flambeaux illuminaient un lac de sang bouillonnant à la limite du jardin.
Et quand la nuit s’est installé, que tout s’est éteint, suis rentrée, ai vérifié que les derniers bagages et paquets attendaient dans l’entrée d’être chargés dans le coffre demain à l’aube, et suis allée dormir dans la chambre d’amis.

Texte/Photo : Brigitte Celerier