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Je te cherche devant cette urne posée sur le bras de la fenêtre. Nuit et jour, je te parle, j’adopte ta langue, ton quant-à-soi. Je retrace le passage de ta conscience vers l’évanouissement, l’humilité du langage lorsque le mourir se dépose sur le visage du monde, ses traits en apesanteur. Les mots ne te suffisaient plus, le fil des pensées se déroulait sans toi. Tu troquais ta langue maternelle pour un séjour vers nulle part: I don’t know, me disais-tu. J’aurais souhaité que tu te taises, que tu te souviennes de l’amour, peut-être. Tu préférais chanter les trois syllabes de ton prénom à faire se retourner l’univers du sens. Ta tête prenait la couleur du ciel. Ma main appelait le réel à la surface des choses, le poids de la mémoire à l’abandon d’un corps qui se déglingue, qui prend la tangente. Tu cheminais dans la disparition sans égard pour le fardeau de l’histoire à ta traîne. J’héritais de ton départ comme d’une lettre morte. Je devrais m’inscrire ailleurs, goûter à la violence de l’immatériel. L’avenir du visible est un compte commun pour la mort. J’ai lesté le bagage de mon âme, avalé tes cendres. L’immensité parlante se greffe un corps de lumière, s’avance dans la clairière du sens. Un regard d’écorce et d’or traverse la mémoire du ciel − ton nom repose dans la clarté vibrante du jour.

 

Texte : Marie-Pier Daveluy