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Je pose mes mains froides sur le cou. Une chaleur glisse d’un sang à l’autre, comme deux fleuves jetés ensemble sous l’arche des doigts.

Je les pose en mitaines et je pense que je suis frileuse, que le froid me prive de gestes, de tendre la main. Par exemple.

Je cherche sur mon corps ces zones brûlantes, j’espère y entrer comme un animal en tanière. Mes aisselles, le creux des genoux. Mais mes doigts sèment partout ce frisson de malaise des malades.

Existe-t-il un endroit doux et tiède où mon esprit dirait: ici c’est bien?

Le froid me serre contre moi-même, m’essore jusqu’aux os. Je rétrécis, je me range dans la gousse étroite entre le derme de l’air et cette peau tricotée de vents frais, une dune velue, avant même les panoramas de sable et de sels des nudistes des plages.

Le froid existe comme un fantôme qui hante les fenêtres, du feu de la terrasse à la fraîcheur de la cuisine et je tremble aussitôt. Transition transie.

Main froide, nez, pieds, pieds de nez, genoux, bijoux, caillou… le corps entier tranche et tourne comme un vieux macérat. Je me disjoins, je me dé-texturise. Il y a cette masse sentinelle et puis cette aura vitreuse de banquise à la fonte. Je coule de froid, la transpiration des glaciers, une buée gelée qui descend dans le dos, arrondit les épaules et me replie comme un sac, cherchant le contact rassurant d’une étoffe amie.

Je songe à des bras immenses, des bras au kilomètre, qui me ficelleraient, m’embobineraient d’un coton tropical. Un cocon de bras, chauffage compris, une maison coquille, un amour bibendum sans courant d’air.

Je songe à des paravents, des cloisons japonaises, les corsets de l’espace, une ligne Maginot anti-dépressionnaire. Je me colle aux angles des chambres espérant que la horde fricasse les traverse et m’oublie.

Mais je passe au détecteur de chaleur.J’ai le cœur brûlant. Je crée à mon insu l’appel d’air météo. Plus je vous aime, volatile atmosphérique, plus je sens venir en mustangs les épines de gel. Par vagues givrantes, elles se plantent dans ma chair de poulette. Je caille, je claque.

Est-ce un amour frigidaire?

 

Texte et peinture : Anna Jouy