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orage

Rien et personne à l’horizon du blanc… Chaleur atone. Un temps, de l’espace, une longueur presque infinie de corde. Touffeur. Un jour comme d’autres, avec une faille dans la palissade, pour observer, au guichet, le monde d’à côté. Sans me faire connaître, sans me faire voir. Me tenir derrière le paravent et pas un souffle d’air.

Là-bas, des chantiers si brûlants et puis dedans, des machines si bruyantes que je ne m’entends plus. Des abus de poussière, de gravier, de béton parmi lesquels circulent des humains à carapace. Mais ici, on ne sort sa peau qu’avec des précautions extrêmes.

Personne. Blancheur. La chambre est faite de draps mouillés, de rideaux trempés, de gestes inaboutis. On commence tant de choses, on ne finit rien. Cela s’affale, s’éboule. Tentatives pâles, exsangues, le côté blême du geste. Minutes improbables, plus un oiseau, plus un cri, plus un soupir. La vie s’en est allée sur le bas-côté des lumières, accident caniculaire.

Alors me rappeler les variations de couleurs, de formes, de goûts. Le regard soupèse les pâleurs de ce jour; le ciel est livide, cuisson à blanc. Je ne retrouve rien.

Que se passera-t-il donc et que me servira-t-on? Parfois l’ordinaire est un miracle de génie et tombe la pluie de l’abondance. Mais tout peut être sec pareillement. Les énigmes montent comme des mirages sur la route. Ces questions distillées, pleuvra-t-il bientôt, et combien? Ces formules évanouies, la parole qui colle au palais. Et tout cela tape à l’œil vissé au trou de la serrure. Personne, et tout encore à faire. Chaque geste, architecte de l’amorphe.

J’éteins la lumière, la flamme qui brûle les maléfices. Mon côté gauche pince, le cœur qui manifeste. Il se tient à la porte du four… Un arrêt. Un instant. Ralenti de cinoche. Puis la chamade à nouveau. Oui, rappel de l’être gauche, de l’imprécis et des tremblements. Des mouvements mal finis et des coups de ciseaux qui dérapent, rompant les équilibres. Sentir sa gauche. De la paresse, de l’œil qui pleure, de l’enveloppe féminine et du bercement des enfants sur le coude. Du sein le plus lourd, des pressions du battant. Soudain, être d’un concerto manchot, se la jouant solitaire. Être de ce qui ne détermine rien, ni ne fixe, ni n’assure. Gauche simplement. Comme une déclaration, ma parole souvent, la danse d’un bal perdu où s’agenouillent des gueuses, la place du larron, la raie sur le côté, les boutonnières percées d’un chemisier de femme.

Gauche, comme l’eau qui tourne au siphon des baignoires. La vie toute là, à gauche.

Et puis ce gris qui entre soudain.

Gris qui rétrécit le blanc et alourdit les airs pour qu’ils tombent à mes pieds.

Je visse mon cou vers des rives de mousse ou de forêts. Je tire et tends le regard et ma nuque est crispée comme un liège sur le vin…Ce gris est une main bien ouverte, tant l’autre au garde-à-vous! Le chemin des pagailles ondoie et me dénoue.

Me taire et respirer, une ondée de paupières éclose avec ce souffle et cet orage.

Maintenant quelqu’un marche dans une flaque, ce bruit de pluie que balaient des buissons, comme des enfants au jeu de percer l’ arc-en ciel, avec de l’huile à la brisure.

Me taire, suturer le nom des choses, un fil d’or à ma paume.La bonde est retirée pour une naissance entre des jambes de nuages, et ce muet désir qu’ils tiennent entre leurs rênes, mord déjà la croupe du cours de l’eau. La fuite bruisse et chante.

Respirer pour syncoper le vertige d’une averse brève.Tenter peut-être encore de conserver les sources. Puis… quand même me taire et verser.

Texte : Anna Jouy