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cosaques 9 - Eemshaven

Ce serait en février, saison de terre brune et de squelettes d’arbres roux dans le gris du ciel.

Ce serait, au départ de Delfzijl, suivre l’Hogelandsterweg, suivre, regarder, laisser, sur la piste cyclable qui avancerait à courte distance à droite de la route, quelques cyclistes qui, dans cette plaine immensément plate, nous sembleraient héroïques, même si les distances se révélaient moins grandes que le pensions.

Ce serait dépasser quelques grosses fermes, grands bâtiments accroupis sous leurs toits sombres, les boqueteaux où se blottissent les maisons de Nansum, et puis quitter la route pour nous enfoncer dans Holwierde, en traversant un lotissement, tâtonnant pour découvrir le village et, sur son terp, la sage église de briques beige et rose sombre, son toit de tuiles assorties et son clocheton d’ardoises…

Ce serait, au niveau d’une grosse ferme, rejoindre la route nationale pour continuer toujours plus au nord, et pendant que nous longerions des champs, des fermes, une grosse auberge, je sentirais le sommeil me gagner, et abandonnant mon chauffeur, le laissant conduire en paix, je me laisserais glisser sur le siège jusqu’à trouver une position presque confortable pour m’enfoncer dans une absence.

Ce serait me réveiller dans un paysage de terre, d’immenses éoliennes, de grandes grues, de hangars, de quais et d’eau grise, à Eemshaven, circuler un moment dans les allées du port, admirer, grelottant un peu en vague crainte, cet univers auquel me sentirais désespérément étrangère, avoir l’envie irréaliste d’en être, et puis regagner la route, traverser Uithuizermeeden, sourire à la sirène qui nous accueillerait au centre d’un rond point, à l’entrée dans le village, sirène que nous retrouverions sur le mur de quelques maisons, et à Uithuizen, dormir sous une frise d’écureuils et de coeurs réservée à ma seule chambre… ne sais ce qui figurerait sur les murs de celle du chauffeur, j’ai oublié de le demander.

Texte : Brigitte Celerier