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ce serait - 47 - avenir

Ce serait une femme, ce serait un homme face à la nuit.

Ils seraient côte à côte, pas forcément ensemble. Mais tous deux penchés, un peu, observeraient, scruteraient l’indécision du monde.

Contre la limite bouffée de lumière, sur la profondeur obscure et le message des petites lueurs aux formes imprécises, ils se découpent, affirment leur réalité.

Ils seraient jeunes encore, ni très grands ni très petits, pas très fins, massifs sans excès, plantés fermement dans leur monde, aux rives de l’avenir qui se trouve là, brouillé, devant eux.

De lui il est difficile de décider s’il est venu là, pour ce concert, cette musique de chambre de compositeurs un peu oubliés, en sortant d’un travail qui ne nécessite pas le port de l’uniforme cravaté, s’il est ainsi vêtu par nécessité, s’il a choisi par dandysme ce style un peu négligé, vrai décontracté – mais ces vêtements semblent trop francs, sans griffe – et de deviner ce que cela peut dire sur son interrogation, but vers lequel s’acharner, espoir caressé avec le détachement de celui qui le pense inatteignable ou bifurcation dans un destin que l’on a choisi pour lui, que les évènements lui ont imposés.

Elle, avec ce manteau qui évoque l’artisanat, un retour aux étoffes brutes, avec une allusion à un folklore réinventé, pourrait être, peut-être avec générosité, ou comme une petite revanche, toute tendue vers une aspiration au beau, aux mots, aux idées, aspiration un peu vague qui se suffit à elle-même, jusqu’à ce que sa vie se fixe, jusqu’à ce que cette aspiration se fasse discrète, colore sa vie, lui donne un petit rayonnement apprécié par ses amis.

Ce serait la petite vieille, attendant la fin de l’entracte, bien à l’abri, de l’autre côté de la vitre, se ressaisissant, se reprochant cette curiosité et cette malveillance, et se demandant ce qui en elle a provoqué ce regard.

Texte et photo : Brigitte Celerier