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à la cire

M’étendre, me détendre.

La petite arracheuse de poils navigue de droite et de gauche affûtant ses outils, ses très vieux outils de tortionnaire. Gracieuse minette aux petits pas joyeux de geisha avec au centre d’elle l’étrange feu des napalms- ah! dé-forester ces territoires apaches, dé-touffer les plaines et les deltas ! La jachère pure, la jachère à tout prix!  Sans état d’âme autre que celui de faire « propre en ordre ».

Je l’examine réchauffant la colle, préparant ses ongles mignons à leur tâche saisissante. Elle me sourit et me couve comme l’objet d’un rare instant de pur délice.  Mais  tout en moi est tendu.  Je pratique une retraite intérieure, je tente avec une obstination de jeune convertie de réduire mes surfaces à un minuscule carré de gazon, à peine de quoi imaginer un golf miniature. Mais elle touille ses huiles, ça bout, ça clapote et ce n’est pas la seule matière en ébullition dans la pièce zen couverte de posters glabres, impressions sur papier glacé.

Mes doigts cherchent un soutien, une compassion fébrile dans la mousse de la table. Je griffe l’acier toutes serres dehors, crampons pitonnés dans la table des vertiges. J’étire mes lèvres sur sourire et pincettes et je tends le cou bien haut comme si on allait, ô suprême injustice me guillotiner la tête en l’air.

La jeune officiante me regarde à peine. N’ai-je pas cependant offert à son sadisme joyeux de quoi s’affirmer et croître encore? Pitié!

Elle me fixe soudain et ses doigts s’agitent et gigotent au- dessus de mon pauvre corps…. Je sens soudain une plaque, que dis-je une claque de cire  » s’éclaffant « sur le seul Mont de tout mon paysage, volcan provisoire. Le sort en est jeté. Dans une minute, une toute petite minute, ma terre aura encore perdu l’espace d’un grand terrain de foot  de précieuse forêt vierge! Catastrophe écologique pour le profit de la multinationale du plaisir…Ô triste Géa que l’on meurtrit, que l’on déboise sans vergogne.

Elle sourit, elle se mordille la bouche. Ses ongles cherchent la faille, là où saisir la cire durcie. Appliquée, lente, subtilement inopérante. Et dans ma tête défilent les hécatombes des essences précieuses des lointaines Amazonies. Je serre les yeux, je perce la table. On souffre tant de déjà savoir, d’avoir déjà été la victime de la laborieuse maîtresse de tortures en tout poil. On sait que ça va abruptement  faire remonter de soi un hurlement incontrôlable, une montée en staccato avec expiration imminente. En dessus de moi planent les cris des autres, ces plus courageuses, ces presque glabres, ces à peine humaines, des angelotes aux fesses roses d’éternels poupons.

  • Comme vous êtes délicate !, minaude la terrifiante
  • Grrrhheu…
  • Vous verrez il sera tout content…
  • ? Il…, qui?
  • Votre chéri…
  • Certes…certes.

Tandis que me revient en tête ce rikiki de maillot de bain, pour lequel j’ai succombé il y a peu…je le savais, je le savais que ce n’était pas une si bonne affaire…

 

Texte : Anna Jouy