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Les cloches de l’église sonnent.

Ce n’est pas un mariage.
Nulle joie blanche à la traine enfantine n’anime les lieux.
A la fin de la courte volée, il n’y aura pas de baiser.

Ce n’est pas un enterrement.
Si décès il doit y avoir, le corps n’est pas encore froid et la promesse de cadavre résiste, se débat.

Ce n’est pas un baptême.
Pour quelle promesse ou bonne nouvelle ?
Et puis les enfants sont devenus si rare !
Si rare que les mains des vieillards se les arrachent dans l’espoir d’un improbable rajeunissement par contact.
Le petit d’homme est devenu précieuse relique.
Et surtout, qui oserait de nos jours se déclarer parrain, en charge d’éclairer le chemin ?
Les espaces praticables de nos vies sont déjà gorgés de lumière quant à leur lisière …

Ce n’est pas une alerte.
Ce monde est au-delà de toute alerte.
Et d’ailleurs qui pourrait entendre les sons isolés de ce vide protégé de fonte, dans la multiplicité et le tohu-bohu permanent des sons et des rumeurs indéfiniment reproduits qui clament tous leur urgence.

Non ce n’est rien de tout cela.
Le clocher tombe.

Cloches Lübeck

Texte : Luc Comeau Montasse
Photo : Lübeck « Il y a aussi une église Sainte Marie réputée l’une des plus belles églises gothiques en briques d’Allemagne. On peut y voir une magnifique horloge astronomique et, dans une chapelle en bas de la tour sud, deux énormes cloches fracassées qui sont tombées lors d’un bombardement en 1942. Elles ont été laissées là et c’est assez émouvant. (prise du blog de Max Labatut, “Voyage en Allemagne, 9 juillet à 16 août 2015” »