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pour les cosaques - ce mur sans fin

Je n’ai pas mis les bonnes chaussures ce matin, cette phrase rythme et entraîne mes pas.

Je n’ai pas… vraiment pas, et le savais pourtant…
Je – n’ai – pas – mis – c’est presque vrai – et ça ne l’est pas, les autres refusaient mes pieds, n’avais pas le choix.
Les – bonnes – chaussures – Quelles seraient-elles ? Pas des trucs pointus et fins, douloureux et agressifs, pas des sabots en caoutchouc, trop prétentieux.

Je n’ai… et surtout pas des escarpins, mes pieds trop carrés – les bonnes… et mes chevilles trop faibles.
Ce – matin – je – n’ai pas – clap, ouille, clap, clap, encore et encore – mis – les bonnes : elles seraient du vert doux d’un repli de rivière, souples comme de l’argile fine ; elles mettraient entre ce macadam dur et triste et mes pieds un nuage léger ; et mes pieds s’y caleraient, penchés pour se cambrer et tendre le mollet…
Mis les bonnes chaussures – ce – matin… et ce nuage m’emporterait très vite le long de ce bête mur sans fin, et puis il freinerait un peu devant une vieille maison décrépite, ses volets bleus délavés, la vigne vierge croulant jusque sur des pavés et un chien au regard mouillé.
Je n’ai – clap, et la plante de mes pieds crie…
Pas mis – clap, clap, le dur contact remonte le long de mes jambes – les bonnes chaussures – mais le sol s’est adouci, et la maison est là, gentiment humaine.
Encore quelque pas pour la longer, une flûte qui chante clair derrière une fenêtre, et cette porte où je sonne. Elle s’ouvre sur un sourire qui m’illumine, moi, et la rue, et les maisons derrière moi. Et tout est gai, et mes chaussures n’existent plus.

 

Texte et photo : Brigitte Celerier