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Une musique partout dans la chambre. Ni trop forte ni trop douce. Je tiens l’angle mort dans l’à croupetons de ma lassitude. À l’angle où je ne vais jamais, l’endroit vierge de l’habitacle, là où personne, jamais c’est sûr n’a eu l’idée d’espérer. Et attendre attendre que monte une voix…

« Il nota qu’il y avait à faire et je sentis alors des odeurs violentes venir, comme un bruit de vent qu’on aurait habillé de parfum et de soie »

Je cherche. J’écoute des musiques faites d’images, des musiques de films dont j’ignore les histoires, calculant trouver là, l’espace d’une nouvelle parole, tout ce qui manque désormais, tant je suis aride. Ça me reviendra, me dis-je. En me laissant perpétrée par ces harpes, ces violons, cette immersion de sens.

«Il faut écarter les écharpes dans lesquelles, il cachait sa parole, des écharpes bariolées, pleines d’humeurs, de cirque et de vigie. Il me cachait quelque chose de grave, oui, comme un banc de poison, perdu à la lumière. »

Je cherche. Mettre mon front contre une paroi poreuse. Hé ! L’artiste infuse-moi, avance vers moi avec tes phares allumés. Viens, d’une rame de musique, de quelque part où l’on donne de la voix. Ramène-moi ton voyage, débarque ton bagage, le précieux, l’important fugace et volatil, rends-moi ma liberté, la respiration de mon encre.

« Je m’étonnais alors du vide de son filet. Il était si ballant qu’on le croyait éjecté de draisines funiculaires. Il rit alors et me dit : je suis pillard nom d’une île et d’un oiseau ! Puis il s’assit à son piano et m’écrivit une grande toundra lancinante. »

Je cherche. Ce n’est qu’une affaire de marée. J’ai l’oreille contre la conque. Je patiente que revienne le bruit. J’écoute les conversations de ces gens inconnus, de ces êtres qui s’aiment, se haïssent et gardent en eux ce secret que je veux connaître. Ils ont une histoire, une histoire! … Et je me noie dans leur récit.

«  Dans l’écartement de ses bras sur le clavier, je devinais des soufflets et des baleines. C’était l’accordéon du port. J’ai dû visiter des troquets où s’échangeait de la graisse contre des femmes sans bas et sans souliers. »

Je cherche. Qui peut croire que parler juste se paie du prix d’entendre. Je ramasse ma tête, l’enferme dans mes genoux, je baisse mon esprit à hauteur de silence, j’étête, j’arase les flots bavards. J’aspire à demeurer ainsi longtemps, inutile à quiconque et infiniment ramassée tas de vides, à l’insémination des autres univers. Suis-je femme à ce point ?

« La marche de l’homme que j’abrite est faite des claudications de l’âme et chaque trou, chaque nid de poule, de caniveau est pile blanche et noire face. Je l’abrite depuis des lustres et des cirages. On ne se quitte que dans les dépouilles d’orgasmes où j’ai peur de l’avoir fait mourir »

Texte : Anna Jouy