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Sept jours

  1. Je pose le pied sur le petit tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi…

Rencontrer mon miroir, porte inquiète. Le fonds de l’air est étrange. Une inconnue revient d’avoir pétri des marguerites et des anges. Une ironie sucrée où l’on passe au four des questions essentielles entre des couronnes feuilletées et des amours réfutées. Tout cela va-t-il lever et prendre forme gonfle ? Le rêve est une crème pâtissière.

  1. Je pose le pied sur le tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi… Je suis souvent juste assez vide pour cette impression de flouter hors des verres.

La nuit inocule le sérum mutant inerte : Diane debout ! Inflammation crétine, je lève comme un bouton de fièvre Il faut embosser le cahier des numéros du vivre. Ça dérive encore. Fumettes et exorcisme de l’ordinaire matin. Mais voici cet indécelable refus de collaborer au monde, magnétiques mégots pendus à mes lèvres.

  1. Je pose le pied sur le tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi… Suis souvent juste assez vide pour cette impression de flouter hors des verres. Ai-je donc fini le Chiroubles, à moi toute seule ?

Ma colère ne débride que le malaise. Elle n’est qu’un mouvement de brasse dans l’eau du noyé, que ce vouloir évider la flotte autour pour un espace de ciel. Oui, je ne secoue que de l’eau, mon propre envahissement. Je vais prendre ma respiration, une énorme vague d’eau, qui envahira mes poumons. C’est bon je suis raide! La colère se garde et me domine.

  1. Je pose le pied sur le tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi… Suis souvent juste assez vide pour cette impression de flouter hors des verres. Ai-je donc fini le Chiroubles, à moi toute seule ? Cette grasse pâte qui me sert de bouche… Qu’on me donne à boire la mer !

Et puis c’est la bouche encore un peu ouverte que je dors, comme si la fermer ne pouvait que me faire manquer d’air. Lèvres à peine serrées qui continuent de barboter dans l’atmosphère, dans la parole. M’entendre rêver, me questionner. Me rappeler des mots qui ont été écrits sur les murs du rêve. Me demander pourquoi ? Pour ensuite les laisser partir, eux aussi, comme je laisse filer les bas de soleil sur ma jambe et que c’est irrémédiablement foutu. La bouche légèrement ouverte, tremblement de l’étouffement qui est tapi dans mon corps, qui ne fait que feutrer l’arbre de ma cage thoracique, mes poumons, l’arbre à palabres au fond

  1. Je pose le pied sur le tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi …Suis souvent juste assez vide pour cette impression de flouter hors des verres. Ai-je donc fini le Chiroubles, à moi toute seule ? Cette grasse pâte qui me sert de bouche… Qu’on me donne à boire la mer ! Le matin a des rigoles trop vives, qui sonnent à mes battants…

Patienter cette heure avant de changer la langue. Poser l’ancienne, celle qui me froisse sans cesse l’âme et le corps et me glisser dans cette autre qui arrondit de nouvelles parts de mon visage, qui saigne ailleurs, qui rit ailleurs, cette langue étrangère que je ne connais pas, sauf d’en sentir les frottements d’ailes et de moulin ou le ciel qui en habite le souffle. On y recèle des cailloux sous la caresse des eaux, des butées adoucies, arrosées. Des billes de verre chutant dans des marches de porcelaine…

6.- Je pose le pied sur le tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi… Suis souvent juste assez vide pour cette impression de flouter hors des verres. Ai-je donc fini le Chiroubles, à moi toute seule ? Cette grasse pâte qui me sert de bouche… Qu’on me donne à boire la mer ! Le matin a des rigoles trop vives, qui sonnent à mes battants. Ma langue ne veut pas me dire, je me crois sarbacane dans le vent plutôt ou gargouille sous la pluie. Elle ne parle qu’elle-même,

Le sommeil m’a fait dans le dos un cheval mort, une visite sourde des poids de certains souvenirs et dont je ne suis pas débarrassée : honte de n’avoir jamais que céder sous toutes mes peurs. Reprendre un à un ces échecs et en ressentir l’impuissance organisée, ennemie de moi-même. Les avoir emportés ensuite avec moi, bagages inutiles injustifiables. Et me demander avec ironie pourquoi donc le ciel est-il si lourd !

  1. Je pose le pied sur le tapis noir ou comment entrer dans le jour par la prière obscure quoi… Suis souvent juste assez vide pour cette impression de flouter hors des verres. Ai-je donc fini le Chiroubles, à moi toute seule ? Cette grasse pâte qui me sert de bouche… Qu’on me donne à boire la mer ! Le matin a des rigoles trop vives, qui sonnent à mes battants Ma langue ne veut pas me dire, je me crois sarbacane dans le vent plutôt ou gargouille sous la pluie. Elle ne parle qu’elle-même. Mots sous l’aube, il y a cette case à remplir. Éveil et cris.

Est-ce que je vis plus de dire que j’existe ? Est-ce que de prononcer, d’articuler, avec cette minutie du souffle quand il en revient à son dieu, d’échafauder de lettres, d’un alphabet de gorge, mon simple nom, j’existerais ? Est-ce que j’existerais plus ? Ou mieux, ou avec plus de vérité parce que je me serais mise soudain à faire de l’air l’écho de mon propre vent ? Je provoque le vide d’où il est possible que je vienne et où il est possible que je doive retourner.

Texte : Anna Jouy