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Dans le trou, à la paume.

«Paumer». Palper l’humus, son gras, ses zones molles.

Tâter le ramassis des glaises. Réfléchir par le toucher à la cage de terre. Réfléchir au miroir de tes chiromancies, au sens épidermique de l’endroit, cette température froide de l’en dessous.

Te contenter de la note terreuse de la caresse, la caresse par l’évidement. Notions diverses dans l’arrondi de ton corps.

Ainsi ces zones mutilantes, la scarification de la présence.

Ainsi ces zones vierges, lissages à la boue.

Ces autres érogènes où les doigts de l’arbre grattent le désir.

Passer de même dans le tournis d’odeurs, la proximité nasale de ton territoire. Tout dépend de la vitesse de la pluie qui inonde, du temps de séchage des brumes, des gadoues, de la lenteur austère de l’assèchement.

Dans le trou, les yeux ne servent à pas grand-chose. Ils ne font que décrypter la nuit à la lampe de peau.

Alors ta main tente de traduire le silence obscur. De le dresser. Echelle de Jacob. Tu essaies par bribes de te détacher du lieu, de remonter le courant, le fil des espaliers. De t’éloigner, au plus lointain. Ce toit est un autre. Tu ne maîtrises pas les distances. Myopie et presbytie, les deux hémisphères à la fois. Le cerveau troublé réclame la mise au point.

Tu tentes de concentrer tous les faisceaux, de mixer quelques sensations. Dans la tête, tant de collisions d’images se précipitent et se frottent. Et seulement parfois une étincelle et plus rarement encore le feu. Tu frappes à la molette, ton point sur le côté. C’est le silex de quelques lampes électriques par temps instable. Combien seront-ils à ouvrir aujourd’hui l’œil par les pierres ?

N’y voir rien, mais ça vient, un message passe sous les seuils et fout du lierre partout. Comme des écrits alluvionnaires que l’on se passe de berge en berge ?

Inventer des scaphandres et des fusées. T’en sortir. Être, heureux, vif, beau. Tu rassembles ce tout, injonctions sans bras. Tu montes ton château d’allumettes avec les dents. Et patatras.

Les dieux ont été lyophilisés, il y a quelque temps déjà. Si quelqu’un avait la lumière, la garderait-il dans le bocal des confettis d’aurore ? Non, alors, tu gouvernes ton pécule de rêveries. Tu recenses tes rhumes de lingeries, dévores ces craquelures abordées à l’aveugle. Il y a toujours un lambeau blanc, un accroc de soleil dans le soliloque du caveau. Un truc pâle, tranquille, touffu de silence.

Pourtant, tu tiens à ne pas couper le fil. Pas de ruptures avec les derniers dieux. Tu as bougé encore avec le frémissement d’un chat malade. Ouvert le rideau. Scène de vie ordinaire avec cette crainte, flamme en creux d’air, d’avoir le cœur dans un puits de cire.

Drosser le temps contre la palissade. Le cintrer dans sa robe rêche. Les échelles couchées traversent l’horizon. Mon ciel navigue au métronome. De gauche vers la droite et retour. On tue le ciel d’un mouvement de la tête.

Non, dis-tu.

J’aiguise mon front contre un lierre. Je suis la fidèle. L’âme grimpante des amours en cheville. Appel d’un peu de lumière en lapant ton corps de bas en haut. Mon beau Vertical !

Et puis passer à autre chose. À l’arrache-temps.

Au pouls la corde de ciel. Les brins cardés du bleu, sens des veines, poings tendus. Dans ma poche des caillots et des anévrismes amoureux. Temps à vivre et mourir en hoquets noirs et blancs. Éteinte allumée éteinte. Paille brûlante entre les nuits de la Terre.

Je fais le pont en gymnaste de l’amour, ton foutre dessous et des vaisseaux à roue. Me tenir au poignard. La vie flageole elle flageole tant que le son des étoffes sème le cercle du poème. Les yeux à tous les nuages. Vas-tu prendre le voyage enfin ? Vas-tu pleuvoir ? Ventre fantôme, plein de grâces, sainte madone fusillée des humus.

Et boire une mesure sans peine de temps.


Texte/Illustration
: Anna Jouy