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survivance

On pouvait s’extasier devant ce visage austère. Celui d’un acteur de western. Et plus les préparatifs approchaient, comprendre sa mort prochaine, plus ce physique impressionnait. On supportait les tourments. On oubliait les coups. On semblait débarqué souvent de nulle part. Parce que l’on ne vivait que par l’anticipation de sa disparition. On savait pourtant qu’il serait toujours là. A l’affût, dans un coin de mémoire. On pensait parfois au mot « décadence », celui de Mishima. C’est-à-dire que l’on pensait au suicide. L’idée qu’aucun répit, jamais, ne viendrait illuminer cette ambiance pesante dans laquelle…

La vieillesse paraissait inatteignable.

On acceptait, l’air vague, ce que personne n’accepte. L’idée de disparaître. Et même, effacer toutes les traces de sa présence. Si possible sans douleur. Mais, même elle, la douleur, ne semblait plus un problème. Cette résignation qui au fil du temps s’est muée en désert. Et de rester ainsi, noyé dans ses pensées. Qui, à l’image de la douleur justement, étaient de plus en plus difficiles à exprimer.

On peut évoquer l’enfance. Son découpage en pièces cloisonnées. Cette peur qui brille aux éclats, qui monte jusqu’au ciel, au point de l’obscurcir. Fracassant la « joie de tout l’être ». Que peut-on encore regarder en face ? Revoir, par le fruit du hasard la plupart du temps ? En être terrassé à nouveau.

 

Texte : Yan Kouton