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… et la route sans soif et sans faim déroule déroule sans mesure et sans égard les impressions en arrêt sur images et mots qui tiennent le pinceau nerveux d’une haleine et l’âme en bleu d’un ciel de répit. Et vos travaux disponibilités échanges et publications me tiennent en amitié et camaraderie d’une passion à penser. Hiver et gratitude d’un matin de bruine et café au miel.

Hiroshima mon amour
Marguerite Duras & Alain Resnais

Lui: Tu n’as rien vu à Hiroshima. Rien.
Elle: J’ai tout vu. Tout.
[…]
Lui : Tu n’as rien vu. Rien.
[…]
Lui ; Tu es comme mille femmes ensemble…
[…]
Elle : Je commence à t’oublier. Je tremble d’avoir oublié tant d’amour.
[…]
Elle : Je désire ne plus avoir de patrie…
[…]
Lui : J’aurais préféré que tu sois morte à Nevers.
[…]
Elle : Je t’oublierai ! Je t’oublie déjà ! Regarde, comme je t’oublie ! Regarde-moi !
[…]
Elle : Hi-ro-shi-ma.
Hi-ro-shi-ma. C’est ton nom.
Lui : C’est mon nom. Oui.

Eiji Okada et Emmanuelle Riva dans Hiroshima mon amour, premier long métrage d’Alain Resnais d’après un scénario et dialogues de Marguerite Duras ~ Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique et Prix de la Société des écrivains et de la télévision ~ (Festival de Cannes 1959)

Alain Resnais avait 37 ans et ma Duras était Marguerite indochine pacifique.

Ce fut Nevers envahi occupé par quelques loups d’une nuit de brouillard, ce fut le désir fou d’une femme tondue sans nom éclatant d’abord à Nevers puis à nouveau sur Hiroshima.

De toujours aimer ainsi, aimer de ce désir de nulle part sans descendance ni ascendance il est fragile d’un dernier interdit, car il est dit en famille et patrie de sang et de sperme qu’on ne peut aimer en dehors d’elles sans en être rappelé à l’ordre d’eux, qu’on ne peut aimer dans la guerre pour ce désir fut-il inconnu vers un jeune soldat ennemi de sa cité, comme on ne peut aimer pour le souvenir de l’horreur du monde dans ce désir fut-il insensé vers un hiroshima de passage, vertige des hasards d’une rencontre éphémère d’un armistice bâti sur le répit d’une paix de semblant.

Ce fut elle et ce fut A riant de mon alphabet dans une blanche Venise inondée d´une mousson de neige annamite.

Et j’ai tremblé dès ce jour, à aimer d’avoir tant gratté ce givre à rallier alors au lointain de chacun le moribond désir de Nevers mal né à jamais, à revers des envies furieuses qui nous savaient d’un amour -car c’est un amour- sachant pourtant déjà son sort au moment même de son commencement.

Oui et je n’ai su à qui faire entendre la chair des années longues de leurs jours qui de la durée d’hier et demain se confondent ici dans mon désert de dunes et de sables à n’être plus qu’une plage… un barrage contre l’océan des impossibles toujours jusqu’ici repoussés.

Oui dorénavant, à nouveau comme à ces prémisses, je te vouvoie pour continuer encore à débuter en murmures et cris dans ce toujours éperdu qui me pense tel un sablier qui ne veut pas d’un oubli s’arrêter, à vous chuchoter l’étrange histoire de ce marin de Gibraltar, celle qui n’arrive pas à finir d’être commune,peut-être n’a-t-elle été qu’un chant…s’éloignant avec le vent.

Amis étrangers éloignez vos îles retenez vos horizons ! Je suis moi-même ma défaite et le sursis issu des mots qui me suivent a gardé un goût couleur de sang barbare.

Texte : L’apatride
Photo: trouvé par Anh Mat
Reprise de 2 décembre 2013