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lanlanhue

Le banc était à son habitude appuyé contre le mur et avant que je ne retrouve ses planches face au fleuve ont glissé oh non pas les bancs mais les multitudes d’ombres qui dansent à même la terre c’était des bleus violacés tout de mousse et de lierre je n’ai su si c’était le matin ou le soir le crépuscule a parfois des airs égarés où file le temps et dans l’interstice d’une seconde bleu d’automne bleu nocturne étoiles perdues bleu sauvage à jamais cri de mouettes tous se sont attablés à ces reflets qui se croient nature l’espace d’une seconde le temps a tourné la tête ramenant dans ses yeux les bleus étonnés des Madones et puis les bleus céramique encore et toujours en leurs accents de craie oui dans l’interstice d’une seconde ont défilé les siècles du monde offrandes aux regards pluie froide déjà les herbes sont lourdes une ou deux courbes de ronces encore au bout du chemin et avant que je ne touche le banc j’ai relevé la tête et les yeux aveugles de lumière face au fleuve oui face au fleuve tranquille et contemplatif j’ai lissé mes pattes et mes moustaches et je crois bien suis devenu bleu moi aussi.

Texte et photo : Lan Lan Huê
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