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L’un après l’autre, les noms de la liste étaient lus par une femme qui se tenait à la droite d’un personnage d’importance. Celui-qui signait la page du grand registre qu’à chaque nouveau nom, quelqu’un, situé à sa gauche, lui tournait.

Tamel avait devant lui un petit cahier étroit sur lequel se trouvaient dans un ordre rigoureusement identique à celui de la liste, les noms qui, une fois lus dans la petite assemblée des présents, déclenchaient des réactions très diverses, mais virant progressivement, sous l’impulsion des voix les plus fortes, à l’unanimité.

Ces réactions Tamel n’y participait en rien. Tout d’abord parce qu’il n’en comprenait ni le motif , ni le contenu en mots et surtout peut-être parce que toute son attention était prise par deux enfants en bout de table dont les timides interventions étaient toujours précédées d’une main levée à petite hauteur au-dessus de leur épaule, paume en direction des adultes, comme pour se protéger.

Un nom semblait durer plus longtemps que les autres.

A peine prononcé il avait été suivi de soupirs, de mots jetés comme des éternuements, de regard excédés, puis de longs monologues se recouvrant partiellement les uns les autres.

Tamel tenta de retrouver sur son cahier le fameux nom – en face de celui-ci devait certainement se trouver de quoi expliquer toute cette agitation – Il en fut incapable.

De ces signes, qu’il avait pourtant dû tracer un jour de sa propre main, il ne pouvait lire qu’une certaine régularité dans le dessin. Rien d’autre, leurs sens lui échappait à présent.

Pourtant ce nom résonnait dans sa tête de façon étrange et s’y associait à des éléments sans rapport avec le lieu qui le tenait.

Dans le rêve éveillé qui l’envahissait, il y avait des clairières, des montagnes, des visages et des mains rudes, des rires d’enfants … et lui-même, sous la forme d’une fontaine au milieu d’un village, d’un billet plié, d’une flute et même d’une barque.

L’un des deux adolescents leva à nouveau la main.

Il fallut plusieurs minutes pour qu’un des adultes s’en aperçoive et une poignée de secondes supplémentaires pour que celui qui avait fait le geste puisse prendre, partiellement, la parole.

– Ce n’est pas vraiment de sa faute si Damouce a de mauvaises notes ce trimestre.

Elle m’a fait promettre de ne pas le répéter mais je ne peux pas le garder pour moi.

Elle dit qu’elle s’est trompée de classe, d’école, et même d’histoire, que tout cela est faux, qu’elle est sur « une mauvaise branche ».

Elle dit qu’elle doit chercher une porte et qu’il y a quelque part, une personne qui va l’aider à la passer …

L’enfant n’eut pas le temps de terminer sa phrase.

Un grand bruit l’en empêcha.

Quelqu’un avait ouvert une des fenêtres de la salle, en avait franchi le seuil et s’était retrouvé quelque mètres plus bas sur le toit d’une voiture qui avait, en se déformant, partiellement amorti sa chute.

Ceux qui se précipitèrent à l’ouverture furent les derniers, en ce monde-là, à l’apercevoir.

 

Texte : Luc Comeau Montasse