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Ce serait se demander paresseusement, chaque fois, ou presque, que je longe le théâtre, que font-elles là ces estrades s’élançant au dessus du vide à partir d’une corniche, devant un mur lisse, sans fenêtre, sans même un de ces cadres de fenêtres qui ne sont là que pour la symétrie et sont garnis d’acteurs connus nous regardant en jouant depuis des fresques que je me refuse à juger, me sont trop familières.

Que font-elles là avec leur rouille, les rambardes qui les entourent sur deux côtés laissant libre celui qui fait face à l’autre, comme des estrades pour une confrontation d’orateurs, s’affrontant au dessus de nous le peuple passant indifférent à leur débat.

Ce pourrait être Platon, Créon, Xénophon, si pressés les uns contre les autres qu’ils risqueraient d’expulser hors jeu, de faire choir, Socrate faisant face calmement à Georgias et ses amis

Ce pourrait être notre garde des sceaux répliquant par un poème à un républicain (ou une) désinhibé, étalant complaisamment sa profonde vulgarité

Ce pourrait être tout autre chose, en fait

des plateformes destinées au repos des oiseaux migrateurs, des grues cendrées, des oies des neiges, des pélicans roux, restées vides parce que ne sommes pas sur leur chemin

des piédestaux en attente de la venue rêvée des anges de Wenders maintenant que ne veillent plus sur Berlin, nous rejoignant depuis leur ailleurs pour nous donner bienveillance et sollicitude partagées.

l’amorce d’échelles pour évacuer le théâtre lors d’un incendie, mais une erreur de calcul les aurait mal positionnées…

ma foi je ne sais, qu’en pensez-vous ?

Texte et photo : Brigitte Celerier