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pour cosaques rouute et éoliennes

Ce serait rouler vers le nord, vers la digue, Den Helder, le fort Kijkduin, les vieux bâtiments et l’espace qu’ils découpent, les bateaux, cette coque gris clair comme un écho, une version aimable du fond de la rade de mon enfance, et puis le port, la ville, les vieilles maisons qui bordent les canaux, entourent le fort, façades colorées, souvent sombres et ces grands yeux qu’elles ouvrent, soigneusement bordés et quadrillés de blanc fraîchement repeint, qui me plaisent tant en passant, et m’étonnent en fille du sud aimant les pièces dont on bannit la lumière et les regards des passants, gros murs et petites ouvertures, laissant à la porte notre soleil.

Ce serait rouler après Callantsoog, tout droit, éternellement tout droit, en rayant le paysage plat, très plat, immensément plat.. mais qui s’anime des variations de tons, découpé par ces petites ruptures, créatrices d’un rythme, d’un petit chant, que sont les bosquets foncés, les hangars blancs tapis, les gros bâtiments de fermes, et puis tout d’un coup une petite rangée de conifères au bord de la route, et je cherchais la propriété qu’ils bordaient sans la trouver.

Ce serait la perspective, la fuite vers leur réunion là où la route coulait dans l’horizon, du canal strié par la brise, des bas côtés herbus, des champs en friche ou en labour, des prairies, sous le magnifique ciel en bleus humides, sous la course des nuages, des longs nuages effrangés – avec les petites décolorations ponctuelles qu’ils poseraient, entre plafond gris clair et l’herbe d’un vert brouillé, là, devant, au loin.

Ce serait se redresser, en abordant l’alignement infini, ou qui le semblerait, des éoliennes, les hauts poteaux blancs et ces bras aigus qui dessineraient un langage inconnu – les imaginer faisant effort, inlassablement, pour atteindre, accompagner, soutenir, et parfois griffer avec une cruauté amicale, les nuages vagabonds. Ce serait les suivre, comme un ordre s’ajoutant à celui du ruban gris-beige-rosé de la route, et de ses lignes blanches.

Texte : Brigitte Celerier