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pour les cosaques des pas

Il y eut des pas marchant sur les dalles, qui ont laissé une empreinte mouillée effacée par les heures.

Il y eu des pas sur la route, dansant dans la chaleur du goudron, et ce ne fut qu’une course rapide.

Il y eut des pas s’enfonçant dans le sable, pour que le regard s’éblouisse des petites lumières qui couraient sur les vagues sages, ils ont creusé dans cette poussière dorée une empreinte dont des dizaines d’années de vent et de langues d’eau ont fait disparaître le souvenir.

Il y eut des pas courant dans l’herbe humide des petits matins qui ont disparu plus vite encore que le pré.

Il y eut des pas en siècles coulant sur des sols dont ne restent comme trace que l’amenuisement presque imperceptible et le poli des pierres.

Il y eut des pas chéris dans notre mémoire, dont souhaitons que l’existence ne s’efface qu’avec nous.

Et pensons pouvoir recréer en nous leur mouvement, la démarche vive, ou claudiquante, l’énergie, la dérive rêveuse, comme nous gardons dans nos émotions la façon dont les sentiments affleuraient dans les yeux, comme luttons pour entendre le timbre des voix mais retrouvons, comme des petits délices familiers, des tournures de phrase…

Mais avons perdu définitivement la forme des pieds qui parcouraient ces vies enfuies, et si le souvenir de leur forme se réveille dans des photos ou des films, le volume, la matérialité de la chair, des os même, se sont dissous et n’en reste en nous que la tentative, le désir de les retrouver.

Texte et photo : Brigitte Celerier