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pour cosaque Oosterscheldekering

Ce serait quitter Noord-Beveland, s’engager sur l’Oosterscheldekering vers Neeltje Jans, rouler entre mer et eau, d’une porte à l’autre – puisque ces massifs et complexes blocs de métal sont des portes, je l’apprendrais – avant, incroyablement lointaine, cette île longue qui n’est que la route, le barrage, et guère de terre autour, avec quelques pontons, jetées, éoliennes.

Ce serait le sage petit port de plaisance à l’entrée et puis l’artifice de cette terre, l’herbe sèche de septembre sur les talus vers l’immensité de la mer, ce seraient les quelques maisons ou bâtisses de service, géométriques et blanches.

Ce serait le léger renflement vers le centre, avec des ébauches de dunes, les plantes pauvres, le camaïeu de verts grisâtres et de roux, la bruyère, le lichen, du moins c’est ce que je croirais distinguer, mes yeux les effleurant dans leur attente, leur quête de ce que recèlerait l’horizon.

Ce serait, vers la fin de l’île, l’impression de la voir prendre épaisseur, des terrassements, une petite activité, un enchevêtrement de routes blanches aux destinations parfois improbables ou du moins je le penserais, le gros parallélépipède de ciment bruni sur notre gauche, comme une forteresse face à la mer, et à droite, vers l’Oosterschelde, en contrebas de notre route, le parking plein de petites voitures brillant dans la lumière rasante, les quelques cars garés en épi, le long toit, coupé d’un très grand panneau portant une image que je ne pourrais déchiffrer, ce long toit montant du sol, comme une protection pour la façade vitrée que nous devinerions, un club nautique ou quelque chose de ce genre, et le conducteur aurait un ou deux mots pour m’expliquer, mais je serais trop absorbée, trop yeux, pour que le signal arrive de mes oreilles endormies à mon cerveau…

Et puis, juste avant de nous lancer de nouveau entre mer et eau, vers le petit banc de sable, et l’île au delà, après un poteau rayé de rouge et de blanc, cette assemblée de grands pieux rouge rouille foncée, comme une sculpture, une assemblée de présences bien serrées les unes contre les autres.

Ce serait la promesse d’une petite ballade – une porte entre des tours, une église massive, de vieilles maisons – et d’un dîner à Zierikzee – avant une nuit à côté, dans une maison nommée Villetta, petites briques rouges séparées par de gros joints blancs, rotin, bois blond, draps blancs et couvertures rouges et tu verra, ils sont charmants, nous en avons gardé un très bon souvenir.

 

Texte : Brigitte Celerier