Ils bombent ils bombent
ils viennent la nuit
toutes les couleurs dans le sac à dos
il faut faire vite
escalader
guetter la bande adverse
repasser sur la fresque d’hier

ils montent sur les voies
sur les immeubles
sur les trains aux dépôts
et s’expriment

disent leurs couleurs
leurs visages leurs symboles
leurs blazes leur nom de code
leur nom de couleur chimique
street art énergie des villes

ils se cachent des bleus
des serpents urbains à l’affût
venin féroce de la liberté d’expression

elles aussi sont là
elles tracent
elles sont des Winnie Graffiti
mouvements circulaires du bras
elles peignent leurs icônes féminines
slogans et désirs sous les bombes
la couleur danse dans le métal
fait son bruit de jeu d’enfant
le circuit à billes en bois du petit frère

elles imaginent leurs pays
ils ont les traits les contours de leurs naissances
elles inventent les matières métisses
inondent les murs de portraits
des consœurs de combats
elles signent poupées noires
sexy et coupe afro
robe moulante presque pin-up
des couleurs dans les cheveux
le lierre des murs devient coiffure
la nature résistante habille les corps

Elles s’engagent
ils disent
elles esthétisent
ils dévoilent

ensemble ils commencent sur les tables
dans leur chambre
dans la cage d’escalier
dans les caves
sur les murs du quartier
sur les boîtes aux lettres
aux arrêts de bus
sur les trains

Ils marquent leur territoire
elles prennent leurs ailes et les déploient
ils se font la courte-échelle en espérant toucher le ciel

Texte/Illustration : Aline Recoura