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pour ce serait - 28 - les mains

Ce seraient, un peu estompées, rendues floues par le souvenir, deux mains nouées, écrasées l’une dans l’autre, pressées sur un bas-ventre, dans les vagues d’une toge, d’un drapé, d’un drap, d’un linceul, deux bras sombres énergiques dans leur expression comme les profonds plis du tissu qui hissent le regard, au delà de l’oeuvre, qui hissent le corps vers son dépassement.Ce pourraient être deux mains tordues dans un désespoir, une douleur.

Ce pourraient être deux mains se blessant l’une l’autre pour donner un ancrage à un désarroi envahissant, insuportable, le fixer en un point, lui donner forme, le circonscrire.

Ce serait bien ancrage, retenue, convulsion du corps terreste que l’esprit tente de rejeter dans son envol.

Ce serait le noeud de la chair qui se pâme.

Ce serait la crispation de douleur du corps qui se tord dans la flamme heureuse, dans la souffrance suave de l’embrasement, disait l’une, de l’amour de Dieu.

Ce serait manifestation de l’humble corps résistant à l’ennivrement glorieux de l’âme.

Ce pourrait être les mains contractées dans le long silence, le désir impuissant, l’attente de l’extase.

Ce serait l’image de cette ardeur dont se méfiaient la hiérarchie de l’église, les directeurs de conscience, les inquisiteurs, ceux qui étaient en charge de la piété ordonnée.

Ce serait mon, notre interrogation.. nos tentatives d’interprétation raisonnable.

C’est la joie du trait puissant, sa souplesse, sa grasse épaisseur qui s’affine en tension nerveuse, la sensualité et l’élan du dessin, dans cette étude et plus encore dans les grandes silhouettes tordues qui se balançaient dans l’ombre du choeur de la chapelle Saint Charles, comme jetées pour s’arrimer au hasard à la voute, ces portraits par lesquels Ernest Pignon Ernest a voulu évoquer Marie-Madeleine, Hildegarde de Bingen et sa sublime louange, Angèle Foligno et ses visions, Catherine de Sienne et sa force généreuse, Marie de l’Incarnation, Madame Guyon la patronne du petit troupeau quiétiste et la grande Thérèse d’Avila que tant admira, le temps de se préparer à devenir femme, la Brigetoun de dix ans…

Texte : Brigitte Celerier

P.S. La photo est une de celles que j’avais prise, comme pouvais, lors de l’exposition, intitulée Extases, d’une centaine de dessins, de croquis préparatoires et des portraits en pied, des sept mystiques énumérées ci-dessus, oeuvre d’Ernest Pignon Ernest accrochée dans la chapelle Saint Charles à l’initiative du Conseil Général du Vaucluse, pendant le festival 2008.
et j’ai trouvé, après avoir retrouvé cette image et rêvé sur elle, un lien vers un article nourri lors de la reprise de cette exposition (octobre 2010/janvier 2011) au Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis http://www.voir-et-dire.net/?Ernest-Pignon-Ernest-Extases
«Le travail que j’ai mené sur Naples durant de nombreuses années m’a amené à lire Thérèse d’Avila, puis les écrits d’autres grandes mystiques (d’elles ou de leur confesseur). Probablement, parce que j’ai fait du corps l’objet et le sujet de toutes mes explorations, ce qu’elles ont dit de l’âme et du corps m’a fasciné.»