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Hyperbôle 11

Je souffre moins qu’un autre. Et je suis sans doute facile à contenter. De beaux visages, un regard pénétrant, une belle tenue suffisent à éloigner la mauvaise humeur. Celui qui n’aime pas la mort ne peut rien voir de la magie de cette vie là. De cette ville.

Une hyperbole méta-cité.

Traversée de part en part. Transpercée par le jugement des siècles et par ses métros sans appel. Soumise à l’émotion sévère de travaux éclairs, surhumains.

La terre tremble, son horizon désert se couvre de mille couleurs. Ça grave et creuse pour l’avenir. Les voûtes souterraines, dont la hauteur tyrannique n’impressionne plus grand monde, s’apprêtent à faire l’histoire.

Les paysages expient. On se promène à la surface au milieu de profanes allusions, de murs peints à la bombe. De bâtiments qui expirent et renaissent.

Je respire un moment l’air embaumé de la rame. Et c’est grâce à la vue synthétique de ce vase clos, dont l’intensité absorbe toutes les secousses, que le mouvement du dessus m’emporte. Mille grues qui menacent le berceau d’un passé sous nos yeux.

Au milieu de ce trouble profond, de ce désordre qui envahit tous les quartiers que devient-on ?

Le temps nous compte et nous arrache. Il ne fait qu’embellir la ville.

Les ombres généreuses  des futurs contours immenses ne sont encore que des illusions dévoreuses de bras. Déjà elles entraînent le peuple malgré lui dans un tourbillon cyclonique.

Je souffre moins qu’un autre. Et pourtant. Même dans sa violence, il ne reste de ce mal que de simples douleurs. Défaillances mortelles c’est possible. Mais ce n’est rien. Simple pénitence qui se dilue dans la scandaleuse accélération, sans conscience de nos éphémères présences, mais si belle.

Les visages ensevelis qui m’entourent sont pleins des cicatrices de la surface et des souvenirs déformés, transfigurés par les axes hésitants, retournés, déconnectés pour un temps.

Hyperbôle-2

Texte : Yan Kouton
Photo supérieure : Carol Delage, la photo en bas : Yan Kouton