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Votre éditeur est heureux de pouvoir vous annoncer une nouvelle parution : Carte Postales de la Chine ancienne, 67 transcriptions par l’apatride, nous offert via Anh Mat.
Anh Mat a écrit la préface suivante :

Au bout du village

le portail s’ouvre sur une ferme, vue sur le bleu du ciel et la folie des champs. Au bout du village, c’est l’adresse. Du blé doré, des tournesols secs, tous têtes baissés, vaincus dans le carré où la vie a été planté. D’ici la chaine de montagnes semblent illimitée. À force de le fixer, l’horizon devient une impasse. L’apatride s’assoit sous la glycine, face aux arbres gris et bruns. Certains ne tiennent plus que par l’écorce. Parfois les cerfs passent par ici : c’est signe d’une maison silencieuse… et seule. Les lapins ne sursautent jamais, l’apatride est d’une espèce dont ils n’ont rien à craindre.

l’automne le vieil homme ramasse les feuilles, l’hiver il élague et dégèle la piscine devenue étang, au printemps il jardine, en été débroussaille, retrouve un crapaud, une jeune vipère noyée dans le skimmer. Il vit de siestes et petites collations de riz cassé au porc et légumes vinaigrés. Il suffit de remplacer la mangue verte par une pomme pas mûre du jardin, presser un citron dans le nước mắm, ciseler des piments, déchirer feuilles de menthe et coriandre, quelques crevettes surgelées achetées sur la route, dans un supermarché de banlieue…  et la salade semble venir tout droit des rues de là-bas, ces rues de l’enfance dont on l’a arrachée. Seul devant son bol, il pense tout haut : le goût du piment n’a pas pris une ride

sa Porsche est garée là, à l’ombre d’une porcherie devenue parking. Il pilote dans les champs, béret vert de la Chine communiste sur la tête. Il passe son temps entre ses murs de pierres, chaussons sur le carrelage, en slip de bain ou col roulé. Il regarde au loin ou fixe le feu en articulant une parole inaudible. Seules les lèvres bougent, l’oeil plissé et brillant, il sourit. Qui sait avec qui il discute. Je le soupçonne d’entretenir un dialogue avec les crépitements du feu

quand un oiseau s’assomme sur le carreau de la chambre des frênes, l’apatride s’empresse de ramasser la bête avant qu’un chat ne la déchiquette. Puis il prend soin d’elle, avec sérieux mais sans affection particulière. Relation médecin patient, service rendu à un autre vivant. Quand l’oiseau survit, il ne part pas de tout de suite. Il reste un petit moment sur le rebord de la fenêtre avant de quitter les lieux. Quand l’oiseau meurt, l’apatride peint sa dépouille posée vulgairement sur la table en bois

il pense son père qui n’est plus car d’un autre centenaire
il pense sa mère, femme aux pas légers de 9 décennies
partie elle aussi

l’hiver n’est plus très loin. Son souhait : mourir discrètement. L’apatride se fait discret. Il marche le pas léger, lent et régulier, sans bruit. Il ne fait que passer, sans souiller de ses pas le sol, sans encombrer de contemplations le ciel étoilé, sa présence est un silence dans la forêt. Il est parmi les choses, existe au même titre qu’une pierre. Il est un corps étranger sur lequel le vent souffle. Il se voit finir en charogne, offrande aux fourmis et bête errante, peau vert-glacée qui craquelle, visage recouvert de givre, le regard noir de gouffre, noir de nuit définitive

je mourrais comme un lièvre dans le champ

l’hiver à l’horizon se lève, sons et bruits de lointains aurores, langues des souvenirs de chacun, hier encore en tête, matin de printemps aujourd’hui, matin froid d’ici, humide telle la cheminée qui s’éveille, matin empuanti par l’odeur des nuits, la tasse ébréchée des jours à la main, dans la vapeur du thé qu’il laisse refroidir,  très tôt, tout au bout de la nuit, étranges habitudes d’avant l’aube, il transcrit des vers de la Chine ancienne. Librement. Sans volonté d’être lu ni publié. C’est devenu un geste hygiénique

ce recueil est le sien. L’apatride n’est pas un personnage. Je ne suis qu’un intermédiaire.

Anh Mat

Pour commander gratuitement ce voyage en poésie, voici le lien :

L’apatride via Anh Mat : 67 Cartes Postales de la Chine ancienne, deuxième tome :

Sur Anh Mat : https://lescosaquesdesfrontieres.com/bio-auteurs/anh-mat/

Je vous souhaite une bonne lecture
Jan Doets, éditeur

Texte  article : Anh Mat
Couverture : cliquer pour l’agrandir