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Tour Eiffel pour cosaques

Ce serait chercher dans le catalogue de l’exposition (que j’avais fort aimée) le japonisme qui s’est tenue en 1988, d’abord au Grand Palais, puis au Musée d’Art occidental de Tokyo, une reproduction de la très belle Sainte Victoire conservée au Japon, et ne pas la trouver puisque les droits de reproduction n’avaient pas dû être obtenus, mais feuilleter, me souvenir, et re-découvrir, l’avais oublié, la série de planches des trente six vues de la Tour Eiffel dessinées entre 1888 et 1902 par Henri Rivière (collection particulière – Meudon). Ce serait un clin d’oeil, hommage modeste, au moins par le nombre, aux cent vues du mont Fuji, mais sans la souplesse du trait d’Hokusaï.

Ce serait aller au delà des japonaiseries dans lesquelles s’étaient complus quelques créateurs à l’époque – Monet disait japonnerie et en faisait le titre d’un portrait assez charmant, juste assez charmant, qui n’était certes pas la meilleure de ses oeuvres figurant dans ces salles.

Ce serait cette découverte d’une représentation se passant des traditionnelles règles de perspective. Ce serait la même survenue joyeuse d’un nouveau regard, de cadrages apparemment libres, que chez les peintres. Ce serait la même simplicité d’abord, le même raffinement que dans la structure apparente des mobiliers de Serrurier-Bovy, Rennie Makintosh ou Josef Hoffmann.

Ce serait, en contrepoint des oeuvres importantes qui étaient exposées, un élément de la petite musique de fond sur laquelle elles se détachaient.

le rude métal de la tour devenu bijou barbare

la courbe du fleuve se jouant des lignes, l’île se cachant dans un noeud

le ciel jaune dans lequel flottent des nuages en forme de fleuve

le petit bateau qui suit la poutre, nez vers la masse brune

la netteté – endommagée par ma mauvaise photo – de cette grille appliquée sur le paysage fluide, comme le jeu des claustras du Mucem sur le port, la mer, qui fait la joie des photographes.

Texte : Brigitte Celerier