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Ne pas se demander où est son guide, qui montre le chemin. Peut-on tracer quelque chose dans l’eau ? Encore moins dans celle qui s’enfuit en courants d’air, en courants d’art. Il y a des temps complexes, temps de pluie, de soleil ou de neige. On poursuit d’une saison à une autre, on n’y peut rien. Et en écriture c’est pareil. On passe d’un cercle au suivant, comme on avance sous les réverbères. Il y des lumières dessous, des planètes de lueur et d’éclaircissement.

Il en fut pour dire Marelles et que ça saute! De l’air, de l’art et des cases à franchir pour atteindre le ciel.

Ne pas se demander. Ce pourrait venir de parts aériennes et de sensations.

Il y a ce fil qui est dans la tempe et qui prolonge les décantations d’images. Des toiles blanches sur lesquelles on jette par flaches de l’encre. On avance, on recule, on contemple son œuvre d’air, son œuvre d’art. Et puis on se taille, on passe, oui encore, à autre chose. On se prend des nuages dans la gueule et des coups de siroccos. Tout sèche et disparait. On bat des mains, on fouette, on fait gonfler la crème, pratique natatoire. Confusions d’éléments. C’est pour rien, juste de la brasse papillon et l’espérance que le sol cède avant la chute.

Il en fut pour dire Nuages et le monde de l’intranquille. De l’air du mirage, de l’art qui tremble sous la chaleur. Ce qu’on regarde, ce qu’on veut dire est flou, fiévreux et proche de ses délires et de ses soifs.

Ne pas se demander. Ce pourrait être fait de terre à travailler et d’efforts.

Il y a ces tunnels aussi. On ne sait jamais, si on fore le dessous ou le dessus des choses. On est si près de sa mâchoire. On pratique la vautrée, la poésie de sous ventrière. Ce mal qu’on a à porter sa propre peau, ce besoin des guindes, de béquilles pour soutenir le sac à viandes, ses sueurs, ses baumes. Les Rois ne passent pas tous les jours mais les étoiles, mais les astres… nous montrent un peu la voie. Non pas la voix, bien que certaines furent très entendues, des tessitures sacrées, de la cave jusqu’à la fumée, mais plutôt une voie, qu’on prend uniquement parce qu’on en a l’intuition ou parce qu’elle nous a été ouverte. Celle des Sisyphe de forêts. Ramener le livre jusqu’à son arbre, ce bois qui tombe et roule vers la mer. Ces Mythes, eux si forts billots de cèdres ou d’érables, se transformant jusqu’à des bibles de papier ! La papeterie du silence ne fait pas crédit et pourtant se sont tues quand même, leurs paroles, envoyées en l’air, en l’art. Voies interdites ou sens unique.

Ne pas se demander. Ce pourrait être en soi.

Il y a pour en finir des veines souterraines ; on dit filons et je veux bien, crois-moi. Entre les plis ce rire aux dents d’or. Entre ces lèvres de granit, une rivière de diamants et de la salive à l’orée des caries. De la carence oui, des pétées d’émail et la pulpe à vif à chaque fois que le sang remonte. Des artères, des thromboses, du fluide quoi… C’est de la pierre qui coule en soi. On y grave, on s’y use. Pour le caillot aux lèvres, un transit essentiel. En avoir l’air et l’art et les paroles qui pulsent et volent ensuite insaisissables..

Ne pas se demander qui est son guide. Ce pourrait être d’un marais.

On marche sur les touffes d’herbes. On fait du cloche pied sur le sol instable. Parfois c’est sec et dur et parfois, la terre suinte, des bulles, des éclats et tout ce qu’il faut d’air et d’art, d’une si belle eau, surprenant et jamais asséché.

Texte et dessin : Anna Jouy
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