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l ami courtois

Il était un aimable pinceau … artisan ordinaire silencieux et léger …

en nature de promenade 1996 … aujourd’hui aux poils rêches et rabougris, 20 ans après fourbu rangé dans sa boîte, il se souvient de ce qu’il avait tant tracé colorié et les doigts qui l’avaient tenu ont gardé le souvenir des mots à l’époque, ceux toujours vivaces de l’ami courtois Wang Chang Ling 王張齡 (698-756):

 

partout dans la cour les fleurs de palmier blanc

la mousse verte au sol comme tapis de méditation

seul et silencieux au delà des mots et des paroles

hors de l’ordinaire le parfum d’un pinceau léger

 

Wang Chang Ling (698-756) appartenait à l’importante dynastie des poètes Tang. Il était originaire de Taiyuan dans la province du Shanxi actuel, selon les rédacteurs des 300 poèmes Tang, bien que d’autres affirmaient qu’il était en réalité de Jiangning près de Nanjing. Il était un homme effacé doux et si attentionné qu’on lui donna un nom de courtoisie, Shaobo 少 伯. Après avoir passé le prestigieux examen jinshi, il devint un fonctionnaire de secrétariat et plus tard occupa même d’autres postes impériaux, jusqu’à une affectation officielle à Sishui, dans ce qui est actuellement le Xingyang de la province du Henan. Il est surtout connu pour ses poèmes décrivant les batailles des régions frontalières dans l’ouest de la Chine. Un jour, il rendait visite à son ami, le moine Meng Hao jan qui sortait d’une longue diète et d’une convalescence après une grave maladie. Il lui avait alors apporté un grand plateau de fruits de mer que Meng de la montagne aimait tant. Ce dernier se mit à dévorer avec appétit, retomba gravement malade et mourut peu après. Wang Chang ling se sentit maudit et ne s’en était jamais remis: il se pensait responsable du malheur de la perte de son ami et n’avait jamais voulu admettre que ce dernier très malade avait fait une rechute fatale. Vers la fin de sa vie, il a été nommé ministre de Jiangning. Il est mort durant la rébellion An Lushan.

Cette histoire comme toutes mes histoires apatrides, ces histoires de vies… je les écoutais avec une oreille distraite ennuyée oublieuse… elles m’étaient toutes racontées, enfant le soir au lit, dans le but de m’endormir… comme tous ces contes d’enfants qui n’intéressent que l’adulte qui les raconte pour envoyer leur enfant au pays des songes n’est-ce-pas? et je les ai retrouvées bien plus tard dans le dit des souvenirs… quand je me suis mis à écrire.

 

Texte et photo : l’apatride