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femme lunaire- cadre peint- huile sur toile- 120x100-5cm

Pas simple pour la Lune d’être une fille, de cuire la blondeur comme un œil de Pâques et de se jeter, fleuve et jus dans le delta des hommes.

Pas simple d’être ronde et cible, porteuse des semis d’équinoxe. Et cette noirceur à tenir dans son dos comme la triste vérité des anges.

Pas simple pour la Lune d’aimer les vampires, les rats et les chats et cette queue leu leu de zodiaques,  astres pleins,  astres vides. D’être la fille d’un toit coupé, d’un réverbère ivre ou bien de cimes blanches,  embrochée par des poètes sur leur chagrin d’amour. De balader au curseur ses trajectoires, de mourir menstruelle et de naître pareille, ovule de soleil puis ovule de marée.

Pas simple non plus d’être de sa candeur indécise, descendue météore, sa bâtarde au balancier  qui dit oui qui dit non,  lunatique veilleuse des cratères de mon dernier  quartier. Triste Lune agrafée sur ma veste de ciel, Lune jaune à grosse imperdable qui me pique le sein pour me faire remarquable. Juive errante cosmique dans la négritude des ellipses. On me pense, on m’oublie, c’est la loi sidérale.

Mon corps va brûler de sa lèpre blafarde, avec des dents pointues bouffies d’or et de diamants et derrière elles le squelette déjà vautré des humains de la nuit.

Triste Lune, désastre mécanique de tous ces engrenages, le temps m’engrosse de tulipes perdues. Et son odeur de sueurs et d’antiques déluges qui rampe dans mes pas; mon ventre va durcir, se figer de basaltes et de cendres pour les statues imbéciles des gisants de l’espèce.

Triste Lune mon sang, ton voyage ligoté dans les circuits fermés. La vie se crashe sous ma peau, l’avenir tiré dans le tarot des jours charrie mes époques déveines.

Je bois de l’eau saumâtre, ton offrande avare pour des lèvres séchées. La Lune est noire sans même y réfléchir. On éteint son dernier cri.

La Terre monte un cheval mort  et son galop fini  ouvre tous les silences.

Texte : Anna Jouy
Peinture : Femme lunaire par Otto Dix , 1919