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Médecine. Pots barbituriques. Dégagements du corps en touches. Baiser ou dormir serait-il un remède ? Décrisper sa soif avec une pince clampée de rêves sans retour. Entretenir son drame, à quoi bon autre chose, on en revient toujours aux mêmes. Opérer d’urgence. Traiter à la sulfateuse tous les charbons toxiques. Espérance d’une joie antispasmodique, ce retroussement de néant vers lui-même. Quand la parole va au butoir et que la tête contusionne, des bleus par les tempes passantes.

Sous ma langue encore des cerfs-volants, un brame de sous-bois qui se mettrait en vrille. Ces vieux animaux aux branches lourdes portent l’amour à bout de nerf. La forêt monte, aiguë, et le ciel fakir s’assoit dessus. Qu’entend-on de là-haut ? On m’a dit le silence et rien. La Terre est une bulle muette, comme une capsule dans un mobile d’enfant. Inutile de la confier à des astronautes, la navigation sous instruments n’est pas du ressort des vents. Je suis de la flottille, gonflée à bloc à la pompe de tes poumons. —Ton souffle ton souffle… Espace de distraction, qui happe momentanément l’esprit. Le sais-tu ? Je me sens du vol, lest de nacelle qu’il faudra bien lâcher. Mais en attendant, c’est encore un voyage et la connexion des zeppelins.

Sous chape, le monde. Mais ouvrir les oreilles, les ramifier, les envoyer comme des doigts, cueillir. Un papier, le craquement d’un plastique sous la chaleur, le souffle de l’ordi, la langue du chat sur sa fourrure, un pas, une goutte sur la tôle de l’évier. Bris clandestins, sautillants. Le pavillon s’emplit de grelots. Dehors le foehn hante les arbres, une rame de sons diffus, une histoire dont chaque syllabe est si détachée qu’on ne saisit plus rien mais qu’on écoute encore et encore… Le silence trait l’étoupe du jardin. J’écoute le revers de la vie.

Ça y est, j’ai replâtré le masque, tiré l’esprit à quatre épingles. C’est reparti pour quelques jours « d’âmidon ». Il y a des instants qui ressemblent à des saisons. Un froid intense vous parcourt, vous grelottez d’automne. Et puis vous faites un demi-tour sur l’axe du temps, vous changez la position du soleil sur l’horizon comme on déplace un tableau ou un objet. Pas toujours le même. Chacun son tour de Terre bien entendu…


Texte
: Anna Jouy
Illustration : https://fotoloco.fr/photo-detail/?id=143929