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C’était en des temps où les menaces rodaient, se précisaient,
C’était en un printemps pointant avec sa verte griserie
C’était une pause insouciante, des permissions
C’était près du Cap Matifou,

devant Tamenfoust qu’on appelait Le Pérouse,
une noble coque vibrante, comme un cheval de course au paturage,
trois frères et leurs amis dans le sel et le soleil.

C’était un jour de ciel pur, de mer paisible, de petit clapot chatoyant qui faisait giter la terre.
C’était la vigilance discrète puisque très inutile de l’aîné, détenteur secret et involontaire de l’autorité du patriarche.
C’était la main sure, joyeuse, ferme, légèrement posée sur la barre du second, jouissant de la légère vibration du Bleuet.
C’était la grâce d’une sirène sage, assise sur le pont à la poupe, lovée avec la discrétion apprise et le charme apparemment inconscient de sa beauté, dans le plaisir de la lumière, de l’air salé et de leurs présences, sans que rien ne transparaisse d’une éventuelle préférence.
C’était debout, campé à côté d’elle, le jeune, le chien fou, sa coquetterie nonchalante – dans une tenue que je trouve curieusement contemporaine de notre présent – sa pipe, son éternel petit sac bleu, cherchant je ne sais quoi, sans doute ni son couteau ni sa blague à tabac, les pensionnaires habituels de cet étui, en écoutant, méditant une réponse, les plaisanteries de l’ami, le frère élu, debout, en maillot ceinturé, dans la fierté de son corps, sa force évidente, contre le foc, à la proue devant le second puits d’homme.
C’était le plaisir de la mer, de la beauté, dans lequel ils baignaient.
C’était un temps où étaient libres de leurs responsabilités futures, où la guerre n’était qu’un petit tremblement à l’horizon.

 

Texte et photo : Brigitte Celerier