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je n’écrirai plus jusqu’à l’aube tu m’apprends à dormir à des heures raisonnables à composer mon temps sur ton rythme de vie je tombe de sommeil bien vite aujourd’hui les nuits sont à nouveau faites pour rêver merci ma fille rêver me manquer cette semaine j’ai rêvé tous les jours lundi je rêvais d’une jeune femme oubliée à qui j’ai fait l’amour sur un pont mardi j’ai fait pleuré un ami perdu mercredi je craignais la venue des loups allongé dans une montagne enneigée jeudi le visage d’un marin éclairé à la bougie sur un bateau qui peu à peu disparaissait dans l’étendue noir-pétrole vendredi une orgie de morts couchés nus dans un parking samedi perdu dans une ville inconnue où il me semblait pourtant avoir déjà vécu souvent il m’arrive de rêver d’un passé que j’ignore celui de l’être mort à ma naissance tu comprends cela ma fille car ta naissance n’est pas loin c’est à cette vie d’avant la vie que nous t’avons arrachée pardon pardon si le monde dans lequel nous t’avons jetée est absurde d’une absurdité à avoir envie de le quitter parfois sur un coup de tête ne t’inquiète pas je te montrerai ce qu’il faut apprendre à regarder à sentir à écouter à toucher pour donner un peu de sens à l’existence quoique parfois mieux vaudrait ne rien apprendre tu as un mois à peine et j’envie ta façon de découvrir voix et bruits du monde encore étranger j’envie ton regard plongé dans un désert regard si riche de ne rien savoir qui regarde la lumière et le noir avec la même intensité non je ne t’enseignerai rien tu apprendras par toi-même je serai là si besoin si tu tombes j’aurai du mercurochrome pour sécher tes plaies si tu as peur du noir dans quelques années je resterai à tes côtés et te montrerai qu’il y a de la lumière dans les ténèbres tu vois quand dans le noir tu ouvres les yeux les nuances sont multiples il y a des formes mouvantes qui accompagnent la solitude parfois mêmes des voix oui moi ce sont des voix que j’entends c’est pour ça que ton papa écrit tu comprends quand je pars comme aujourd’hui me réfugier dans des lieux clos loin de ta mère de toi ce n’est parce-que je ne vous aime pas juste besoin de retrouver ma solitude de temps en temps je ne veux pas l’oublier il faut prendre soin de sa solitude sans elle on serait encore plus seule tu es à la maison moi à ma table de café et la distance nous rapproche elle nous offre un lien qui n’existerait pas si tu ėtais en face de moi il n’y a que seul que je peux te parler ainsi…

 

Texte et photo : Anh Mat
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