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Il y a près de trois ans déjà, sur mon premier blog « Etsansciel », je commençais à rédiger un texte Au-bord-de-tout qui s’est interrompu pour une raison douloureuse que je me refuse à évoquer pour l’instant. Lorsque Jan Doets m’a invitée à participer aux Cosaques sans frontières, j’ai longtemps hésité, pensant ne pas avoir le « niveau » de ces prestigieux Cosaques – n’ayant ni leur talent poétique ni leur érudition – mais ma sensibilité rejoint la leur et avouons-le, j’étais grandement tentée par l’aventure. Et puis Jan Doets a des arguments auxquels je n’ai su résister. De quelle manière allais-je pouvoir contribuer à ce collectif ? Je ne sais pourquoi mais cet ancien feuilleton (de trois épisodes, rassurez-vous) s’est imposé comme une évidence tapie dans l’ombre… J’ai une ancienne tendresse pour ce texte, peut-être trouvera-t-il un prolongement de vie voire une nouvelle existence. Je ne sais pas, j’ai envie d’essayer.


C’est officiel. Reçue, j’ai été. La chroniqueuse de la communauté je suis, et en tant que telle, de choisir un nouveau nom, je viens. Qui, secret, restera. Divulguée, en revanche, notre histoire sera.

Tout a commencé.

Ce jour-là, s’ensuivre devrait. Mais point. Seul le lieu, je nommerai. Car quitté, nous l’avons et d’importance, donc, cela n’a plus. Entre-temps, Lautreje sur mon épaule s’est penchée, ses longs cheveux m’ont doucement giflée quand elle a murmuré: Ça n’avance pas, tu n’y arriveras pas, comme ça. Nous n’avons pas le temps. Hâte-toi. Va à l’essentiel. Je me suis retournée mais elle était déjà partie. Elle a raison. Je recommence.

Les enfants déjeunaient, les yeux encore ébouriffés de rêves, cheveux entortillés de souvenirs d’oiseaux. Joueur de Hang faisait déjà résonner son bol près du poële à bois. Les sons réchauffaient bien plus la pièce que le soleil de cette matinée de mars. Un moment de quiétude sur lequel je veux encore un peu m’attarder avant d’entamer la narration. C’était un abri provisoire, nous le savions tous. Mais cela faisait déjà  deux saisons que nous y avions établi notre nid et nous nous prenions à rêver d’y passer le printemps.

Liseuse de Signes interprétait mon tirage au Mah-jong. Les deux lotus, côte à côte, signifiaient à coup sûr une double naissance. J’ai haussé les épaules. A mon âge? Après avoir été mère de trois enfants, dont un vivant? Liseuse a souri: Regarde la carte à côté, idiote. Tu as oublié ce que signifiait le pin? Mes yeux ont dû briller plus vif car Joueur a interrompu un instant le ballet de ses mains sur le Hang et s’est tourné vers nous. Bon, d’accord, ai-je dit, une naissance à l’écriture, mais tu me l’as annoncé depuis si longtemps que j’ai peine à y croire. Et puis, tu as parlé d’une double naissance, non?

– Je ne fais que lire à voix haute ce que tu n’entends pas toujours en ton for intérieur. Retourne les trois suivantes.

J’ai retourné « Maison », « Sept étoiles » et « Eau » quand Barbare Érudit a fait irruption dans la pièce.

– Il faut partir! Joueur, bouge-toi le cul! Il faut avertir les autres.

– C’est bon, man. Calme-toi et explique-nous d’abord.

– Pas le temps, pour ça…

Joueur de Hang a posé son instrument, déplié son long corps et c’est alors que nous l’avons entendu. Le craquement lugubre de la glace qui se fissurait. Ce n’était pas tout près, on avait encore le temps. Mais Barbare avait raison. Il fallait partir. La terre craquait de nouveau, scindant en  plusieurs continents la terre autrefois une et indivisible.

(à suivre 11 novembre 2013)

Texte : Christine Zottele
Image: trouvé par le vieux cosaque chez Vecky Graphics (vectorfree.com)