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Le Hollandais Volant

Le vieux Cosaque vous invite de visiter, avec lui, le North Sea Jazz Festival, à Scheveningue, en 1992 et 1998. Il a eu la bonne fortune d’y assister et en suite , pour son fils aîné se trouvant aux Philippines à cette époque, d’en pouvoir enregistrer sur DVD  quelques parties quand les concerts étaient diffusés par la télévision.

Ce disque fut retrouvé récemment par le dit fils, rentré en Europe. En le regardant avec lui, le vieux Cosaque en fut encore ému, parfois à larmes. Donc, pour vous servir, il l’a téléchargé sur YouTube à vous laisser partager quelques de ces moments très précieux. Par les artistes, bien sûr, mais non moins par l’interaction avec un public tellement passionné, qu’il fait ressurgir dans le vieux Cosaque une vague fierté d’être Hollandais.

Vous verrez que les Hollandais n’ont pas besoin d’haltères pour y courir avec à travers la maison, pour exercer leurs bras, ils le font en s’identifiant aux  artistes, ils sont toujours prêts à être émus …

Des naïfs donc, les Hollandais ? Où sont-ils comme ça de nature, par la vue dans le lointain que leur pays plat leur offre, la vue de la mer, le coucher du soleil ? Par l‘absence de montagnes ? On spécule.

La vidéo dure en tout 46 min 27 secs. Donc il faut réserver un peu de temps pour la voir et écouter. Vous n’allez pas le regretter.  Vous verrez souvent l’emblème du Hollandais Volant, un emblème très cher au vieux Cosaque car ses ancêtres volaient par les mers de l’Europe  pendant les 16ème et dix-septième siècles sur leur bateau De Waterhond, Le Chien d’Eau.

Vous verrez que le rapport du  public est instantané, car aux Pays-Bas on comprend l’Anglais aussi bien que sa langue maternelle , donc les artistes se sentent très à l’aise, connus, aimés. Le vieux Cosaque vous dit, sotto voce :

« La vidéo commence avec Linda Hopkins. La vedette que vous avez déjà vue dans mon article Urbi et Orbi du 1 janvier 2014.  Il faut commencer tout au début à 0.00, à voir qu’elle est en très bonne forme et après les premiers numéros nécessite une bière, qu’elle verse comme une pro, accompagnée par une dame dans le public qui la suit avec une petite bouteille de poche de … whiskey …  avant de lancer  “One scotch, one bourbon,  one beer”.

Elle continue avec, 5.25, “There’s got to be a way”, en nous faisant remarquer que son ami est un homme toujours absent mais pourtant indispensable car : “Je me suis trouvé un homme nommé Docteur “Rechauffelecoeur” (“I’ve got me a man named Doctor feelgood”).

Puis à  9.35 “Stormy Monday” (“Lundi orageux”). Son ami absent l’appelle car il veut voir d’urgence ses hanches ‘en ses  culottes noires’ (“meet me … with your black drawers on”), un appel immédiatement compris par tout le public dans la salle (expérimenté sans doute en de telles affaires) . Finalement, 13.20, son pianiste superbe, Kenny Moore qu’elle partageait avec Tina Turner (sa couturière aussi), chante “Georgia” avec une grande émotion, sûrement une des plus belles reprises de cette chanson. Malheureusement, il mourait quelques années après, 1997, en Australie en accompagnant Tina Turner. Il n’avait que 45 ans.

20.45 :  Michel Petrucciani, accompagné par le batteur fameux Steve Gadd, le basse-guitariste excellent Anthony Jackson  et trois musiciens français superbes, jouent the A-Train en tempo TGV. Michel mourait six mois plus tard, à l’âge de 36 ans. Quelque mois après le concert, j’ai eu encore une opportunité de l’écouter à Amsterdam, en solo.

30.44 : La merle noire Dee Dee Bridgewater nous séduit avec “Bye Bye Blackbird” accompagnée, principalement, par le bassiste  Ray Brown. Magnifique. Un vieux cosaque (pas moi, mais cela aurait été bien possible) court vers elle pour la surprendre avec une rose, un petit bel incident que lui fait oublier presque son prochain numéro.

Bobby McFerrin a son public entier  entre ses mains et les laisse faire ce qu’il veut, en symbiose totale. Ils participent activement pour  37.26 l’ “Improvise Blues”. Puis 40.40  il leur demande si on connait “L’Ave Maria de Bach/Gounod ?”. “Oui!” crie le public, les femmes surtout (aux Pays Bas il y a encore une forte tradition chorale).

“OK,  I’ll sing the Bach part, you sing the Gounod, the Ave Maria”.  Et commence le miracle qui produit quelques larmes sur les joues de votre vieux Cosaque. Quand on est né un romantique, on reste un Romantique, avec la rose.

Finalement, 43.26 le trompettiste Clark Terry joue et chante  “Squeeze me  (but please  don’t tease me )” (“Serre-moi,  mais ne me tourmente pas, je te prie”). Je reconnaitrais son costume  blanc quelques jours plus tard. De tous les jazzmen c’est avec lui que j’avais le lien le plus intime. Car on a fait pipi épaule contre épaule.

Il jouait dans un café à Amsterdam. En ce costume  tout blanc. Quel beau contraste ! J’avais apporté quelques-uns de ses disques pour les faire signer, si j’en avais la chance. Pendant l’entre-acte, je le vis disparaître aux toilettes. Je le suivis comme son ombre. En fixant le mur tous les deux, on a bavardé et après que nous nous soyons lavé les mains  il a signé gracieusement.

Allons-y ! »

Texte: Jan Doets