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pour les cosaques, au bord du quai

au bord du quai
des filets roux
filets beiges
qui attendaient
au bord du quai
les yeux sur eux
il s’évadait

pensait petits matins, les teufteufs saluant l’aube, l’humidité froide qui s’insinue jusqu’aux os, les odeurs de la mer, des cordages, de la coque, du bateau qui s’éveillent, un petit goût de rouille, la jetée qui s’efface

pensait au clapot gris irisé sous les nuages volants et la masse noire au loin galopant avec le vent

pensait au poids des filets pleins et à l’attente souvent déçue, aux saletés remontées ou au bruit et à l’éclair du déversement miroitant

pensait au calme, au balancement presque imperceptible de la coque et aux rayons de soleil creusant de vert lumineux le bleu sombre de la mer

pensait au son des voix flottant sur l’eau vers les bateaux de rencontre

pensait aux reins penchés sur le pont, les bacs, le tri

pensait au retour, aux cageots posés sur le quai pour la vente du poisson qui n’iraient pas à la criée, aux femmes avec leurs paniers, aux passants indifférents, aux cris se saluant, aux anciens rodant cigarette au bec avec leurs bouches souriantes et leurs regards incisifs, leur silence

et puis aussi
pensait aux mains
mains caleuses
mains adroites
qui ravaudaient
les trop longs jours
de mer grosse
et aux jours qui se succèdent, aux emprunts, aux enfants, à l’humeur de la femme.

 

Texte et photo : Brigitte Celerier