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desir-de-loin

Eteignant la lumière tardive du jardin, herbe humide encore décelable, absence de lune intruse, sommeil envisageable à minima, le noir extérieur confère à la baie vitrée une densité carcérale, écran découpé qui le cloue net au milieu du salon.

Souffle retenu à quelques mètres au-delà de la haie.

« Viens voir le désert où j’habite »

Trois heures plus tôt, ces mots laissés sur un prospectus trempé dépassant de la boîte aux lettres.

« Je te sens. Souvent je te sens au travers des buissons. Je veux te voir. Te sentir de loin. »

Trois heures plus tôt cette réponse jetée sur un ticket chiffonné dormant sur le pare-brise.

Il ôte son écharpe. Elle a respiré cette écharpe trois heures plus tôt. Il voit son cou nu. Te toucher de loin.

Il déboutonne sa chemise. Elle a boutonné sa chemise trois heures plus tôt. Il voit son torse abîmé. Te chatouiller de loin.

Il défait sa ceinture. Elle se souvient de cette ceinture trois heures plus tôt. Il voit ses jambes désuètes. Te repousser de loin.

Il descend son caleçon. Elle a subtilisé ce caleçon en riant trois heures plus tôt. Il voit son sexe sobre. Te révéler de loin.

Il transpire. Le salon est nu. La pluie s’abat. Les vitres se troublent.

Elle transpire. Le jardin est désert. Le vent fouette. Ses yeux s’embuent.

Viens voir le désert où j’habite.

 

Texte et image : Claude Enuset