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Attraper bien plutôt qu’attraper mal. Attraper soleil par la peau du cou. Par la peau et par les yeux. Attraper bien par la main, par la bouche, par ici et par là. Attraper par les cheveux chance (ou fortune) aux yeux bandés par les cheveux, serrer bien fort, pas trop quand même, lâcher prise. La laisser filer pour d’autres. Ne pas thésauriser bien qui passe. Laisser passer.

Attraper bien plutôt que mal. D’un mal un bien. Pas encore trouvé cependant. Cinquième échec – et mat – et fou- et folle à lier- faute de langue- faute de sens – faute de grives, on mange des merles- mais ne mange pas de ce pain-là – grand bien m’en fasse- facile à dire- mal à la tête- tête à queue leu leu… la queue du loup et pas que. On a volé le loup de Caudebec. On en a refait un – pratiquement le même. Même sculpteur, même moule? Personne n’a attrapé le voleur qui a attrapé le loup. L’attrapeur attrapé.

Attraper la mort avant qu’elle ne vous attrape. Attraper la mort en prenant froid à un concert trop arrosé de pluie. Attraper la mort pour lui tordre le cou. Du coup attraper vie. Attraper la balle au bond. Rebondir…

Rebondir

Dire le rebond, bondir de nouveau, de nouveaux bonds entre chaque virgule, les dire, et ne s’arrêter qu’à bout de souffle. Ou au bout du rouleau. Comme le tube de dentifrice. En lissant aplatissant roulant on en trouve encore. Seul Signal disparaît à la fin du rouleau. Équilibre précaire entre douleur et force pour rebondir. Dire le rebond, par exemple, ce pourrait être après lecture d’une strophe d’ « Inespérances » (Le Peu du monde de Kiki Dimoula) :

Le temps me demande
où je voudrais qu’il passe
et si j’ai pour nom Hélas ou Est lasse.
Laissez-moi rire.
Aucune fin ne connaît l’orthographe.

Pourquoi rebondir sur celle-ci ? On continue à lire le poème mais quelque chose crie Pause ! Quelque chose appelle l’écriture. Ces deux vers surtout, Le temps me demande/où je voudrais qu’il passe parce qu’ils sont suivis d’un jeu sur les homophonies Hélas/Est lasse et cette permission de rire là où l’on attendrait la nostalgie ou la désespérance. Rebondir sur cette énigme donc et faire mienne cette interrogation du temps.

Donner la parole au temps ou au petit moi qui se plaint du grand méchant temps? Mais si je prends le temps d’écouter le temps me demandant le temps de l’écouter, je le perds ! Je ne rebondis plus. On a besoin du temps pour rebondir. Comme le ballon pour s’envoler a besoin du sol, de cette micro-pause avant de s’élever dans l’air du temps (forcément c’est un ballon rouge). Rebondir sur la perte du temps c’est fatalement revenir au Hélas/ Est lasse, au mode élégiaque de la douleur.

Or il est des douleurs permanentes, qui jamais ne s’arrêtent, baissent parfois en intensité, mais toujours présentes, tout le temps. Cette victime d’une opération chirurgicale ratée ne peut plus rester trop longtemps debout ou assise, elle souffre en permanence dans son corps, c’est irrémédiable. Elle est loin d’être au bout du rouleau pourtant. Elle rebondit chaque jour sur la douleur. Elle la transforme en victime de son rire à elle.

D’autres douleurs aussi qui ne se voient pas. Les plus terribles? Celles causées à une femme par des frères « humains », celle de la honte inoculée à jamais. La douleur est encore là en elle, mais il y avait tant de beauté en elle qu’ils ne l’ont pas entièrement détruite… Elle commence à rebondir – ballon rouge lancé par un enfant apprenant à jouer.

Il faut que le sol soit dur pour rebondir, bien dur. Et de l’air aussi.

Je voudrais que le temps passe par la porte de derrière.

Texte : Christine Zottele