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Feuilles

Elle court, elle coule, si matinale, lavandière de maux. Et tous s’écoulent à grands flots, si lourds pourtant, arrivés par vagues vénéneuses, soucis hackers du fleuve tranquille de la vie.

De ses éclats lumière, elle lutte à grand peine contre ses congénères indigènes, poules d’eau, hérons et sternes sauvages. Derrière ses reflets nacrés, c’est un monde de l’autre côté du miroir qui scintille. Il porte sa naïve espérance, fraîcheur printanière et ombre de rosée.

Elle court, elle coule, le long du chemin qui ne hale plus rien. Et derrière les feuilles sombres, bruissantes de leur précision indocile, elle déguste chaleurs, odeurs et phasmes couleurs. Memento mori, répète-t-elle à l’envi. C’est pourquoi elle respire à pleins poumons cette brume odorante, imperceptible aubépine, souffle du large, ressac silencieux, houle du fleuve. C’était une eau derrière les feuilles qui écoule les saisons…

Dors-tu, rêves-tu, songeart villant du fond de ces alluvions ? Il s’y érafle les strates de ton âme d’où remonte un réel aux abois, scorie suave des frontières du langage.

Elle court, elle coule derrière les feuilles, oui. C’est un matin de printemps. Entends-tu son clapotis sonore ? Il dénude les choses de leur robe de mots.

 

Texte et photo : Lan Lan Huê