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lagopede

Le mot tsunami est entré dans notre vocabulaire courant en 2004. Auparavant et très personnellement, si on avait murmuré le mot à mon oreille, j’aurais imaginé, par exemple, un agglomérat de résidus de poissons, de teinte orangée, fort prisé pour une entrée ou un apéro, accompagné de surcroit d’un pot de mayonnaise au centre de la table.

Heureusement depuis 2004 donc, nous utilisons le mot tsunami à bon escient, lui conférant même une utilité métaphorique en l’adaptant à bien des domaines lorsque les mots nous manquent pour décrire un effet dévastateur : « tsunami financier », « tsunami émotionnel », « tsunami politique », « tsunami social ».

Ceci posé, pourquoi parler ici de tsunami ? Voici ce que je lis sur le site du journal Libération :

« Un important séisme de magnitude 8 a eu lieu lundi au large de l’Alaska, a annoncé l’Institut américain de géologie (USGS). Une alerte au tsunami a été émise pour l’Alaska et la côte du Canada, ont indiqué les météorologues américains.

Le tremblement de terre s’est produit à 20H53 GMT à 24 kilomètres au sud-est de l’île Little Sitkin, en Alaska, un Etat américain situé au nord-ouest du Canada, selon l’USGS. L’épicentre se trouvait à une profondeur de 114,4 kilomètres. AFP »

L’Alaska. L’Alaska…

Voilà un nom qui, d’emblée, provoque en moi une fascination certaine. Immédiatement se forment devant moi des images de bancs de saumons rouges remontant frénétiquement les rivières, de grizzlis se grattant le dos contre l’écorce des arbres, de caribous paissant paisiblement dans des prairies aux couleurs automnales et surtout de lagopèdes évoluant fièrement sur des pentes enneigées à la recherche de nourriture.

Mais si aujourd’hui, en tirant les enseignements du terrifiant tsunami de 2004, nous savons que les populations des zones à risque peuvent être averties préalablement grâce au travail des sismographes, géologues et autres spécialistes, qu’en est-il des saumons rouges, grizzlis, caribous et lagopèdes ?

Au moment du séisme, que se passe-t-il dans la tête d’un saumon rouge ? Se dit-il : « Tiens, l’eau de la rivière me semble bien plus fougueuse aujourd’hui ! ». Et dans la tête d’un grizzli ? Se dit-il : « Tiens, c’est l’arbre qui bouge ce matin et non mon dos ! ». Et dans la tête d’un caribou ?

Et dans celle du lagopède ? Obligé qu’il est de prendre son envol alors qu’un mulot tout proche allait lui servir de festin ?

Le lagopède d’Alaska serait en droit de se dire : « Merde, ils auraient pu prévenir ! »

 

Texte : Claude Enuset