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Cela contredit toutes les cartes. Tous les usages. Et ça file éclairé sous la terre. En l’absence de soleil, ce sont des LEDs qui nous guident. J’entre ainsi dans les détails de cet objet céleste au-dessus. La transfusion d’une lumière artificielle donne à nos yeux des éclats lunaires.Ils se posent sur des écrans rétro-eclairés où défilent programmes immobiliers étranges et beaux. Hybridation extrême. Jours nouveaux de Paris qui dévore d’abord sa périphérie puis l’espace naturel si vite que cela fait trembler les âmes et les os.

Je repense soudain à  cette phrase…  « La poésie profonde et compliquée d’une vaste capitale ». Mais désormais il s’agit d’une autre entité. Encore plus vaste. Encore plus vorace.

Merveilleux, terrifiant fouillis de grues, trépans, poussières aussitôt aspirées. « A Night Like This » éloigne un peu l’assourdissant frottement de la machine sur ses rails.

Les gens très amoureux qui se lancent, devant moi, dans une vie d’incertain bonheur, sont-ils les singulières abréviations de ce qui se passe ? Ou sont-ils l’office nocturne d’une religion triste ? D’une religion morte.

Se dirigent-ils vers un de ces univers hantés ? Quartiers fades, fragments d’angoisse disposés, éjectés plutôt, qu’il s’agit désormais de coudre à la Prestigieuse. Ces villes hallucinées, violentes, seront demain territoires reliés méthodiquement.

Je souffre moins qu’un autre. Je me dis ça. J’abandonne juste, comme tout le monde, une ère fatiguée, son industrie résidu, presque fossile, qui prolifère en espaces perdus.

Les espaces que le Grand Paris se met en tête de retrouver. Qu’il exhume par blocs, futures gares, en une transition démente comme une bataille. C’est au-delà de la ville tentaculaire, de ses foules impénétrables. C’est la ville infinie. Dans laquelle se déplacent en mouvements incessants nos clartés menacées. Qui brûlent encore. Et se lancent à corps éperdus dans ces réseaux conquis.

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Texte : Yan Kouton
Images: Carol Delage (dessus) et Yan Kouton (dessous)