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— c’est par là… dit M.
— où par-là ? répond A.
— par là-bas.
— en bas donc ?
— Mais non pas en bas !
— Je suis perdu. Expliquez-moi s’il vous plaît ! Où alors ?
— Nulle part, laissez tomber…
— Non je veux comprendre. Expliquez-moi !
— Je suis épuisé rien qu’à l’idée de vous expliquer…

derrière son ipad, un homme ricane… M. l’interpelle directement :

— Et toi arrête de ricaner tout seul devant ton écran. Au lieu de rire viens m’aider, tu vois bien qu’il ne comprend rien!
A. interloqué interrompt M. agacé :
— Mais à qui vous parlez ?
— À lui. Qui d’autre ?
— Mais de qui parlez-vous à la fin?!
— Lui bordel ! Lui ! Celui à qui je parlais à l’instant !
— Mais puisqu’il n’y a personne !
— Vous me fatiguez. Vous faites exprès de ne pas comprendre !
— Sincèrement non. Je ne comprends vraiment pas !

longue pause, chacun dans son regard dans le vide. A. reprend :

— Que s’est il passé pour qu’on en arrive là ?
— Une histoire de « bas » je crois. Ça remonte peut-être à plus loin.
— C’est parti d’où déjà ?
— D’un problème de « là ».
— Le « là » de « on en est arrivé là » ?
— Non
— Le  » là  » de « là-bas » ?
— Non. Le « là » de « par là ».
— Comme quoi, on peut rentrer en conflit pour deux lettres et un accent grave.
— L’accent grave y est pour quelque-chose je crois.
— Oui, l’accent n’est pas innocent. Il est même le fruit de notre malentendu.
— Comment l’éviter ?
— Éviter quoi ?
— Le malentendu.
— Le seul moyen d’éviter le malentendu est de ne plus parler.
— Alors ne parlons plus.

 

Texte : Anh Mat