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Retour de congés en Espagne. Barcelone est une garce ! Je cherche Zafón, sa bibliothèque oubliée dans L’ombre du vent. Poussière tout n’est que poussière, nous errons dans les rues animées perdus dans une nostalgie enfantine.

Je suis allé à Valence, enfant, je devais avoir 9 ou 10 ans. Nous étions dans un palace, en centre-ville, mes parents instituteurs modestes citoyens français n’auraient jamais pu nous offrir ce luxe chez nous. Ils avaient vécu des années heureuses au Maroc dans une ville portuaire aux poteries bleues.

Nous avons assisté à une corrida, plus tard à Malaga. Je me plais à imaginer, aujourd’hui, que nous étions peut-être assis non loin de Picasso !

« L’air est accablé, le sol saturé se plisse sous la chape de chaleur. Le contour, comme une vibration trouble la vision. La gorge sèche se crispe. Une épaisseur inonde la lumière qui s’écoule dans l’espace clos. Silence. Seuls quelques grains de poussière suspendus dessinent des colonnes de cristaux. Le rythme de la foule enveloppe la masse immobile. Le sol tremble, s’oppose à la courbe sombre soumise au souffle du fil qui se dresse. L’éclair reste en mémoire. A nouveau le rythme, ondulant cette fois, s’écrase contre les parois de bois et de béton. Le geste fier, l’homme de lumière tend un bras de vainqueur. »

Mais quand ai-je pu écrire ça, de quel coin de mon cerveau d’alors cela est-il sorti ?

Il en est ainsi. Le registre de la mort se décline en vers dégradés. Sans luxe, sans effort. La solitude étreint l’homme.

J’ai encore rêvé, un long travelling sur ma situation avec dans le rôle du méchant un homme, il fait rempart entre mon amie et moi. A un moment nous nous déplaçons le long d’une avenue dévastée aux immeubles éventrés, en ruine, des enfants s’engouffrent dans l’un, une horde en haillons comme ceux des bidonvilles dans Slumdog le millionnaire. Ensuite je suis à la table de Y assis à discuter mais je suis absent, psychiquement je suis avec Elle. Le rêve est très clair, œdipien à souhait, tous les instants sont propices à un rapprochement avec Elle mais à aucun moment nous n’y arrivons.

Texte/Photo : Jean-Claude Bourdet